L'affaire du Fouquet's

Ce mercredi 7 mars de l'année de la campagne présidentielle, une centaine de chômeurs ont investi le Fouquet's à l'heure du déjeuner. Avec les associations MNCP, APEIS, AC! ils entendaient ainsi protester contre la stigmatisation systématique dont ils sont l'objet.

Ce mercredi 7 mars de l'année de la campagne présidentielle, une centaine de chômeurs ont investi le Fouquet's à l'heure du déjeuner. Avec les associations MNCP, APEIS, AC! ils entendaient ainsi protester contre la stigmatisation systématique dont ils sont l'objet.

A en croire le pensionnaire à vie du célèbre restaurant, les chômeurs sont en effet des personnages qui passent leur temps à rien faire chez eux plutôt que d'accepter de faire une formation. L'autre soir à la télé il prétendait face à Laurent Fabius que ce n'était pas un million de chômeurs que son quinquennat avait valu à la France mais 400 000. Parce que, voyez-vous, pour lui et Martin Hirsch, celui qui travaille 20 heures par semaine ou l'allocataire du RSA qui a le privilège de bosser 7 heures par semaine n'est plus un chômeur. Du point de vue des statistiques ils ont, en effet, le mérite de disparaître du radar (qui ne détecte que les chômeurs de catégorie 1, les plus dangereux). Mais au quotidien, les travailleurs précaires sont des chômeurs comme les autres, à vivre la plupart du temps en dessous du seuil de pauvreté. Ce monsieur du Fouquet's a tout faux depuis le premier soir de son quinquennat.

Un qui aurait bien voulu que les chômeurs - et précaires - (vous voyez, je persiste) ne s'invitent pas à déjeuner chez lui, c'est le patron du restaurant qui n'est pas habitué à cette clientèle un peu, comment dire sans vexer personne, pas vraiment au courant pour les mondanités du lieu. Alors il s'est énervé, il a voulu éviter la vue de ces personnages dérangeants aux Sans Difficultés Financières (SDF) qui fréquentent son établissement. Avec l'aide de quelques personnes bien habillées il a voulu pousser les chômeurs - et précaires - dehors, il a appelé la police, il a craché son mépris aux manifestants. Si les belles dames présentes avaient eu des parapluies, elles auraient volontiers crevé les yeux de ces malotrus qui ont le culot de troubler leur paisible (et néanmoins diététique) festin, comme elles ont vu faire dans les films anciens.

 

 

 

Que croyez-vous qu'il arriva ? La police ! Et les manifestants affamés (car la restauration sur place leur avait été interdite) furent embarqués. Les chômeurs - et précaires - dans un car, les chômeuses dans un autre. Car dans le royaume où le vizir de la police est Guéant, on ne mélange plus les sexes. Les unes furent relâchées après une balade en bus policier à travers Paris dans un grand déploiement de sirènes et autres escortes. Tandis que les autres étaient amenés dans un lieu plus lointain, où ils furent parqués quatre heures - le maximum autorisé par la loi. Les policiers désabusés ont laissé entendre qu'il s'agissait de "punir" les coupables (de quoi ?) sur intervention du ministère de l'intérieur. Car entre le terrorisme basque, sa pré-campagne aux législatives et le reniflage des viandes hallal et casher, le dit ministre a le temps de s'occuper des chômeurs - et précaires - coupables de crime de lèse Fouquet's.

Alors, moi, pour vous permettre de méditer et de faire en toute sérénité l'introspection nécessaire pour juger de cette affaire du Fouquet's, je vous fais cadeau de ces photos qui me comblent de fierté pour l'action menée par les chômeurs - et précaires - afin que le quinquennat finisse comme il a commencé. Au Fouquet's.

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