Économie ou Épargne

Épargner la planète est la seule voie pour que l'humanité continue à y vivre. Sous prétexte d'écologie, les décisions politiques, comme les primes à changer de voiture, favorisent plutôt le gaspillage

Economie est un mot ambigu. Pour les Grecs, c'était la bonne gestion de la maison.  C'est devenu la science d'accumuler du profit. Jadis, c'était d'abord conserver, ne pas détruire, ne pas dilapider ses richesses, en un mot : Epargner.

  Ainsi l'Homme a pu longtemps survivre dans des régions hostiles, en Amazonie, au Groenland, voire dans les montagnes françaises. En Auvergne, on ne jetait rien qui puisse être encore utile ou mangeable. "Finis ton assiette !" ordonnait-on à celui qui avait eu les yeux plus gros que le ventre. Un  sou était un sou, on n'achetait le superflu qu'avec parcimonie. Enfant, j'ai eu des cadeaux de Noël, jamais ces amoncellements de jouets. Au nouveau-né, on ouvrait un livret de Caisse d'Épargne. Il se remplissait au gré des anniversaires. On savait être généreux, mais on ne gaspillait jamais.

 Gaspillage et voitures

 Au nom de l'écologie, on propose des primes pour remplacer sa vieille voiture par une neuve. Pourtant l'âge n'est pas un bon critère. L'usure, c'est le kilométrage, la qualité de l'entretien. Le contrôle technique maintenant renforcé devrait suffire à éliminer les épaves potentielles. Jadis, on se contentait parfois d'un échange standard du moteur. Les africains importent de vieilles 403 diesel qui ont déjà fait 300.000 km. Elles en feront encore le double sur les pistes défoncées des savanes. Clairement, ces primes à changer de voiture incitent au gaspillage, au profit d'une industrie hyper-dimensionnée qui ne voit son salut que dans une fuite en avant. Vaut-il mieux faire durer, ou changer deux fois plus souvent ? Avant de favoriser le changement, un bilan objectif aurait pourtant été nécessaire, quant à son coût réel et à son empreinte écologique.

 Haro sur le diesel

 La puissance, la sobriété, la robustesse, la simplicité et la longévité du moteur diesel l'ont imposé pour les camions, engins de chantier, navires. L'insonorisation lui a fait gagner le marché des particuliers.  Or on en parle désormais comme un fait acquis, un dogme incontestable : Le diesel et ses particules fines est l'ennemi n°1 de l'air pur.

Pourtant, depuis le pot catalytique, il n'en émettrait pas plus qu'un moteur à essence, de plus en plus à injection directe. Ses vertus écologiques sont énormes. Au km parcouru, il consomme 20% de carburant en moins, donc moins de 20% de CO², ce qui relativise aussi son émission de particules. Il dure deux fois plus longtemps, c'est deux fois moins à la casse. Il épargne donc. Plutôt que le rejeter, ne pourrait-on encore l'améliorer ? La propreté d'une voiture neuve à moteur thermique serait-elle tellement supérieure qu'elle justifierait un tel gaspillage ?

 Tous à l'électrique

Alors, une voiture électrique ? Grand avantage en ville, elle ne produit pas de fumées. De plus, son coût en énergie au km est 3 fois moindre que pour un moteur thermique.

Merveilleux, sauf que c'est une catastrophe écologique. Elle va accroître les besoins en électricité, en France essentiellement nucléaire, en Allemagne dans les centrales à charbon qui pollueront à distance, quand 30% de la production est inutilement perdu dans les lignes par effet Joule. Il faudra beaucoup de cuivre pour les moteurs, en de métaux rares pour les batteries, créant une dépendance à l'égard de la Chine. L'avantage d'une énergie artificiellement bon marché risque de ne pas durer longtemps. La promouvoir est une prime au gaspillage en faveur des lobbies nucléaires et automobile.

 L'hydrogène

 Ce serait un moteur idéalement non polluant, son seul rejet est de l'eau.  De plus, on peut stocker sous forme d'hydrogène l'énergie électrique produite par des sources renouvelables, éoliennes, panneaux photovoltaïques, géothermique, hydraulique. Mais c'est pour l'instant encore un rêve, car ce gaz est inflammable, explosif, donc encore difficilement transportable et utilisable dans une voiture particulière.  

 Favoriser le travail et l'emploi

 C'est vrai. Plus on casse, plus ça se casse, plus ça se démode, plus il faut remplacer, plus cela crée d'emploi. L'économie étant désormais basée sur le superflu, il faut donc le favoriser, c'est pour l'avoir qu'il faut épargner, aux dépens du nécessaire. Exploitons les rêves, le besoin d'ailleurs, le tourisme de masse. Favorisons ce qui pollue le plus, détaxons le kérosène, pour qu'un plus grand nombre puisse goûter le luxe de palaces asiatiques au bord de mers toujours turquoise, sans aucun contact avec la richesse de la vie misérable de la population locale. Détaxons le fioul des grands paquebots de luxe, quand on pénalise le paysan du Cantal désormais tributaire de sa voiture pour acheter son pain, et quand la procession de ceux qui ont brisé leur tirelire pour s'offrir une croisière étouffe sous un soleil de plomb derrière le guide qui psalmodie l'histoire d'Akhenaton. Tous en verraient plus, bien plus confortablement, et en apprendraient plus de bons documentaires à la télévision.  Mais ce ne serait pas bon pour l'emploi d'Airbus ou des chantiers de Saint-Nazaire. Rien n'est parfait.

 

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