Des excuses et un plan d'urgence, M. Darcos !

"Il y a pire que le stress au travail, il y a le stress au chômage". Quand on sait que cette phrase n'émane pas d'un chômeur, mais du Ministre du travail, M. Xavier Darcos, cela peut étonner. Mais quand on découvre qu'elle a été prononcée devant l'Assemblée nationale, en référence explicite à la vague de suicides à France-Télécom, on ne peut qu'être envahi de dégoût pour le cynisme d'une telle affirmation remise dans son contexte.

 

Il y a, dans cette posture politicienne face à la grave question de la souffrance au travail et au chômage, comme une sorte de Discours de la méthode. Il s'agit, selon l'exemple qu'en donne chaque jour Nicolas Sarkozy, d'opposer les personnes, les unes aux autres. Telle catégorie d'enseignants contre telle autre, immigrés "légaux" contre sans-papiers, agriculteurs contre salariés, bien-pensants des villes contre "racaille" des cités...

 

De quoi vous plaignez-vous, vous les nantis de cette grande et prestigieuse entreprise désormais multinationale, quand des millions de personnes en France se pressent aux portes de Pôle emploi ? Vous êtes stressés ? La belle affaire. N'avez-vous pas honte de vous plaindre ? Il y a bien plus malheureux que vous. M. Darcos, vous êtes indécent.

 

Il ne s'agirait pas de la vie et de la mort de millions d'hommes et de femmes, au travail ou non, cela pourrait déjà être relevé comme inélégant. Mais il s'agit de la mort au travail dans ce qui fut un grand service public, de la vie entre parenthèses de 10 % de la population salariée française et de propos tenus par un ministre du Travail devant l'Assemblée nationale. Ce n'est pas seulement condamnable, cela soulève le cœur. En premier lieu des chômeurs et précaires ainsi pris en otage par un personnage public investi de fonctions par la seule grâce du résident de l'Élysée et non du succès de ses politiques.

 

Car où sont les larmes, même de crocodiles, que M. Darcos ait jamais versées sur le suicide des chômeurs ? Ou sont les actes, les mesures publiques, les plans d'action du ministre Darcos, ministre du Travail, pour combattre la souffrance au travail comme le suicide des chômeurs ? Vous n'avez jamais entendu parler du suicide des chômeurs dans votre haute fonction ? Nous, si. Dans nos permanences d'associations de chômeurs, parmi les militants mêmes, chômeurs debouts, qui un jour ont pourtant craqué devant l'acharnement d'un système à les maintenir la tête sous l'eau. Oui, M. Darcos. Comme les sans-domicile meurent dans la rue dans une société riche, des milliers de personnes crèvent de ne pas travailler alors que d'autres sont écrasées par la course à la productivité, quand leur entreprise distribue bonus et profits. Dans l'indifférence du gouvernement et de vos collègues ministres.

 

Vous ne le saviez peut-être même pas, M. Darcos, mais ce mardi 20 octobre, jour où vous avez prononcé ces paroles indignes, les organisations de chômeurs se sont déclarées solidaires de la grève menée par les salariés de Pôle emploi contre leur souffrance au travail et la dégradation du service rendu. La solidarité n'est pas de votre côté. La dignité non plus.

 

Il serait vain de réclamer votre démission, quand votre sort ne dépend que du bon vouloir du Président de la République. Mais il n'est pas interdit, au nom des chômeurs, de vous demander des excuses. Après tout, si de votre propre aveu, la situation des précaires doit être à ce point prise en compte, et bien, prenez vos responsabilités. Excusez-vous et entendez, au nom du gouvernement, la demande d'un plan d'urgence contre le chômage comme nous le réclamons depuis mars dernier, M. le ministre du travail. Nous attendons votre réponse. Mais en cherchant bien, vous trouverez sans doute qu'il y a encore plus misérable que les chômeurs pour nous adresser une fin de non-recevoir.

 

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