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Billet de blog 27 mars 2017

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Vigilance citoyenne pour une véritable "belle alliance populaire"

En ces jours de campagne, une vigilance citoyenne est nécessaire pour préserver l'avenir d'une alternative de gauche à l'offre politique actuelle afin qu'en particulier les électeurs qui se reconnaissent en Benoît Hamon ne soient pas pris en otage de la décomposition actuelle du PS.

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J'écris ce billet sous la pression du temps. Je n'exclus pas d'y revenir afin de développer certaines idées qu'il contient - résultat d'un brouillon qui a mystérieusement disparu (il doit y avoir une date de péremption des brouillons)...

Pour préciser d'où je parle, on pourrait dire que je fais partie de ces électeurs orphelins, pas vraiment militants mais parfois engagés dans (une partie de) la vie locale, et qui ont pu se reconnaître dans le programme d'Hamon et hésitent aujourd'hui entre dégoût et impuissance face à l'impossibilité d'une candidature commune entre Hamon et Mélenchon, sur ce qu'ils feront le 23 avril et au-delà. Bref, des personnes qui se sentent vraiment de gauche voire carrément "socialistes" et pas du tout en phase avec le "ni ni", ni avec le "tous pourris", ni avec l'espèce de conversion d'une part prédominante aujourd'hui du PS à un mélange de politique de l'offre indifférente au sort des classes populaires, de politique répressive indifférente au sort des migrants comme à la légitimité de certains combats militants et surtout de mépris total vis à vis de la volonté du peuple, des électeurs du PS, comme aux engagements pris, qu'il s'agisse des engagements électoraux de 2012 ou de ceux pris en vue d'une certaine primaire.

Le problème d'Hamon c'est que son programme l'a largement emporté à ces primaires qui ont tantôt été appelées "citoyennes" tantôt celles de "la belle alliance populaire", un conglomérat d'où étaient absentes la plupart des forces politiques qui comptent à gauche, à l'exception notable du PS mais auquel, contre toute attente, de vrai.e.s électrices/eurs ont participé. Cette victoire de ses idées lui a donné un certain mandat et une certaine légitimité, qui se sont trouvés renforcés, dans l'ensemble, par le ralliement de Jadot et d'EELV - qui n'était pas sans contrepartie, notamment pour les législatives. Tout ceci peut ou plutôt aurait pu lui donner un certain élan mais pouvait aussi constituer un handicap, car cette candidature, qui repose sur un discours qui est pour l'essentiel en rupture avec la pratique du pouvoir par le PS ces 5 dernières années, est en même temps tributaire de ceux qui ont organisé la "belle alliance populaire" telle qu'elle était, tout comme le candidat est également tributaire lui aussi de l'organisation des élections législatives telles qu'elles se préparent. Or, au soir du premier tour, si il fait à peine plus de 10% voire moins, Hamon sera sèchement renvoyé à sa position minoritaire, probablement au profit d'un large recyclage des hiérarques socialistes dans une alliance avec les macronistes, qu'elle soit bricolée ou sincère.

L'attitude des dirigeants du PS qui se rallient à Macron m'indigne (en particulier vis à vis de nous, leurs anciens électeurs), mais elle ne peut pas me surprendre : ce que propose Macron, c'est à peu de choses près ce qu'ont fait les socialistes au  pouvoir, avec peut-être plus de flou mais peut-être moins de mensonges au moins, bref une politique de droite pour l'économie, d'extrême-droite pour les migrants et la répression des mouvements sociaux, de centre-droit pour les débats de société. Au vu de ce que Fillon est en mesure de proposer, on peut même se demander si le fait que les sondages ne donnent pas Macron gagnant dès le premier tour n'est pas effectivement la confirmation du basculement de 45% des électeurs du côté de l'extrême droite ou de sa variante de droite dure, et surtout de ses idées. Ceci dit, quand Macron évoque une alternance, ça reste une imposture.

