Les chiffres du chômage, parlons-en !

Depuis plusieurs décennies, le mouvement des chômeurs et précaires souligne que le chômage ne peut se résumer aux seuls chiffres des demandeurs d’emploi inscrits au régime d’assurance chômage.

Depuis plusieurs décennies, le mouvement des chômeurs et précaires souligne que le chômage ne peut se résumer aux seuls chiffres des demandeurs d’emploi inscrits au régime d’assurance chômage.

Chômeurs, chômeuses et précaires vivent au quotidien une réalité qui ne se résume pas à des chiffres. Derrière les chiffres, il y a des vies.

Pour autant les études statistiques ont leur importance. Mais, les chiffres mensuels de la DARES qui sont publiés ce soir, ne sont qu’un indicateur parmi d’autres. Nous souhaitons aujourd’hui attirer l’attention sur quelques un d’entre eux.

Ils tirent leur signification de leur rapprochement, alors que la majorité des commentaires éludent cette approche trop accusatrice pour les politiques suivies depuis quarante ans.

Alors voilà quelques chiffres que nous avons collectés. Ils éclairent la situation vécue d’un autre jour.

 

460

460 c’est le nombre de SDF morts dans la rue en 2014. Ils ont été recensés par le collectif des Morts de la Rue, une association qui fait depuis quelques années un remarquable travail humaniste, en contre-point évident des politiques qui acculent de nombreux chômeurs et précaires à la perte de leurs logements, à l’expulsion et à la rue.

[ sources : http://mortsdelarue.org/spip.php?article14 ]

 

12

C’est nombre de milliardaires de plus en France en 2013, ce qui porte le total pour notre pays à 67. Le magazine Challenges précise que le montant total des 500 premiers patrimoines professionnels français a augmenté de 15% en un an, pour atteindre 390 milliards d'euros. Il faut un certain aveuglement, sans doute volontaire, de la part du Medef et du gouvernement pour ne pas voir le lien qui existe entre la montée inexorable des inégalités et la hausse du chômage. Si ces chiffres sont bien corrélés, alors qu’attend le gouvernement Hollande-Valls pour agir afin de s’attaquer à la réduction des inégalités ?

[ http://www.challenges.fr/economie/20140709.CHA5911/classement-des-500-des-grandes-fortunes-la-france-compte-desormais-67-milliardaires.html ]

 

12 milliards d’euros

12 milliards c’est le montant des aides sociales auxquelles des personnes avaient droit, qui n’ont pas été utilisés en 2013. Ce chiffre cumule les différentes prestations sociales auxquelles les ayants-droits renoncent pour différentes raisons. Le taux de non-recours atteint 35% pour le RSA socle et monte à 68% pour le RSA activité. 29% des personnes qui auraient droit à la CMU n'en bénéficient pas. C’est un désastre social et un scandale d’état, d’autant que parallèlement l’accent est mis sur « la fraude sociale » des allocataires alors que ceux-ci ne sont pas les principaux fraudeurs.

[ sources : nota. Odenore https://odenore.msh-alpes.fr/ ]

 

898 800

C’est le chiffre des personnes touchant le RSA, inscrites à Pôle emploi, et qui sont donc en recherche d’emploi. En effet, au mois de novembre 2014, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B, C et ayant un droit payable au RSA était de 898 800 (soit 17,1 % des demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B, C, données brutes).

Quand on sait le peu d’efficience du soutien apportée par Pôle emploi pour l’aide à la recherche d’emploi, on mesure la détermination de ces personnes qui ne renoncent pas et qui démentent par leurs démarches l’image de traîne-savates dont de nombreux responsables politiques, et récemment encore des membres du gouvernement Hollande, affublent les allocataires du RSA.

