En 1865 le parlement britannique édictait un "Locomotive act". Il limitait la vitesse des automobiles à environ 6 km/h à la campagne et 3 km/h en ville, et exigeait qu'un des trois conducteurs marche 60 yards avant le véhicule en agitant un drapeau rouge. Il n'était alors pas utile d'évaluer l'aptitude à conduire. Cela devient une nécessité.
La dérive conceptuelle
Une dérive conceptuelle est de faire confiance aux indicateurs chiffrés, comme aux notes à l'école. On ne soigne plus un patient, mais un taux de cholestérol, de glycémie ou de pression artérielle. On s'abrite derrière un chiffre, perdant de vue le but réel. Ainsi, la sensibilité individuelle à l'alcool varie beaucoup. Tel chauffeur routier sans accident ni trouble apparent sera contrôlé à 2g/l au volant de son 20 tonnes, quand d'autres sont des dangers publics sans pour autant faire virer l'alcootest. L'alcoolémie n'est pas une mesure fiable de l'aptitude à conduire. Ceci d'autant que l'alcool n'est pas seul en cause. Vigilance et temps de réaction sont affectés par d'autres poisons du système nerveux, cannabis et divers médicaments: somnifères, anxiolytiques. Les antidépresseurs, très largement prescrits, viennent d'être mis en cause par une étude de l'INSERM [1]. Il faut ajouter la fatigue, le manque de sommeil, de fortes émotions. Se limiter à l'alcootest est une fausse sécurité. Curieusement, peu de réactions face à ce qu'il faut bien considérer comme une arnaque inutile.
Un impôt injuste et injustifié
D'abord c'est cher, quand beaucoup de gens à la limite de la précarité dépendent de leur voiture. C'est un impôt totalement injustifié pour les 30% de la population qui ne boit jamais d'alcool, et pour une grande majorité d'automobilistes qui n'éprouvent pas le besoin de se tester, conscients de ne pas s'alcooliser avant de prendre leur voiture. Ce ne pourrait être efficace que pour une frange de conducteurs craignant les contrôles et se posant des questions. Ce sera totalement inefficace pour ceux qui sont déjà désinhibés par un début d'ivresse.
Mais de plus l'appareil n'est pas fiable non plus, dit une étude de 60 millions de consommateurs [2]. Dans une voiture laissée au soleil, il sera hors d'usage bien avant les 18 mois à 2 ans de durée de vie annoncée. Quant au chrome cancérigène dispersé dans la nature, c'est une pollution dont on se passerait, même si les quantités ainsi déversées sont loin de celles annoncées dans la presse.
Ainsi des associations comme la Ligue contre la Violence Routière, ou Victimes et Citoyens, peu suspectes de mansuétude envers l'alcool au volant, s'élèvent contre une telle obligation, qu'elles jugent inappropriée, et le fruit des pressions politiques d'un lobby de fabricant.
Pourrait on faire mieux pour juger de l'aptitude à conduire?
Voici un test jugeant globalement à la fois de l'attention, de la rapidité de décision et de la pertinence des réactions. Il est peu onéreux. Obligeons les automobilistes à avoir dans leur véhicule une feuille de papier et un crayon. En 5 secondes, qu'ils dessinent d'un seul trait une route tortueuse et se donnent 15 secondes pour la suivre exactement au crayon, sans "sorties de route". C'est plus fin que de savoir si l'on teint encore debout sur un pied, coude sur le genou et pouce sur le nez. C'est plus susceptible de juger de son aptitude à conduire que le meilleur des éthylotests.
Références
1- Orriols L, Queinec R, Philip P et al. Risk of Injurious Road Traffic Crash after Prescription of Antidepressants. J Clin Psychiatry (2012); 73(8):1088-94.
2- Laurenceau T, Thuin (de) C. Essais de 11 ethylotests. 60 millions de Consommateurs (2006) n°402, p 50-4