Le commerce chinois s'intéresse à l'espéranto.

Le gouvernement chinois s'intéresse à l'espéranto. Le Ministère de l'Éducation vient d'autoriser son enseignement en vue de la préparation du baccalauréat. Rien à voir avec la pétition "L'Espéranto au Bac", menée par le regretté Albert Jacquart, où il ne s'agissait que de passer une épreuve facultative sans enseignement universitaire, comme celles de tamoul ou de boules lyonnaises.

 

C'est ce qu'annonce le président de l'IKEF dans la lettre ci-dessous [1]. L'IKEF est une fédération prônant l'usage de l'espéranto pour le commerce et l'économie internationale  (Internacia Komerca kaj Ekonomia Federacio). Fondée en 1985 par l'allemand Franz Joseph BRAUN et Lawrence MEE, ce qui est curieux pour une britannique dont la langue maternelle est si dominante.

Mais  l'IKEF s'est dotée en 2012 d'un président chinois, Ĉhielismo WANG Tianyi.

 Un signe ?

 

Le Ministère chinois de l'Education accepte l'espéranto dans l'enseignement du baccalauréat

Chers membres d'IKEF,

L'information est importante: le Ministère chinois de l'Education accepte l'espéranto comme programme d'enseignement au baccalauréat pour 4 ans. Cela signifie qu'au bout de 4 ans d'études d'espéranto, les étudiants seront qualifiés  pour poser leur candidature en tant que fonctionnaire d'Etat comme les autres diplômés de l'Université chinoise.

En fait, depuis quelques années déjà, 11 diplômés sont sortis de l'université chinoise de communication.  Cependant cet enseignement a servi uniquement à EPĈ (la revue "El popola Ĉinio", De Chine Populaire), et à Radio Chine International (RĈI), mais cette fois l'autorisation du Ministère chinois de l'Éducation constitue  une différence essentielle, car désormais cette option au baccalauréat, en fonction de la loi du marché, est plus largement au service de toute la société.

Avant la pétition officielle aux Directrices du Ministère chinois de l'Education BA Yan et HAN Jianxia,  de l'Université de Zaozhuang, nous avons plusieurs fois discuté avec elles pour savoir s'il existe vraiment un besoin du marché en étudiants d'espéranto ou pas. Car la revue EPĈ et la radio RĈI  n'ont besoin que de quelques diplômés !  Je leur ai parlé de  IKEF et ai dit qu'il existait en fait un besoin du marché, quoique pas très important. J'ai répondu que si la classe comportait quelques dizaines d'étudiants, les diplômés pourraient trouver du travail. Pour soutenir leur pétition,  j'ai proposé qu'ils pourraient pratiquer des stages dans des firmes espérantistes dans divers pays, et même que notre IKEF aiderait à leur trouver du travail en dehors des quelques postes à  EPĈ et à RCI. Finalement, j'ai également signé en tant que président et au nom d'IKEF une attestation de par mon autorité de spécialiste. Voilà, notre IKEF a aussi contribué à cette importante institution d'un baccalauréat espéranto en Chine.  Cependant, nous devons savoir que c'est seulement un début, qu'un tel enseignement dépendra encore de l'activité  de IKEF et d'autres organismes spécialisés en espéranto, car l'Université ne souhaite pas maintenir un tel enseignement pour seulement quelques embauches à EPĈ et RĈI ! En fait, la Chine est un pays commerçant plus qu'un pays capitaliste. Toute existence  dépend du besoin du marché, l'espéranto aussi. Pour cela nous devrons rapidement construire un système d'application de l'espéranto dans le cadre de l'IKEF.

Est-ce que votre pays a déjà une filiale de IKEF ? Si non, je vous demande de contacter IKEF sans hésiter.

Amicalement vôtre.

Chielismo WANG Tianyi, Président de IKEF

 

Pourquoi cet intérêt de la Chine pour l'espéranto ? Stimuler des échanges commerciaux avec une autre langue que l'anglais, qui véhicule un impérialisme très concurrentiel, est particulièrement intéressant pour l'Afrique.  Plus de 2 000 langues y sont parlées, dont une centaine par plus d'un million de locuteurs. Il s'installe des langues de communication sans structure, un mélange de celles des anciens colonisateurs. L'espéranto y suscite un grand intérêt par sa structure logique permettant une grande précision et sa facilité d'apprentissage, qui permet une grande rigueur des messages. Le chinois est trop difficile et son écriture trop spéciale pour convertir au mandarin une partie significative de la population, même dans le seul domaine commercial. De plus, pour un chinois,  s'exprimer en espéranto est beaucoup plus facile qu'en anglais, car certaines structures linguistiques sont plus proches.

 

La Chine est déjà très présente en Afrique.  Contrairement aux investissements des firmes occidentales en Chine, qui visent à industrialiser le pays, la Chine  voit plutôt dans l'Afrique un grand marché potentiel, en particulier pour la construction, les grands travaux.  Dans les contrats de type BOT (Build, Operate and Transfer), l'entreprise chinoise choisie est un investisseur, qui  assure la conception, la construction de l'ouvrage, les services et le montage financier. Elle se rembourse et fait ses bénéfices avec l'exploitation.  Mais cela revient relativement plus cher que les contrats EPC (Engineering, Procurement and Construction), où  l'entreprise choisie n'est qu'un prestataire de service, payé à la fin des travaux. L'exécution est rapide, le coût et la qualité souvent moindre puisqu'elle n'a pas à se préoccuper de recettes à venir. Le pari chinois risque donc d'être moins favorable qu'espéré pour le développement de l'Afrique.

 

 La facilité d'apprentissage de l'espéranto peut permettre de créer facilement une grande quantité d'interlocuteurs commerciaux fiables. C'est peut-être une des raisons du succès de l'IKEF à faire admettre son enseignement pour le bac, dans un pays que Mr WANG dit plus commerçant que capitaliste.

 

 

 

 

1.- Je remercie Madame Ginette Martin pour la correction de ma traduction espéranto-français

 

 

 

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