Le Sumo japonais, soutien de l'Espéranto, et arme contre la cigarette

Pour la deuxième année consécutive, l'UEA a élu un asiatique "Espérantiste de l'année". Mr Jasuo HORI est japonais. Dans une interview accordée à la revue russe La Ondo de Esperanto[1], il explique qu'il utilise la lutte japonaise Sumo pour promouvoir la lecture en Espéranto. Serait-ce un moyen de favoriser l'apprentissage dans beaucoup d'autres domaines ?

Le premier janvier, le jour de l'anniversaire sont des dates de grandes résolutions. Je vais maigrir, j'arrête de fumer, je marche 1 km tous les matins.  Cela tient d'un jour à 2 semaines, et la grande décision est renvoyée à l'année suivante.

Or les concours de Sumo ont une régularité singulière. Des colosses très enveloppés s'affrontent pendant 15 jours les mois impairs. Mr HORI a profité de ces alternances régulières pour organiser des concours d'Esperanto-Sumo[2]. Le défi n'est pas de combattre un autre adversaire que sa propre paresse. Quand on s'inscrit, on s'engage à lire chaque jour du concours un nombre de pages d'Espéranto qu'on définit soi-même. Tous les 5 jours, on envoie son résultat par courriel à Mr Hori ou à l'un de ses collaborateurs bénévoles. Si l'on réussit, on gagne une "Victoire", et 15 victoires donnent droit à un diplôme. Cela semble enfantin, mais le succès vient. En septembre 2018, il y eut 336 participants venant de pays très divers, dont de France.

De mon expérience avec les fumeurs, j'avais retiré des idées directrices. Fumer est un besoin dont la satisfaction est aussi impérieuse que celle de besoins vitaux, respirer, boire, manger. Ce n'est pas un besoin de nicotine, celle-ci a seulement aidé à graver en mémoire des gestes de fumer, désormais automatiques. On n'efface jamais un automatisme, on ne peut que lui substituer un autre automatisme qui le domine.

On n'arrête de fumer que lorsqu'on est mûr pour le faire, au terme d'une longue évolution émaillée de tentatives et de succès éphémères. C'est pour favoriser cette évolution que je propose dans mes ouvrages d'acquérir déjà de nouveaux automatismes pour déjà dominer ceux qui exposent le plus à une reprise du tabac, comme la fameuse cigarette avec le café après déjeuner. La base de tout apprentissage étant la répétition[3],[4],  on peut décider d'apprendre à s'en passer. On est surpris au bout de deux semaines d'apprécier tout autant cet instant de détente avec café, et ce peut déjà être définitif.

L'Homme ne peut tenir longtemps une décision par la seule volonté, en serrant les dents. Un relais automatique est nécessaire. Pour l'acquérir, il faut sans doute un temps de repos, où le corps réorganise les acquis. En rechaussant les skis, on s'aperçoit non seulement qu'on n'a rien perdu, mais combien les gestes sont devenus plus naturels. La chance de l'Esperanto-Sumo est d'avoir rencontré un échéancier sur qui se calquer. En 15 jours, la lassitude ou la fatigue apparaissent. La contrainte commençait à peser, on arrête. En un mois et demi, le Sumotori récupère, éventuellement se remplume.  Peu à peu, le désir de combattre renait. On se réinscrit, les progrès permettent d'augmenter le nombre de pages. On décide de ne plus fumer avant le petit déjeuner.  On n'y met plus de sucre dans son café au lait.

Références

[1] La vague de k'Espéranto

[2] https://esperanto-france.org/services/esperanto-aktiv-26-decouverte

[3] Molimard R. La fume; De Borée Ed. (Esperanto : La Fumado,elŝutebla senpage ĉe http://www.tabac-humain.com/esperanto/publikajoj/)

[4] Molimard R. Petit manuel de défume .De Borée Ed. (Esperanto :  Lenolibreto por malfumadi, elŝutebla senpage  ĉe http://www.tabac-humain.com/esperanto/publikajoj/ )

 

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