[ sources : DARES : http://travail-emploi.gouv.fr/etudes-recherches-statistiques-de,76/etudes-et-recherches,77/publications-dares,98/dares-analyses-dares-indicateurs,102/2014-103-demandeurs-d-emploi,18362.html ]

 

2 961 000

Ce chiffre de près de trois millions est celui des contrats de travail en CDI signés sur l’année 2014. C’est 30 000 de moins qu’en 2013 et, pour comparer, en 2011, l’Acoss-Urssaf avait enregistré 3,4 millions de CDI, soit 1,5 million de plus. La précarisation de l’emploi est devenue galopante, et les CDD sont devenus les principaux pourvoyeurs de Pôle emploi. C’est pourquoi il est illusoire de prétendre combattre le chômage en accentuant par ailleurs la précarité qui fait des salariés des abonnés à vie à l’assurance chômage et creuse les inégalités. Les allers-retours incessants entre l’emploi et le chômage entraînent une baisse du revenu, fait vivre au quotidien une situation de stress devant l’incertitude de l’avenir. Le ministère du Travail, reconnaît lui-même dans ses études que la part des CDD dans les embauches atteint un niveau record (84 %) et qu’ils sont de plus en plus courts.

[ sources : http://www.acoss.fr/home/observatoire-economique/publications/acoss-stat.html ]

 

40

40 ans, c’est le temps qui s’est écoulé depuis l’apparition du chômage de masse dans notre pays au milieu des années 70. Bientôt deux générations qui n’auront connu comme horizon que l’angoisse de ne pas trouver de travail tandis qu’on leur promettait comme « priorité la lutte contre le chômage ». Depuis quatre décennies, et hors variations saisonnières, la courbe du chômage n’a connu qu’une progression vers le haut. La précarité de l’emploi s’est installée comme une version aménagée du chômage avec l’appui de « politiques de l’emploi » qui ne sont que le cache-sexe des politiques économiques conduisant délibérément à la destruction d’emploi.

 

C’est pourquoi, commenter les chiffres du chômage, ce ne peut pas être simplement pour constater que d’un mois sur l’autre il y a mille chômeurs de plus ou de moins. Contrairement à d’autres pays d’Europe comme la Grèce ou l’Espagne la situation de l’emploi ne s’est pas aggravée d’un coup mais mois après mois, année après année. Replacée dans leur contexte les chiffres que nous citons à titre d’exemple – car nous aurions pu en prendre de nombreux autres – montrent que nous sommes arrivés à un point de rupture et qu’un gouvernement responsable ne peut se contenter d’attendre un retournement de conjoncture économique ou promettre qu’avec le travail du dimanche ou les autocars pour les pauvres de la loi Macron la donne va changer dans le bon sens. Les chômeurs, chômeuses et précaires n’en peuvent plus.

Mais, on l’aura compris, ils ne peuvent pas non plus à eux seuls inverser la tendance. C’est pourquoi nous appelons à des convergences et à la construction d’alternatives communes avec les salariés/es et toutes les catégories sociales qui aujourd’hui subissent les politiques d’austérité.

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Le texte ci-dessus a été lu mardi 27 janvier 2015, place de la République à Paris, à l'occasion d'une conférence de presse à laquelle était invités comme témoins des syndicalistes, des animateurs associatifs, des élus et responsables politiques. Il était complété par l'appel suivant :

Place de la République, Paris, mardi 27 janvier 2015, conférence de presse aux flambeaux © Robert Crémieux Place de la République, Paris, mardi 27 janvier 2015, conférence de presse aux flambeaux © Robert Crémieux

Appel

 Ne laissons pas s’installer la banalisation du chômage

 Le 25 février prochain, nous vous appellerons à nouveau à réagir à l’occasion de la publication mensuelle des chiffres de Pôle emploi.

 Ne laissons pas s’installer la banalisation d’une situation intolérable issue de politiques qui ont installé durablement le chômage et la précarité.

 Chômeurs, chômeuses ou précaires, retraités ou salariés, nous sommes tous des citoyens concernés.

 Les chômeurs et précaires ne sont pas seuls : nous le démontrerons avec votre concours car nous devons être encore plus nombreux qu’aujourd’hui. Préparons ensemble le prochain rassemblement.

 Rendez-vous toutes et tous, mercredi 25 février, à 18h place de la Bourse à Paris et dans les villes qui s’associent à cette action.

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