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Billet de blog 28 février 2017

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À propos des appels à rassembler Hamon et Mélenchon: doutes et propositions

Commentaire trop long d'un article de Laurent Mauduit sur l'union de la gauche comme moyen de "conjurer" le spectre des années 30, que je transforme en tribune, dont je resterai sans doute le seul lecteur ;-)

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Bon, personnellement je trouve ça très sympathique ces appels à se rassembler - y compris avec un tirage au sort et une démission à l'issue de l'instauration de la 6e République.

Je les ai même signés.

Et après ?

Il y a quand même deux gros présupposés dans l'affaire - qu'ils soient implicites ou explicites :
- Premièrement, aucun des deux candidats ne pourrait espérer décoller par rapport à ce qu'en prédisent les sondages sauf si ils s'unissaient en créant un sursaut de la gauche voire de l'ensemble des électeurs dont ils rassembleraient ensemble environ un quart.
- Deuxièmement, le candidat d'union en question arriverait deuxième au premier tour ce qui lui permettrait d'être présent au second où il serait le mieux placé pour surclasser Marine Le Pen.

Est-ce si sûr ?

Est-ce qu'en acceptant l'arithmétique des sondages et une gauche très affaiblie, on ne contribue pas aussi à accepter d'une manière assez insidieuse la victoire électorale mais aussi idéologique du Front National ? Vous me direz peut-être que la gauche ne peut qu'être affaiblie (et le PS cliniquement mort) après un pareil quinquennat.

C'est ce que je me dis en tout cas mais là n'est peut-être pas la question : c'est plutôt que l'union des candidats n'est pas ce qui peut changer la donne parce que là encore, tout ce processus repose trop clairement sur un calcul qui s'inscrit (en profondeur) dans le jeu institutionnel de l'élection présidentielle façon 5e république et TOUT ce qu'il charrie (y compris depuis la réforme du quinquennat : tout tournant autour de l'élection présidentielle dont les législatives ne sont jusqu'ici que la traduction plus ou moins fidèle mais sans surprise, la personnalisation du pouvoir qui va avec, la logique éliminatoire du premier tour, voire de l'utilisation des sondages et des primaires).

Là où il faudrait peut-être se dire que ce n'est pas avec ce genre de calcul qu'on peut gagner ni même battre Le Pen.

Il y a un monde entre constater des convergences et avoir une plate-forme électorale ; de plus, on nous a déjà fait le coup du programme commun, celui de la gauche plurielle (sans parler de la déclaration de guerre à la finance) et nous sommes nombreuses/x à nous en souvenir...

C'est oublier qu'en l'absence de candidat de droite au second tour, il se pourrait bien que de nombreux sympathisants de droite (supplémentaires) aillent essayer Le Pen.

C'est oublier que les campagnes de haine marchent et ont marché en France et que ce qui fédère beaucoup de gens en ce moment c'est du ressentiment envers les belles promesses "de gauche" et une certaine envie de faire payer ses frustrations à l'un des groupes que la haine ordinaire de notre époque a pris pour cible. Imaginez les années 30 en France si Blum avait été accusé de faire la politique de Poincarré ou de Laval...

Si Macron séduit des gens dans les sondages après avoir été lancé comme un produit marketing, c'est peut-être surtout parce que les sondés calculent aussi... les chances de chaque candidat d'être rejeté par les électeurs d'un autre camp que le leur, surtout si ils n'en ont pas.

Bon.

Au final, est-ce que nous appelons à l'union entre Mélenchon et Hamon en croyant vraiment que l'un des deux va gagner l'élection présidentielle, faire la 6e République et changer nos vies ou parce que nous craignons de devoir choisir entre le bulletin blanc, Macron ou Fillon contre Marine Le Pen ?

Peut-être que la seule manière de le savoir est d'oeuvrer ou au moins d'encourager à ce qu'on transforme le "vous attendez quoi ?" en "nous attendons quoi ?".

Par exemple pour faire la synthèse entre la méthode de construction d'un programme de la France insoumise et les primaires diverses, qui ne sont peut-être rien d'autre que des façons complémentaires de redonner la parole aux plus concerné.e.s (ou consterné.e.s) des électrices/eurs.

Pourquoi attendons-nous que les candidats se rabibochent alors qu'ils sont chacun prisonnier de deux processus partiellement démocratiques et mutuellement incompatibles, à savoir la construction du programme de la France insoumise et la primaire de la "Belle Alliance" ?

Il s'est passé un truc assez incroyable pourtant côté Europe écologie : une re-consultation des votants pour "désister" Yannick Jadot, plus ou moins avec son accord d'ailleurs, et sur la base d'une négociation autour de leurs programmes.

Peut-être alors que ce qui manque maintenant, ce n'est pas de parachever l'élimination des candidats "de trop", afin que l'un des deux prétendants restants cède sa place, mais plutôt que le mouvement qui les place face à leurs responsabilités prenne conscience de la force qu'il pourrait acquérir et dont aucun de ces deux-là ne peut disposer à lui tout seul : celle d'un mouvement d'opinion suffisamment large pour aller au delà des 25-27% des sondages, qui rompt avec le sentiment d'impuissance et la résignation actuels et qui effectivement est capable aussi bien de proposer d'améliorer la qualité de vie, de s'opposer efficacement aussi bien à l'orthodoxie économique des traités européens tels qu'ils ont été imposés partout en Europe qu'à la fabrication en série de boucs émissaires et aux politiques actuelles qui maltraitent les migrants, les militants, les protestataires, les jeunes...

Imposer un débat public à Hamon et Melenchon pourquoi pas mais alors pourquoi pas en leur demandant de se positionner par rapport à une synthèse citoyenne de leurs programmes et en organisant un scrutin analogue à celui qu'a mis en place EELV ? Sauf qu'au lieu d'amener le perdant à se désister, il s'agirait de mettre chaque électeur en possession non seulement du score final mais aussi de la synthèse en questions.

Et sauf que ça ne s'arrêterait pas à la présidentielle : quoi de mieux en effet pour faire le ménage au sein des candidats PS que de demander à tous les candidats se réclamant de la gauche et de l'écologie de se positionner par rapport à une même plate-forme ?

Oui d'accord, je sais : je rêve, quoi !

Et bien tant pis...

:-)

PS : l'article de Laurent Mauduit auquel j'ai initialement réagi est là sur https://www.mediapart.fr/journal/france/280217/pour-conjurer-le-spectre-des-annees-30

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