Vous avez dit «identité», M. Besson ?

Identité nationale, identité nationale, identité nationale... L'antienne tourne en boucle, comme un disque rayé. J'ai beau faire, lire du Lévi-Srauss, écouter le dernier Bob Dylan, me passionner pour France-Eire, je n'arrive pas à y échapper.
Identité nationale, identité nationale, identité nationale... L'antienne tourne en boucle, comme un disque rayé. J'ai beau faire, lire du Lévi-Srauss, écouter le dernier Bob Dylan, me passionner pour France-Eire, je n'arrive pas à y échapper.
Passé le stade de l'indifférence (c'est qui Besson ? le sémillant pisse-copie de L'Humanité et du Figaro Magazine réunis ?), de l'agacement, de la colère contre cette scie importune qui s'insinue même à l'heure de l'apéro ou de la sieste, j'ai entendu enfin Nicolas Sarkozy soit même en parler. Diable, si le Président de la République s'en mêle, ça doit être une affaire sérieuse.
Donc, je sors de ma réserve, j'écoute, j'observe, je compare les positions des uns et des autres. J'entends bien ceux qui disent : "c'est un rideau de fumée électoral, ne tombons pas dans le piège et refusons le débat". Moi aussi, je dois dire, j'ai été tenté par cette esquive. J'ai changé d'avis. Après tout, que l'on commente pour débattre, ou que l'on commente pour refuser de débattre, c'est du pareil au même, pour ne pas dire identique. Et cette précipitation dans la dérobade me paraît fatale en ce sens qu'elle laisse de côté l'essentiel. À savoir, que ce qui est en jeu dans l'identité nationale ce n'est pas comme on pourrait le croire le terme de "nationale" mais bien celui "d'identité".
Bref, SarkoBesson du doigt nous montre la Lune et la plupart ne voient que le doigt. Parce qu'enfin, on pourra rajouter à l'identité tous les qualificatifs que l'on veut, nationale, européenne, écologique (pour faire mode) persane ou patagone, il ne peut être d'identité qu'identique à elle-même, de soi à soi et tout le débat se dégonfle.
Qu'est-ce que l'identité ?
La vraie question n'est pas "qu'est-ce que l'identité nationale ?" mais "qu'est-ce que l'identité ?". Tout dépend à quel champ on applique cette notion. Soit l'algèbre, par exemple, ce qui passe pour une science relativement exacte. En l'espèce, selon n'importe quel bon dictionnaire, l'identité est une sorte d'équation telle que "les deux membres sont identiquement les mêmes, quelles que puissent être les valeurs attribuées aux lettres qui constituent cette équation. Les identités ne peuvent conduire à aucune solution ; elles se réduisent toutes à celle-ci : 0 = 0."
Je suis allé au plus facile ? Mais non ! Appliquons la notion d'identité au champ des êtres humains. Que peut bien être l'identité de soi à soi ? Tout homme, toute femme n'est tout au long de sa vie qu'un devenir et il est absurde d'envisager la moindre possibilité d'identité d'une personne à elle-même sauf dans la mort ou l'instant. Comme le remarque la sagesse populaire mais pas M. Besson, "cinq minutes avant sa mort, il était vivant !". On passe ainsi hélas rapidement, trop rapidement d'une identité à l'autre.
Un assassin n'est un assassin qu'après avoir commis son crime, dix jours avant il est n'est pas un assassin. Son "identité" ne serait celle d'un assassin que dans le cas où ses gènes seraient ceux d'un assassin et nous savons que de tels gènes n'existent pas. Existeraient-ils, il suffirait d'un malheureux concours de circonstances, un accident de la route, par exemple avant que le crime ne soit commis pour que le génétiquement d'identité assassine meure avant d'avoir commis son assassinat... On peut faire un roman là-dessus mais parler d'identité... j'en doute.
Identité ? Tonton !
Qu'elle est mon identité ? Je me suis posé la question. Mes nièces, par exemple, m'appellent "Tonton" (et non pas "Français" les coquines), ce qui ne m'enthousiasme pas mais ne m'insupporte pas non plus. Une "identité" que j'assume mais qui n'a de valeur que dans son contexte familial et ne saurait m'être imputée comme une identité sociale. Il en est de même de mon identité de Français que j'assume pareillement en fonction du contexte, par exemple celui du match France-Eire (on ne dit plus Irlande, je m'aligne...) mais en cas de match OM-PSG, holà ! suis-je encore Français ou tout simplement Marseillais ou Parisien ? Je vous laisse deviner. D'ailleurs de nos jours, il est patent que les vieux sont d'anciens jeunes qui ont troqué leur identité et même, m'a-t-on dit, un adjudant peut devenir du jour au lendemain "mon adjudante" (notez, au passage le dilemme identitaire quand on sait que "mon" est dans ce cas l'abréviation militaire de "monsieur").
Enfin, moi ce que j'en dis, avec mon identité de journaliste du dimanche dans la colonne d'un blog non identifié, c'est pour causer du sujet incontournable du jour. Comme dirait Besson, relayé par Sarkozy, en matière d'identité les blogueurs sont des blogueurs, les démagogues des démagogues, les Françaises des Françaises et les électeurs / électrices seront bien gardé/es.
Franchement, si c'était pour en arriver là, et nous dire que "zéro égale zéro", ce n'était pas la peine d'engager un débat sur la tête de Toto.

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