Pour l'affranchissement de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (17/11/2020)

Annonce de participation à la manifestation du mardi 17 novembre 2020 pour l'Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) Exposé des motivations relatives à la LPPR dont l'intitulé est questionné au passage Cadre qui pourrait permettre aux personnels de l'ESR de continuer à accomplir leurs missions à l'avenir Recherche de moyens d'action

Enseignant dans une université parisienne, je serai en grève à compter de ce soir, afin de participer à la manifestation prévue le 16/11/2020 à 15h place de la Sorbonne et afin de m'inscrire dans un vaste mouvement appelant à promouvoir une Recherche et un Enseignement Supérieur soutenu⋅es dans leurs missions et écouté⋅es et respecté⋅es dans ce qu'ont à dire les membres de nos communautés universitaires. 

 

Je souhaite d'abord marquer par là mon opposition résolue et sans équivoque à la loi de reprogrammation, de déconstruction et d'aggravation de la situation précaire de l'enseignement supérieur et de la recherche (autrement appelée LPPR) promue par Mme Frédérique Vidal, Ministre de tutelle, avec la complicité active de la majorité sénatoriale et de la commission mixte paritaire du Sénat et de l'Assemblée Nationale, ainsi qu'aux différents amendements permettant de disqualifier nos futur⋅es collègues enseignant⋅es titulaires en dérogeant à leur qualification scientifique par le Conseil National des Universités et de s'affranchir des franchises universitaires en criminalisant, sous toutes les sortes de prétextes divers que permettra l'expression, large et floue à souhait, d'intention "perturbatrice", presque tous types de réunion ou manifestation à objet politique ou non-consensuel et surtout non validés par des autorités quelles qu'elles soient, à l'intérieur des universités.

La LPPR qui est mise au vote demain, c'est donc une "valorisation" des emplois scientifiques précaires, forcément précaires, et prochainement dé-qualifiés, un autoritarisme affranchi des franchises universitaires, une criminalisation arbitraire des expressions du dissensus dans les enceintes universitaires. C'est donc encore un projet de loi de plus sans projets, dont le texte énonce le contraire de ce qu'annoncent le titre et l'exposé de motifs, dont la mise en application se fera encore au mépris de ce que répètent depuis des années les communautés impactées.

En dénonçant cette loi et la façon dont elle a été si mal préparée, si mal discutée, si bien aggravée, je souhaite surtout par là marquer mon attachement à un enseignement supérieur et à une recherche financé⋅es à la hauteur de leurs missions de formation, d'éveil des esprits et de participation documentée, rigoureuse, pluraliste, libre, démocratique à tous les débats publics du monde social en général et des mondes de l'enseignement supérieur et de la recherche en particulier, qui suppose que le rôle du CNU soit reconnu, préservé et valorisé et non remis en cause, que la qualification scientifique des enseignant⋅es continue à être certifiée par cette instance dont les membres sont élus démocratiquement par leurs pairs sur des engagements en général clairs et transparents  et en tous les cas opposables en matière d'examen des dossiers scientifiques, d'avancement de carrière, etc., et que les franchises universitaires soient maintenues, et que soit maintenue à travers elle la possibilité de débattre de manière contradictoire, libre et démocratique à l'intérieur de nos enceintes, et ce, sur tous sujets d'intérêts collectifs dont s'emparent les membres de nos communautés, étudiant⋅es compris⋅es.

Je sais que je ne suis pas seul.

Nous allons demander et tenter d'obtenir la banalisation de cette journée de demain dans toute nos universités.

Nous allons demander et tenter d'obtenir des temps d'échanges avec collègues et étudiant⋅es pour que sur ce sujet, sur tous les sujets, nos communautés universitaires soient entendues, au sein de l'université et à l'extérieur, et pour que l'université continue d'être un lieu de débats libres, protégés de tout abus d'autorité, d'où qu'elle émane, et de toute interférence des autorités avec les franchises universitaires, sans lesquelles cette liberté n'est pas possible.

Nous allons solliciter nos député⋅es et sénatrice⋅eurs pour qu'i⋅elles exigent non seulement le retrait des amendements scélérats introduits par un Sénat manifestement devenu Haute Assemblée des coups de force, mais le retrait de toute la loi et la mise en discussion d'un projet qui repose sur un état des lieux contradictoire et reprenant les nombreux diagnostics et témoignages produits par les personnels et les usager⋅es de l'ESR, sur une concertation qui ne contourne pas leurs instances représentatives et ne méprise pas les avis de ces instances, et qui s'appuie sur des ambitions budgétaires allant au delà de l'inflation prévisible et de la vision restrictive et en fait rigoureusement hostile aux agents de l'État qui a prévalu pendant ces dernières décennies.

Pour que l'avenir de l'ESR ne se décide pas contre les personnels et les étudiant⋅es, nous sommes aujourd'hui très "perturbé⋅es" mais nous sommes aussi, et nous serons, très résolu⋅es, parce que nous savons ce qu'i⋅elles sont en train de faire à l'ESR. 

Parce que les personnels hospitaliers, les enseignant⋅es en Maternelle, Élémentaire, Collèges, Lycée, subissent le même mépris, parce que le droit de manifester est aujourd'hui remis en cause jour après jour, nous devons aujourd'hui déroger légitimement au confinement pour exiger des politiciens français qu'i⋅elles réapprennent à faire autrement de la politique qu'en adoptant subrepticement des amendements scélérats aggravant des projets de loi sans projets, dont le contenu contredit le titre et dont la mise en application promet toujours plus de mépris face aux appels de détresse que nous relayons en vain, et en cautionnant une gestion toujours plus autoritaire et arbitraire des services publics, pourtant en première ligne dans la crise que nous traversons. Ces services publics remplissent d'autant mieux leurs missions qu'ils sont affranchis et non tenus en laisse par des politiciens revanchards ou hostiles. C'est pour cela que c'est aussi et peut-être surtout en relevant la tête que nous rendons service à notre pays.

http://lettreouvertelpr.wesign.it/fr

https://cgt.fercsup.net/les-dossiers/enseignement-superieur/lppr-frederique-vidal-2019-2020/article/communique-contre-la-lpr-et-l-autoritarisme

https://www.snesup.fr/article/lpr-un-nouveau-choc-de-defiance-pour-la-communaute-universitaire-communique-de-presse-du-10-novembre-2020

https://www.snesup.fr/article/communique-de-presse-de-lintersyndicale-esr-portant-sur-lurgence-dun-recrutement-de-personnels-pour-faire-face-la-crise-sanitaire

https://www.lemonde.fr/archives/article/1993/06/08/debats-un-entretien-avec-jean-pierre-vernant-il-faut-constamment-etendre-les-libertes-si-nous-ne-voulons-pas-les-voir-perir_3955479_1819218.html

https://www.conseil-national-des-universites.fr/data/document/3442/2487/Public/Motions%20vot%C3%A9es%20par%20la%20section%2002/Motion%20Loi%20Programmation%20Recherche%20et%20CNU/MotionSection2CNU-LPR12nov2020.pdf

https://aoc.media/opinion/2020/11/15/sauver-le-conseil-national-des-universites-pour-preserver-lautonomie-des-universitaires

https://www.lejdd.fr/Societe/Education/tribune-il-faut-defendre-le-conseil-national-des-universites-4005651

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