La légitimité de Mélenchon et son mandat sont d'une autre nature mais ne le lient pas moins et ne sont pas moins légitimes, sans doute. Cependant, si les électeurs déjà convaincus par la "France insoumise" ne seraient évidemment pas prêts à voter pour Hamon en cas d'alliance ou de sondages trop défavorables - si jamais une telle hypothèse avait eu la moindre vraisemblance et n'avait pas contredit toute la trajectoire de Mélenchon et de nombre de ses soutiens - la dynamique inverse est elle-aussi compliquée à envisager. Hamon et ses soutiens ont l'air partis pour réaliser leur erreur (si c'en est une) après le premier tour de la présidentielle au plus tôt,  c'est à dire bientôt, mais trop tard, quand le mandat et la légitimité qu'il a reçus ne vaudront plus rien et que le PS se ralliera massivement à Macron pour sauver les meubles, en punissant au passage ceux qui ont été qualifiés de "frondeurs" ces dernières années.

Or, les nuances entre Hamon et Mélenchon, sur l'Europe ou sur la politique étrangère par exemple, si elles ne sont pas négligeables, méritent mieux que de servir à décrédibiliser toute possibilité de convergence car les débats qu'elles nécessitent devraient de toute façon avoir lieu si Mélenchon conservait une chance d'être élu. Sur le plan européen, nous héritons évidemment de ce qui s'est produit depuis le référendum sur le traité constitutionnel européen : l'éclatement de la gauche entre le oui et le non, puis le mépris des résultats du référendum en question par le PS et l'UMP qui ont tout simplement escamoté ce vote pour adopter le traité de Lisbonne par voie parlementaire. Déjà le mépris d'une consultation démocratique (je précise que j'avais voté oui). Sur les autres plans, il en irait de toute façon de la possibilité de reconstruire une force progressiste de gauche dans ce pays, qui ne pourra pas exister sans une reconnaissance de la diversité des points de vue à gauche, qui vont de l'anticapitalisme à la préservation de l'État social mais devraient s'arrêter au delà.

J'en viens à mon point principal : que l'on se sente capable ou non de rejoindre la France insoumise et de voter Mélenchon, il faut admettre que les chances d'une alliance, d'un accord ou d'un ralliement entre Hamon et Melenchon sont terriblement faibles et que l'espoir est nécessairement (aussi) ailleurs. Elles sont de plus grevées par la tentation d'user d'une stratégie de disqualification qui existe de part et d'autre et ne laisse pas beaucoup d'espaces à celles/ux qui hésitent et se retrouvent dans certains aspects de chacun des deux candidats et pas du tout dans celles de Macron ou, à un autre bout du spectre, celles d'Artaud ou de Poutou. Nous voilà renvoyé.e.s à la solitude du choix électoral, avec l'amertume de constater aussi que le consensus sur la nécessité d'une 6e République pourrait exister à gauche mais qu'il est loin d'être considéré comme valant suffisamment la peine pour qu'on ravale les rancunes. Une 6e république, une autre Europe ou une autre France qui se reconnaît à nouveau dans une espérance démocratique et retrouve un peu de sa générosité et de sa solidarité.

Dans des circonstances telles que celles-ci, cependant, il faut peut-être juste refuser d'être (collectivement) les esclaves des logiques d'appareil et même des questions de mandat qui s'imposent aux candidat.e.s. Si beaucoup (et ce bien au delà des sympathisant.e.s de la France insoumise qui se seraient déplacé.e.s) ont pu se reconnaître dans une "belle alliance populaire" et dans un candidat qui voulait faire "battre le coeur de la gauche" (voire de la France), alors peut-être que c'est à chacun.e de nous de redoubler de vigilance et de cohérence plutôt que de simplement toujours craindre de "se faire avoir" comme cela semble être le principal souci d'inquiétude de beaucoup en ces temps désabusés : si il devait y avoir une "belle alliance populaire", la seule manière pour qu'elle existe serait d'y oeuvrer à tous les niveaux locaux et pas seulement nationaux entre toutes celles et tous ceux qui se sont reconnu dans le projet d'une alternative progressiste forte et de gauche en France, qui n'a pas répudié ses idéaux et surtout celui de défendre les plus vulnérables et les moins favorisé.e.s dans ce pays, une alliance avec les classes populaires qui ne s'en prend pas aux plus fragiles et aux plus démunis, migrant.e.s et "sans" (domicile, emploi, etc.). Et si on a l'espoir de refaire battre le coeur de la gauche ou de la France, cela ne peut pas dépendre d'un seul homme, si respectable que soit son combat pour cette présidentielle. Restons donc mobilisé.e.s et vigilant.e.s quant aux positions des un.e.s et des autres pour être en mesure non seulement de voter en conscience mais aussi de faire face à ce qui adviendra ensuite.

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