Tribune des généraux: ils parlent, nous les combattons

Ces officiers qui s'expriment sont les mêmes qui ont impitoyablement combattu les droits démocratiques d’expression et d’association aux armées il y a 40 ans. Les questions militaires et le fonctionnement de l’armée constituant un enjeu politique et social à part entière, c’est politiquement que l’on doit combattre ces saillies autoritaires.

A partir des années 1968 a émergé en France et en Europe un mouvement pour les droits démocratiques et syndicaux dans les casernes. Ce droit syndical qui existait pourtant en Hollande, était nié, notamment dans l’hexagone. Après 1981 et surtout  la fin du service militaire obligatoire, alors que paradoxalement le recrutement devenait plus professionnel avec des engagements de longue durée, la gauche et le mouvement ouvrier ont délaissé le terrain. Pourtant, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, en 2002, constatait que les militaires en Europe étaient devenus des employés ordinaires. C’est dans la gendarmerie que va naître une association professionnelle, mais aux prérogatives limitées puisque la France refuse toujours d’aller dans le sens des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme du 2 octobre 2014.

Partant du postulat que tout un chacun dispose de cette liberté, la Cour a étendu considérablement la portée de la liberté syndicale dans deux affaires concernant la France. Il est grand temps de reprendre ces exigences et d'appliquer ces droits, ce que rappellent les auteurs de cette tribune.

R.M.

Tribune des généraux : ils parlent, nous les combattons

Les vieilles ganaches étoilées auteurs de la tribune publiée  dans Valeurs actuelles – hebdomadaire qui avait fait paraître la semaine précédente « L’appel à l’insurrection » de Philippe de Villiers – sont ces mêmes officiers qui, au cours des années 1974 à 1981, ont impitoyablement combattu les droits démocratiques d’expression et d’association aux armées. Ces mêmes officiers qui ont embastillé pour de longs mois des centaines de soldats, appelés du contingent et engagés, qui revendiquaient leurs droits de citoyens et de travailleurs sous l’uniforme. Ces mêmes officiers qui réprimaient ce qu’ils appelaient alors l’«ennemi intérieur» ou l’«anti-France».

Aujourd’hui, leur tribune est un appel à l’épuration ethnique du pays et à consolider l’ordre social par un recours à l’armée. Ce serait une erreur de se contenter de leur opposer l’obligation de réserve qui musèle les citoyens en uniforme. S’aventurer sur ce terrain serait renforcer et légitimer le régime antidémocratique d’exception qui étouffe la voix et la conscience des soldats. Ceux-ci sont aujourd’hui assujettis à la loi du silence ; pour combattre les factieux et les apprentis-putschistes, il faut permettre la libre expression des courants démocratiques au sein de l’armée.

Les questions militaires et le fonctionnement de l’armée constituant un enjeu politique et social à part entière, c’est politiquement que l’on doit combattre ces saillies autoritaires et non faire appel à des mesures disciplinaires.

Le 28 avril 2021

Patrick Le Tréhondat (ancien quartier-maître de réserve), ancien membre d’Information pour les droits du soldat (IDS), du comité de soldats Tonnerre de Brest et du bureau de la Conférence européenne des organisations d’appelés (ECCO).

Christian Mahieux, (ancien objecteur insoumis), ancien membre des Comités de lutte des objecteurs de conscience (CLO) et du mouvement d'objection collective OP20.

Patrick Silberstein (capitaine de réserve), ancien membre d’information pour les droits du soldat (IDS), du comité de soldats de l’École d’application du train et du bureau de la Conférence européenne des organisations d’appelés (ECCO).

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