« Si j’étais chômeur… » Le rêve fou de Macron

Donc, le ministre Macron, ex-banquier, déclare sur BFMTV le 18 février 2015 : « Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord. » (BFMTV - 18.02.2015).

Ces propos, dans la droite ligne de ceux des ministres sarkozystes qui l’ont précédé, sont – au choix – ignobles de suffisance de caste, insultants pour les personnes concernées, imbéciles quant à leur pertinence économique de la part d’un ministre de l’Économie.

Le vide de cette pensée peut se résumer en une phrase. Il n’y a pas assez d’emplois disponibles pour les cinq millions de chômeurs, chômeuses et précaires qui galèrent à Pôle emploi. Et rajoutons pour prévenir l’objection : qui n’ont pas la formation nécessaire pour postuler aux quelques fameux emplois non pourvus dont on nous rebat les oreilles.

Le ministre de l’Économie serait-il nul en économie ? Bien entendu, ce serait un débat intéressant, mais la vérité est ailleurs. En difficulté devant les résultats négatifs de sa politique d’austérité, le gouvernement a besoin de boucs émissaires. Adoptant de façon naturelle la tactique de la droite en la matière depuis quarante ans, il est plus commode de s’en prendre à celles et ceux que la rumeur proposent à la vindicte.
Réfléchissons un instant.

Il aurait pu dire, par exemple : « Si j'étais chômeur, je demanderais au Medef de tenir sa promesse de création d’un million d’emploi en contrepartie des 41 milliards du CICE, j'essaierais de me battre pour ça ». Vous imaginez un ministre du gouvernement Valls tenir de tels propos stigmatisants pour les patrons du CAC 40 ? Enfin quoi, ne rêvons pas, cela n’arrivera pas, comme cela n’arrivera pas qu’il dise : « Si j’étais chômeur... je demanderais au gouvernement de changer de politique pour créer des emplois. »

On s’étonnera sans doute que la sortie de Macron, venant après bien d’autres, de lui et d’autres ministres et responsables socialistes, ne suscitent pas un tollé de la part des partis politiques de gauche et des syndicats. Mais non, ne cherchez pas, la rumeur fascisante qui désigne les chômeurs comme responsables de leur sort pèse aussi sur une partie de la gauche. Dans le cas contraire, cela se saurait, cela se verrait. Et puis, à vrai dire, il y a tant de motifs d’indignation, alors un de plus, un de moins… Le chômage tue, et cela même s’est banalisé, quand on songe aux quatre-cent soixante « morts de la rue » comptabilisés par l’association du même nom et qui mériteraient une autre réaction de la gauche et des syndicats.

Mais, et les chômeurs eux-mêmes ? Pourquoi ne se manifestent-ils pas ? C’est bien la preuve qu’ils acceptent un sort qui n’est pas si terrible, tout de même. Facile à dire. Ils sont debout, contrairement aux allégations de Macron et se lèvent d’abord pour trouver du boulot et parfois pour simplement survivre. Ils sont debout dans ces quartiers que Valls renvoient à l’apartheid mais qui sont en réalité abandonnés à eux-mêmes par le gouvernement. Nombreux, c’est vrai, culpabilisent, se font discrets parce qu’il n’est pas simple d’être désigné du doigt depuis des années par les plus hautes autorités de l’État, les responsables politiques de droite ou PS.

Ils sont debout aussi dans les milliers de manifestations de résistance civiques, dans les actions du mouvement des chômeurs. Mais leur résistance n’a pas la visibilité que les média dominants leur refusent. C’est pourquoi leurs actions doivent être le point de ralliement de toutes celles et ceux qui combattent les politiques d’austérité.

En janvier dernier s’est tenu place de la République un rassemblement pour donner la réplique à la publication mensuelle des chiffres de Pôle emploi. La deuxième édition de cette conférence de presse-action aura lieu mercredi 25 février, place de la Bourse à Paris (18h) (et dans d’autres villes). Dans le contexte, cette action aura une résonnance particulière. « Si j’étais chômeur… », prenons-le au mot : se battre d’abord !

Robert Crémieux

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