Robert Molimard
Professeur honoraire Médecine
Abonné·e de Mediapart

23 Billets

0 Édition

Billet de blog 11 avr. 2018

Le commerce chinois s'intéresse à l'espéranto.

Le gouvernement chinois s'intéresse à l'espéranto. Le Ministère de l'Éducation vient d'autoriser son enseignement en vue de la préparation du baccalauréat. Rien à voir avec la pétition "L'Espéranto au Bac", menée par le regretté Albert Jacquart, où il ne s'agissait que de passer une épreuve facultative sans enseignement universitaire, comme celles de tamoul ou de boules lyonnaises.

Robert Molimard
Professeur honoraire Médecine
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est ce qu'annonce le président de l'IKEF dans la lettre ci-dessous [1]. L'IKEF est une fédération prônant l'usage de l'espéranto pour le commerce et l'économie internationale  (Internacia Komerca kaj Ekonomia Federacio). Fondée en 1985 par l'allemand Franz Joseph BRAUN et Lawrence MEE, ce qui est curieux pour une britannique dont la langue maternelle est si dominante.

Mais  l'IKEF s'est dotée en 2012 d'un président chinois, Ĉhielismo WANG Tianyi.

 Un signe ?

Le Ministère chinois de l'Education accepte l'espéranto dans l'enseignement du baccalauréat

Chers membres d'IKEF,

L'information est importante: le Ministère chinois de l'Education accepte l'espéranto comme programme d'enseignement au baccalauréat pour 4 ans. Cela signifie qu'au bout de 4 ans d'études d'espéranto, les étudiants seront qualifiés  pour poser leur candidature en tant que fonctionnaire d'Etat comme les autres diplômés de l'Université chinoise.

En fait, depuis quelques années déjà, 11 diplômés sont sortis de l'université chinoise de communication.  Cependant cet enseignement a servi uniquement à EPĈ (la revue "El popola Ĉinio", De Chine Populaire), et à Radio Chine International (RĈI), mais cette fois l'autorisation du Ministère chinois de l'Éducation constitue  une différence essentielle, car désormais cette option au baccalauréat, en fonction de la loi du marché, est plus largement au service de toute la société.

Avant la pétition officielle aux Directrices du Ministère chinois de l'Education BA Yan et HAN Jianxia,  de l'Université de Zaozhuang, nous avons plusieurs fois discuté avec elles pour savoir s'il existe vraiment un besoin du marché en étudiants d'espéranto ou pas. Car la revue EPĈ et la radio RĈI  n'ont besoin que de quelques diplômés !  Je leur ai parlé de  IKEF et ai dit qu'il existait en fait un besoin du marché, quoique pas très important. J'ai répondu que si la classe comportait quelques dizaines d'étudiants, les diplômés pourraient trouver du travail. Pour soutenir leur pétition,  j'ai proposé qu'ils pourraient pratiquer des stages dans des firmes espérantistes dans divers pays, et même que notre IKEF aiderait à leur trouver du travail en dehors des quelques postes à  EPĈ et à RCI. Finalement, j'ai également signé en tant que président et au nom d'IKEF une attestation de par mon autorité de spécialiste. Voilà, notre IKEF a aussi contribué à cette importante institution d'un baccalauréat espéranto en Chine.  Cependant, nous devons savoir que c'est seulement un début, qu'un tel enseignement dépendra encore de l'activité  de IKEF et d'autres organismes spécialisés en espéranto, car l'Université ne souhaite pas maintenir un tel enseignement pour seulement quelques embauches à EPĈ et RĈI ! En fait, la Chine est un pays commerçant plus qu'un pays capitaliste. Toute existence  dépend du besoin du marché, l'espéranto aussi. Pour cela nous devrons rapidement construire un système d'application de l'espéranto dans le cadre de l'IKEF.

Est-ce que votre pays a déjà une filiale de IKEF ? Si non, je vous demande de contacter IKEF sans hésiter.

Amicalement vôtre.

Chielismo WANG Tianyi, Président de IKEF

Pourquoi cet intérêt de la Chine pour l'espéranto ? Stimuler des échanges commerciaux avec une autre langue que l'anglais, qui véhicule un impérialisme très concurrentiel, est particulièrement intéressant pour l'Afrique.  Plus de 2 000 langues y sont parlées, dont une centaine par plus d'un million de locuteurs. Il s'installe des langues de communication sans structure, un mélange de celles des anciens colonisateurs. L'espéranto y suscite un grand intérêt par sa structure logique permettant une grande précision et sa facilité d'apprentissage, qui permet une grande rigueur des messages. Le chinois est trop difficile et son écriture trop spéciale pour convertir au mandarin une partie significative de la population, même dans le seul domaine commercial. De plus, pour un chinois,  s'exprimer en espéranto est beaucoup plus facile qu'en anglais, car certaines structures linguistiques sont plus proches.

