Iglesias, Errejon : fin du populisme de gauche, jours nouveaux du caudillisme.

L'organisation Podemos va toujours à moins : pas de sorpasso du PSOE ; pas de coalition gouvernementale ; des résultats électoraux en berne. Le populisme de gauche est abandonné comme idéologie et praxis. Le parti d'Iglesias,ses fédérations territoriales ( Andalousie, Valence...), la scission Mas Madrid d'Errejon fonctionnent désormais au profit de leurs caciques respectifs (ves).

Le lendemain des pénultièmes élections générales en Espagne du 28 avril 2019, ( cf "Les élections générales espagnoles condamnent Unidas Podemos à la figuration" 29/04/2019 blog Rivera/Médiapart) je formulais l'hypothèse que PODEMOS ne pourrait pas former de gouvernement de coalition avec le PSOE. D'une part, PODEMOS ne fournissait pas à lui seul au PSOE, les députés nécessaires pour former une majorité absolue : autrement dit la formation d'Iglesias n'était pas indispensable.

D'autre part, le PSOE de Sanchez, du haut d'une morgue partidaire de 140 ans s'est peu caché ( pour finalement l'avouer ces derniers jours), de prétendre à une hégémonie complète, pour gouverner seul. Et de pousser le cynisme jusqu'à réclamer le soutien gratuit des députés et des électeurs de PODEMOS à sa majorité relative.

Le PSOE a maintenu jusqu'au bout ce blocage au gouvernement de coalition. Ne pouvant pas obtenir l'abstention de la droite pour l'investiture du président du Conseil, Pedro Sanchez aura finalement refusé  de candidater auprès du roi, ce qui a conduit automatiquement aux nouvelles élections législatives du 10 novembre 2019.

Si le sujet de ce billet n'est pas le PSOE, remarquons  que la social démocratie espagnole revenue au pouvoir, à l'occasion d'une motion de censure ( brillamment orchestrée par Pablo Iglesias) en juin 2018, tout ce temps n'a pas fait voter un seul budget, ni exhumé le dictateur de sa tombe du Valle de los Caidos, ni dérogé la loi travail espagnole. Le chômage est encore à 14 % de la population active ( revenir à l'avant crise de 2008 tient du rêve ! ), peu chaut au PSOE qui conditionne l'avenir du pays à sa reconduction au gouvernement, à la disparition du paysage politique des forces politiques à gauche du PSOE et au retour du bipartidisme avec la droite du PP.

Il n'est pas impossible qu'à rebours d'autres pays ( cf la France ), le PSOE parvienne à ces fins... Où tout du moins, faute de gouverner, parvienne à fragmenter suffisamment la gauche radicale ( encore largement fédérée par PODEMOS), et précipiter la fin d'un tout jeune récit politique de cinq années.

Institutionnellement, la revue de détail est vite faite. Il n'y a pas eu de "sorpasso" de PODEMOS sur le PSOE en voix et députés : les 71 députés de 2016, sont tombés à 42 en avril 2019. Un million trois cent mille électeurs en moins. Les élections municipales ( perte de Madrid et autres grandes villes) et autonomiques de mai 2019, sont aussi un échec. Un accès férocement dénié au gouvernement . Et pour finir des pronostics électoraux pour le 10 novembre peu engageants, compte tenu des luttes de fraction internes à PODEMOS.

Car il n'y a pas que l'acharnement de l'oligarchie financière, de la droite politique espagnole et de la social démocratie qui expliquent le reflux de PODEMOS. Il faut bien constater que cause ou conséquence de la purge ou du départ de tous les fondateurs de PODEMOS ( hormis le propre Iglesias et son fidèle soutien-factotum Monedero) l'idéologie initiale dite du "populisme de gauche" s'est totalement affadie, voire mise totalement de côté dans l'expression du parti, comme dans la praxis quotidienne des dirigeants et des militants.

Plus d'opposition frontale entre le peuple et la caste, plus de ligne de démarcation tranchée entre "eux" et "nous". Le malencontreux épisode de l'achat de la villa bourgeoise, tout confort par le couple Iglesias - Montero, bien sûr relève des accommodements au système. Mais on a vu également pendant les débats pré électoraux du 28 avril, Iglesias brandir la constitution de 1978 à tout propos pour revendiquer la concrétisation des droits sociaux, du droit au logement.... prévus par ce texte.

PODEMOS a été analysé en 2014, comme la traduction politique du mouvement des indignés.  Or, il est difficile actuellement de discerner  dans les luttes de fraction et les participations aux différents épisodes électoraux récents ( 4 années ; 4 élections générales) ce qui relèverait  de réponses du parti aux défis sociaux espagnols du chômage, de la précarité pour les jeunes, du mal logement.

Très éclairants sont les mouvements politiques de Inigo Errejon qui était généralement considéré comme le promoteur du populisme de gauche au sein de Podemos. Sa marginalisation par Iglesias l'a poussé à scissionner puis créer sa marque électorale "Mas Madrid". Plus de référence à la caste, mais de l'ambition -parfaitement documentée dans ses interventions- pour créer un nouvel appareil électoral compatible avec les desiderata du PSOE en matière de gauche radicale "acceptable".

Un autre mouvement centrifuge d'ampleur est en cours dans la fédération andalouse de Podemos où Teresa Rodriguez veut absolument concourir sous son propre sigle.

N'est ce pas plutôt à la lutte pour les places, à quoi nous assistons ? De fait, Podemos évolue très vite vers une configuration où tant le noyau central qui survivrait aux mouvements centrifuges, que les scissions en cours se transformeraient en chapelles éclatées de la gauche "radicale" nominale, aptes tout à la fois pour assurer le devenir du dirigeant ( te) et de sa clientèle et pour offrir au PSOE selon la saison, un choix d' appoints électoraux.

Au final, une résurgence de la très vieille figure  du "cacique" dans la politique espagnole.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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