Les p’tits papiers des Chantiers d’espoir

Ceci n’est pas un compte-rendu de réunion. Et d’ailleurs la rencontre des Chantiers d’espoir du samedi 7 février à Paris n’était pas non plus une réunion politique. J’entends par là que ce n’était pas un meeting avec orateur ou oratrice, pas plus qu’un de ces rendez-vous au sommet entre responsables de formations politiques réunies en cartel.

Ceci n’est pas un compte-rendu de réunion. Et d’ailleurs la rencontre des Chantiers d’espoir du samedi 7 février à Paris n’était pas non plus une réunion politique. J’entends par là que ce n’était pas un meeting avec orateur ou oratrice, pas plus qu’un de ces rendez-vous au sommet entre responsables de formations politiques réunies en cartel. La séance à laquelle j’ai participé ce week-end était plutôt à mi-chemin entre l’agora et le café citoyen. J’aurai pu sortir de là avec le sentiment d’avoir passé une agréable après-midi mais sans conséquence.

Eh bien, pas du tout ! Si les formes n’étaient pas conventionnelles, le fond, lui était sérieux. Les trois heures de débats ont passé très vite et le résultat est étonnant. Pour tout dire, l’exercice s’est révélé assez jubilatoire alors que la routine des réunions politiques n’est pas toujours enthousiasmante à gauche depuis quelques années. À plus forte raison quand il s’agit de mettre ensemble les écolos et les cinquante nuances de rouge du Front de gauche, les petits nouveaux venant de diverses sensibilités post-socialistes, sans compter les syndicalistes et les associatifs. Il n’y a pas eu de chaises cassées et bien au contraire elles ont été bien sagement rangées à la fin.

Donc, environ deux cents personnes se sont retrouvées à l’Ageca, ce haut lieu de la gauche à Paris, pour discuter des suites à donner à l’Appel des Chantiers d’espoir. Appel signé par des citoyennes et des citoyens qui en ont ras-le-bol de l’impuissance et qui ne se résignent pas à la succession des gouvernements libéraux et à leur gouvernance mortifère : voir l’édifiant week-end électoral que l’on vient de vivre dans le Doubs. Un Appel qui, s’il n’est pas passé franchement inaperçu du « milieu politique » n’a pas non plus vraiment eu un retentissement grand public faute de relais médiatiques et du timing de sa publication (pour mémoire : il était prévu de le rendre public vers le 10 janvier…).

Nommer les choses

Les p'tits papiers © RC Les p'tits papiers © RC

Tout a commencé samedi par des post-it et tout s’est terminé par des petits papiers sur lesquels étaient inscrits des demandes et des refus. Les chefs d’orchestre du travail de groupe étaient jeunes, les responsables politiques qui avaient fait le déplacement étaient sagement assis dans la salle. Les tours de paroles étaient limités et croyez-le ou pas, pendant ces trois heures durant lesquelles tous les thèmes de la gauche et des écologistes ont été passés au crible, pas une fois la question de l’élection de 2017 n’est venue perturber la réflexion de fond sur l’avenir de notre action politique. Et autre vraie surprise, ce ne sont pas le ressassement de l’entre-soi militant ou le constat accablant sur l’état du mouvement social et politique qui sont venus majoritairement sur le devant de la scène mais bien les pistes concrètes pour les prochains mois.

Et ce ne sont pas les chantiers qui manquent. J’en citerai un parce qu’il me tient à cœur. Il est temps de revisiter le vocabulaire vieilli de la gauche. Si l’on veut changer la vie il faut d’abord nommer les choses, redonner du contenu. Notre langue de bois militante est faite de mots pièges : progrès, croissance, radicalité, démocratie, emploi… À commencer par le mot « gauche » quelque peu galvaudé par Hollande, Valls, Macron… En mai 2012 on nous a volé nos voix, il ne s’agit pas seulement aujourd’hui de proposer une alternative et des objectifs mais de reconstruire un imaginaire. Inévitablement, les exemples de Syriza et de Podemos ont été cités. Si j’ai une réserve à formuler, ce sera pour noter que certaines réflexions étaient trop abstraites. Défaut de jeunesse d’un élan qui se cherche et qui trouvera une réponse dans sa dynamique et son élargissement.

Soufflez sur les braises

Les initiateurs et initiatrices de l’Appel souhaitaient faire de la réunion de ce samedi un tremplin pour rénover les formes, les voies de l’action politique. À ce stade le pari est réussi. Une date est fixée pour un rendez-vous national le 11 avril prochain, avec des lieux décentralisés et des formes renouvelées. Un comité opérationnel de bénévoles est chargé de mettre le tout en musique. Les premières idées en débat laissent entrevoir des surprises et parier sur un vrai renouvellement.

Peut-on raisonnablement penser que d’une réunion, modeste par le nombre, sortira le mouvement d’ampleur nécessaire pour redonner un sens à « l’espoir » ? C’est tout l’enjeu des propositions que fera le comité opérationnel dans les prochaines semaines. Les réactions en fin d’après-midi, samedi, me laissent penser que du choc de quelques petits cailloux peut sortir une étincelle décisive. Comme d’autres, j’ai pensé que je n’avais pas gâché mon week-end avec une énième réunion. Pour souffler sur les braises, signez l'Appel d’ici le 11 avril prochain.

Robert Crémieux
lundi 9 février 2015

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