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Billet de blog 8 oct. 2014

Pourquoi j’adhère à Ensemble

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La décision d’adhérer à un parti politique ne me semble plus très tendance, du moins à gauche. Pourtant je viens de prendre la décision d’adhérer à Ensemble – Front de gauche. Et puisque j’ai conscience d’être quelque peu original, du moins dans cette démarche, j’éprouve le besoin de faire savoir pourquoi. Il s’agit d’un témoignage et d’un appel au débat, plutôt qu’une démarche de prosélytisme militant. Au demeurant, la décision ne va pas, pour moi, sans doutes.

Bien entendu, la situation de la France, me semble grave, suffisamment pour m’engager à prendre mes responsabilités. Elle n’est pour autant pas désespérée. Des choix politiques différents de ceux des gouvernements Hollande sont possibles et pourraient apporter enfin un véritable changement. Personnellement, je n’ai jamais cru ni adhéré à son programme et je ne m’estime pas trahi. Au contraire, je m’attendais à ce type de politique qui est dans la continuité, certes aggravé, du glissement libéral du parti socialiste. Il est temps à gauche de passer à autre chose.

La gauche non socialiste est pour sa part à la peine. Elle subit pour une large part le discrédit que le PS fait retomber sur toute la gauche. Cependant, toutes tendances confondues, les objectifs, les pratiques et les pesanteurs me semblent appeler un profond renouvellement qui tarde à venir. Je n’étais plus membre d’un parti politique depuis trois décennies et le Front de gauche à ses débuts a suscité pour moi un regain d’intérêt pour l’action politique. Son apparition a sonné comme le début d’une reconquête possible et combien souhaitable.

Le Front de gauche n’est pas un échec

Las, voilà que parmi même les porte-parole du Front de gauche un consensus s’est établi après la séquence des élections municipales et européenne pour constater son échec. C’est un constat que je ne partage pas. Certes la dynamique est retombée, l’action n’est plus au rendez-vous, les logiques d’appareil ont repris le dessus. Mais l’échec se mesurera à la fin de la séquence historique longue. Pour l’heure les difficultés sont réelles sans être insurmontables. Des fenêtres se sont ouvertes sur un espoir, par exemple l’élection de Grenoble ou encore certaines dynamiques voisines en Grèce ou en Espagne. Ne jetons pas trop tôt le bébé avec l’eau du bain.

Dans la même période, le mouvement social et les syndicats éprouvent le plus grand mal à être en prise sur le mouvement de la société et à susciter les résistances ou les reconquêtes nécessaires. J’ai personnellement travaillé ces dernières années au sein du mouvement social. Un grand mouvement d’ampleur nationale, de mon point de vue, règlerait pas mal de problèmes de la gauche. Mais la société française est très hétérogène, des intérêts et des problématiques particulières la traverse dans toutes ses dimensions et le mouvement social lui-même peine de l’inconsistance des objectifs politiques proposés au peuple de ce pays. Je crois beaucoup à l’action syndicale et associative mais l’absence de perspectives politiques plombe les mobilisations. Nous résistons, souvent pied à pied, à l’offensive libérale sans cristalliser sur des propositions rassembleuses.

Concernant mon adhésion à Ensemble, plutôt qu’à tel ou tel parti de gauche, ce n’était pas mon premier choix. Comme beaucoup de celles et ceux qui ont accompagné l’émergence du Front de gauche, j’ai souhaité une adhésion directe. Cette porte m’a été claquée au nez et je ne suis pas le seul à en avoir été profondément déçu. L’adhésion à Ensemble me paraît être aujourd’hui une alternative crédible même si je mesure la difficulté de la route à parcourir pour devenir un parti de gouvernement. D’autant que le calendrier des échéances qui se profilent ne me paraît pas favorable à l’émergence d’une force nouvelle.

 Pour un projet politique qui donne envie

En adhérant à Ensemble, je pense poursuivre la démarche qui était celle au cœur de la création du Front de gauche. Ce début de renouveau du programme et de la démarche me paraît utile à poursuivre et à développer. Ensemble ne me paraît pas vouloir faire du neuf avec du vieux mais accepter le risque de l’innovation politique. Ce risque, j’ai décidé de le courir parce que l’action politique, par définition, ne peut se mener que dans un collectif qui démultiplie la pertinence des débats et la cohésion de l’action.

C’est dans ces débats et ces décisions d’action que j’entends prendre ma place, ni plus ni moins. Je viens comme je suis. Mes combats avec le mouvement des chômeurs, au sein des associations d’éducation populaire et l'économie solidaire ou pour le logement social y gagneront en efficacité dans la mesure où je suis convaincu que l’éclairage politique est nécessaire au succès de ces luttes. En même temps, c’est dans les combats dans le terre à terre du quotidien qu’émergent les solutions neuves et d’avenir. Celles et ceux qui ont porté Ensemble me paraissent avoir l’enthousiasme et la détermination nécessaires pour effectuer la synthèse. Et il y a du pain sur la planche pour répondre aux multiples urgences. Celles portées par les chômeuses, chômeurs et précaires, celle de la paix dans le monde ; ou encore le défi de la transition écologique, maintenant. Pour construire enfin un projet politique qui donne envie.

Clichy, mardi 7 octobre 2014

Robert Crémieux

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