Vous aviez dit "plein emploi" ?

C'était le dixième anniversaire cet été, mais l'événement est passé inaperçu et la célébration discrète. Il y a dix ans le gouvernement Jospin lançait un peu aventureusement l'idée que le plein emploi était à portée de chômeur. Et malgré le démenti des chiffres, qui n'allait pas tarder à se manifester quelques mois plus tard, le futur candidat malheureux à la présidentielle de 2002 s'était obstiné à maintenir un optimisme de campagne électorale que les prévisions sérieuses et le terrain démentaient.
Puis, le plein emploi a disparu de l'horizon radieux, jusqu'à ce que M. Sarkozy s'affirme comme le candidat du plein emploi pour l'élection de 2007. Le propos était carrément démagogique, à l'image d'une campagne échevelée de ce point de vue. La méthode était différente de celle de M. Jospin mais il ne s'agissait que de propos pour ceux qui voulaient bien croire non au retour du plein emploi mais aux promesses du futur président. Cela ne lui a pas trop mal réussi sur le moment et il s'est montré après coup bien plus prudent. Bien avant la tourmente financière qui a remis l'explosion du chômage à l'ordre du jour.
La crise financière a tout de même d'une certaine manière sauvé la mise du Président de la République. Car cela lui a fourni un alibi alors qu'il avait fixé un objectif inatteignable en l'état actuel de l'économie. Contrairement à ce que la gauche et la droite feignent de croire, le chômage de masse n'est pas un accident de parcours mais un élément structurel du système économique. Le chômage n'est pas un phénomène marginal mais une condition de la course au profit que se livrent les capitaux globalisés. Les courbes parallèle de la rentabilité des capitaux et de l'inexorable montée planétaire du chômage en témoignent de façon éloquente.
Dans la sphère des pays développés, les seuls où la notion de chômage a un sens économique et social, un phénomène de lissage touche tous les continents pour maintenir et même élever le taux de chômage global. A chaque crise, prévisible, prévue, le chômage connaît une flambée qui le porte à un niveau supérieur. Puis il connaît une relative décrue mais en se stabilisant à un étiage supérieur.
Le présent cycle ne fera pas exception à la règle. Le nombre de chômeurs et précaires va continuer de croître parce que cela permet d'amortir le coût de la crise bancaire. La socialisation des pertes ne se fait pas que par le recours à l'impôt ou le refus de l'augmentation des salaires mais aussi par l'intermédiaire de Pôle emploi. Autrement formulé, ce ne sont pas les banques qui assument le coût social du chômage mais les salariés par l'intermédiaire des cotisations qu'ils paient. Et les petits contribuables pour le financement des dispositifs publics, merci M. Bouclier fiscal.
Le coût humain est gigantesque car plus le chômage augmente, plus les difficultés que doivent affronter les chômeurs se multiplient. Pas besoin de longue démonstration pour comprendre que lorsque les chômeurs et précaires se pressent à l'entrée de Pôle emploi il devient plus difficile d'en sortir. Tout devient plus compliqué, logement, crédit, vie quotidienne, santé, projets d'avenir. Cela touche déjà 10 % de la population en âge de travailler, selon les chiffres officiels, chiffres bien inférieurs à la réalité car ne sont comptabilisés que les inscrits à Pôle emploi.
Les prophètes du plein-emploi de 1999 et 2007 sont discrets face à cette situation. Celle-ci ressemble beaucoup à celle qui prévalait avant les manifestations de chômeurs de l'hiver 1997 - 1998. Souvenez-vous. Au mur de l'indifférence avait succédé la panique politique et un ensemble de mesures d'urgence qui n'avaient pas réglé le problème mais largement amélioré la situation des personnes concernées. Aujourd'hui, le gouvernement, les grands partis au pouvoir ou dans l'opposition proposent quoi ? Rien. La question du chômage n'intéresse plus les grands médias. Cela ne fait même pas débat. La classe politique s'en fout, dispute à longueur d'estrade de "stratégie", "d'alliance" et de "valeurs" mais il n'y a pas de débat public parce qu'il n'y a pas de propositions. Il faut patienter en attendant le retour de la croissance. Jusqu'à la prochaine vague d'occupation des locaux de Pôle emploi par les chômeurs ? Tiens, à propos, l'ensemble des syndicats du service public de l'emploi appelle à la grève ce mardi 20 octobre, notamment pour protester contre la dégradation du service rendu.
Au fait, depuis mars dernier, un mouvement de chômeurs1 demande un plan d'urgence. Le saviez-vous ? On peut discuter du détail mais dans le fond la revendication est pertinente, au moins autant que les demandes patronales qui ont conduit à ouvrir les caisses publiques pour les banques, l'automobile, la restauration...

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1 - Il s'agit du Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP)

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