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Billet de blog 7 avril 2018

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Elever le prix des cigarettes nuit à la santé

La dépendance au tabac est un besoin artificiel ressenti comme vital. Pour la satisfaire et aux dépens de sa santé, un fumeur précaire rogne sur des besoins essentiels. Il adopte des modes de consommation plus dangereux, pour lui-même et la santé sociale. Cela diminue certes les ventes dans les bureaux de tabac, mais elles n'ont aucun rapport avec la consommation toxique réelle.

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 Concert de réjouissances officielles !  L'augmentation brutale et enfin importante du prix du paquet  à 8 € au 1er mars 2018, souhaitée par les hérauts de l'antitabagisme,  avec la crainte des 10€ en 2020, apporte ses fruits : 19% de ventes en moins chez les buralistes.  En même temps, preuve irréfutable d'efficacité : l'augmentation des ventes de substituts nicotiniques (juste quand leur remboursement total vient d'être décidé !). Il faudrait être vraiment obtus et un valet de l'industrie du tabac pour ne pas y voir le succès d'une politique qui, depuis la loi Evin, n'a pour but que la santé de nos concitoyens.

Pourtant, il faut surtout être vraiment obtus pour ne pas comprendre que cette politique est non seulement inefficace, mais nuisible. C'est vrai, le tabac tue. Mais les premières et pratiquement les seules victimes sont les fumeurs eux-mêmes. C'est eux qui meurent prématurément de cancer du poumon, d'infarctus et de l'abominable bronchite chronique.  C'est eux qui pour satisfaire  leur "vice" paient une fortune, un impôt qui touche plus lourdement les plus faibles et les moins éduqués, les chômeurs, ceux qui fument le plus.  Le tabac jette les précaires dans la pauvreté, voire à la rue, ce qui est mauvais pour la santé.

 Ne pas confondre ventes et consommation. La mesure du danger à fumer n'est pas le chiffre des ventes dans les bureaux de tabac, ni même le nombre de cigarettes fumées. Le vrai danger est la consommation réelle, c'est-à-dire la quantité de substances toxiques qui entrent dans le corps du fumeur.  Je préfère voir sur le trottoir une cigarette gaspillée, jetée à peine allumée, plutôt qu'un mégot réduit au filtre.  Selon la formule de Lynn Kozlowski, qui a dévoilé la tromperie des cigarettes légères: " Si, en pleine canicule,  vous léchez un cornet de glace, le faites vous rapidement, ou la laissez vous fondre au soleil?

Dans mon laboratoire, nous avons pesé les mégots collectés dans un restaurant avant et après une hausse de prix de 1993. Clairement, on gaspille moins, on laisse des mégots plus courts.  Il y a même un effet fin de mois quand l'argent se fait plus rare, comme pour les caddies de supermarché. Et cet usage plus complet des cigarettes compense exactement les 3% de baisse des ventes enregistrés alors.

On  peut rouler les cigarettes soi-même, c'est encore moins cher, et même y incorporer le tabac d'un vieux mégot, riche en goudrons toxiques, ce qui est redoutable. Même en ajoutant un filtre du commerce, peu efficace, c'est toujours plus dangereux. On peut aussi acheter des cigarettes en dehors des bureaux de tabac, dans une ville frontalière, dans la rue et même sur internet.  C'est souvent des cigarettes banales, car il est probable que les firmes tabagières elles-mêmes alimentent ce marché. Les cigarettes contrefaites peuvent faire courir un risque sanitaire supplémentaire. D'origine surtout chinoise,  elles arrivent  en France via le Monténégro.  Le trafic s'est de mieux en mieux organisé, aux mains de mafias puissantes. C'est un grand danger pour la société. Individuellement, hormis les foudres  des douanes, on peut toujours prendre une balle perdue dans un règlement de comptes à Marseille ou ailleurs.

La politique officielle anti-tabac est guidée par l'industrie pharmaceutique, et ne nuit guère à celle du tabac. Elle est nuisible. Elle accable les fumeurs. Elle les stigmatise et les marginalise [1], quand elle devrait les protéger et les aider vraiment  à sortir de leur dépendance,

Référence

[1] Falomir Pichastor JM,  Mugny G: Société contre Fumeurs. Presse.Univ. Grenoble 2004

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