La Chine est déjà très présente en Afrique.  Contrairement aux investissements des firmes occidentales en Chine, qui visent à industrialiser le pays, la Chine  voit plutôt dans l'Afrique un grand marché potentiel, en particulier pour la construction, les grands travaux.  Dans les contrats de type BOT (Build, Operate and Transfer), l'entreprise chinoise choisie est un investisseur, qui  assure la conception, la construction de l'ouvrage, les services et le montage financier. Elle se rembourse et fait ses bénéfices avec l'exploitation.  Mais cela revient relativement plus cher que les contrats EPC (Engineering, Procurement and Construction), où  l'entreprise choisie n'est qu'un prestataire de service, payé à la fin des travaux. L'exécution est rapide, le coût et la qualité souvent moindre puisqu'elle n'a pas à se préoccuper de recettes à venir. Le pari chinois risque donc d'être moins favorable qu'espéré pour le développement de l'Afrique.

 La facilité d'apprentissage de l'espéranto peut permettre de créer facilement une grande quantité d'interlocuteurs commerciaux fiables. C'est peut-être une des raisons du succès de l'IKEF à faire admettre son enseignement pour le bac, dans un pays que Mr WANG dit plus commerçant que capitaliste.

1.- Je remercie Madame Ginette Martin pour la correction de ma traduction espéranto-français

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
La visite du ministre Lecornu a renforcé la colère des Guadeloupéens
Le barrage de La Boucan est l'une des places fortes de la contestation actuelle sur l’île. À Sainte-Rose, le barrage n’est pas tant tenu au nom de la lutte contre l’obligation vaccinale que pour des problèmes bien plus larges. Eau, chlordécone, vie chère, mépris de la métropole... autant de sujets que la visite express du ministre des outre-mer a exacerbés.
par Christophe Gueugneau
Journal — France
L’émancipation de la Guadeloupe, toujours questionnée, loin d’être adoptée
Alors qu’une crise sociale secoue l’île antillaise, le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, a lâché le mot : « autonomie ». Une question statutaire qui parcourt la population depuis des années et cristallise son identité, mais qui peine à aboutir.
par Amandine Ascensio
Journal — France
Didier Raoult éreinté par son propre maître à penser
Didier Raoult défend un traitement inefficace et dangereux contre la tuberculose prescrit sans autorisation au sein de son institut, depuis au moins 2017. Le professeur Jacques Grosset, qu’il considère comme son « maître et numéro un mondial du traitement de la tuberculose », désapprouve lui-même ce traitement qui va « à l’encontre de l’éthique et de la morale médicale ». Interviewé par Mediapart, Jacques Grosset estime qu’il est « intolérable de traiter ainsi des patients ».
par Pascale Pascariello
Journal — International
Variant Omicron : l’urgence de lever les brevets sur les vaccins
L’émergence du variant Omicron devrait réveiller les pays riches : sans un accès aux vaccins contre le Covid-19 dans le monde entier, la pandémie est amenée à durer. Or Omicron a au contraire servi d’excuse pour repousser la discussion à l’OMC sur la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle.
par Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Les communautés masculinistes (1/12)
Cet article présente un dossier de recherche sur le masculinisme. Pendant 6 mois, je me suis plongé dans les écrits de la manosphère (MGTOW, Incels, Zemmour, Soral etc.), pour analyser les complémentarités et les divergences idéologiques. Alors que l'antiféminisme gagne en puissance tout en se radicalisant, il est indispensable de montrer sa dangerosité pour faire cesser le déni.
par Marcuss
Billet de blog
Pas de paix sans avoir gagné la guerre
« Être victime de », ce n’est pas égal à « être une victime » au sens ontologique. Ce n’est pas une question d’essence. C’est une question d’existence. C’est un accident dans une vie. On est victime de quelque chose et on espère qu'on pourra, dans l’immense majorité des cas, tourner la page. Certaines s’en relèvent, toutes espèrent pouvoir le faire, d’autres ne s’en relèvent jamais.
par eth-85
Billet de blog
Effacement et impunité des violences de genre
Notre société se présente volontiers comme égalitariste. Une conviction qui se fonde sur l’idée que toutes les discriminations sexistes sont désormais reconnues et combattues à leur juste mesure. Cette posture d’autosatisfaction que l’on discerne dans certains discours politiques traduit toutefois un manque de compréhension du phénomène des violences de genre et participe d’un double processus d’effacement et d’impunité.
par CETRI Asbl
Billet de blog
Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires
La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.
par MWASI