Peur sur Clichy ?

L’hebdo Le Point a fait paraître un article à charge sur la gestion du personnel municipal par Gilles Catoire, maire de Clichy. Cet article, très orienté à droite (ne soyons pas naïfs), découvre la Lune et Clichy par la même occasion. Sur la manière de régner sur la ville en autocrate en fin de règne, il ne fait que confirmer ce qui se sait et se dit depuis longtemps à Clichy. Mais il s’appuie pour cela sur des témoignages d’élus pour le moins contestables : Mireille Gitton et Patrice Pinard.

Mireille Gitton, deuxième adjointe, qui a fait partie jusqu'à il y a cinq minutes du système Catoire pendant des années et Patrice Pinard, divers droite (droites très diverses et changeantes), ex-directeur de cabinet du sénateur UMP-sarkozyste Karoutchi, ex-allié de Catoire jusqu’à avant-hier et membre jusqu’en juin dernier du même groupe au conseil municipal que… Mireille Gitton, supposée être Radical de gauche, groupe qui a voté toutes les orientations et décisions du maire.

Quant à M. Pinard, il est toujours administrateur de la SEMERCLI, société d’économie mixte de Clichy « Au service de l'aménagement et du développement de la Ville de Clichy », par la grâce du maire Gilles Catoire. Aux dernières nouvelles, mais cela peut changer d’un jour à l’autre, M. Pinard fait campagne pour les municipales de 2014 aux côtés de M. Didier Schuller, droite très diverse, qui fut longtemps en cavale en République Dominicaine pour fuir la justice de son pays, et ex-compère de Balkany.

En choisissant ses témoins de moralité, le journaliste du Point, Hugo Domenach, n’aurait pas pu choisir interlocuteurs plus fiables dans le marigot des caméléons politiques. C’est qu’il s’agissait pour lui d’un exercice difficile : il fallait feindre d’ignorer que Gilles Catoire a rompu depuis de nombreux mois avec la gauche. Les élus écologistes, du Parti de gauche, communistes et de Lutte ouvrière, ont successivement tous et toutes été débarqués de l'ex-municipalité d’union par la volonté de Gilles Catoire.

C’est dans ce contexte de chasse aux élus de gauche que le climat délétère s’est installé à la Mairie. Le malaise n’est pas seulement pesant dans la gestion du personnel mais bien dans l’ensemble de la ville. Il est politique et il traverse les partis politiques, les syndicats, les associations de la ville et le parti socialiste lui-même qui a connu récemment la scission de six conseillers municipaux qui ont créé un groupe « Parti socialiste renouvelé ». Ce n’est jamais que le énième épisode d’un feuilleton qui voit presque chaque conseil municipal commencer par l’annonce d’un nouveau groupe ou d’un changement d’étiquette de tel ou tel conseiller. Patrice Pinard est ainsi récent « Président » d’un groupe de « Rassemblement UMP – UDI » au conseil municipal qui compte… deux élus !

Voilà le contexte que l’article du Point cache soigneusement à ses lecteurs. Ils feraient mieux pour s’informer de lire Mediapart ("Immolation à Clichy : la précarité salariale tue"), y compris pour être renseigné sur ce qui se passe dans cette ville depuis plusieurs années ("Clichy : un tournant politique à la Municipalité").

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