L’hostilité de Zelensky envers la paix
entraîne sa débâcle à la Maison Blanche
02 mars 2025
Aaron Maté
https://www.aaronmate.net
Longtemps récompensé par Washington et l'OTAN pour avoir sapé la diplomatie avec la Russie, Zelensky est devenu conflictuel - et a raconté des mensonges flagrants lorsque Donald Trump et JD Vance lui ont dit de faire la paix.Une réunion controversée à la Maison Blanche entre le président Donald Trump, le vice-président JD Vance et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a jeté le désarroi sur les relations entre les États-Unis et l'Ukraine. Cette rencontre a abouti à l’éviction de Zelensky de la Maison-Blanche, à l’annulation d’un accord prévu sur les minerais, ainsi qu’à la révision de l’assistance militaire américaine à l’Ukraine, selon l’un des rapports.
Pour les meneurs paniqués de la guerre par procuration contre la Russie, l'opinion consensuelle est que Trump a trahi un allié inconditionnel des États-Unis, s'est rangé du côté d'un ennemi à Moscou et a peut-être même délibérément déclenché l'affrontement pour servir son ordre du jour trafiqué. Ceux qui insistent sur le fait que Zelensky est tombé dans une embuscade ignorent le long et cordial échange qui a eu lieu avant que la réunion ne devienne houleuse. Dans une salle remplie d’assistants et de caméras d’information, Trump, Vance et Zelensky ont tenu la tribune pendant plus de 40 minutes. C’est Zelensky qui est devenu conflictuel chaque fois que les deux dirigeants américains ont parlé favorablement de négociations avec la Russie.
Dans son discours d’ouverture, Trump a reproché à son prédécesseur Joe Biden de refuser de « parler à la Russie de quelque manière que ce soit », et a fait part de son espoir de « clore définitivement » la guerre. Zelensky a répondu en qualifiant Vladimir Poutine de « tueur et terroriste » et en jurant qu’il n’y aurait « bien sûr aucun compromis avec le tueur au sujet de nos territoires ». Sous l’emprise de sa paranoïa, il a également déclaré que si Trump ne l'aidait pas à « arrêter Poutine », alors le dirigeant russe envahirait les États baltes « pour les ramener dans son empire », ce qui attirerait les États-Unis dans la guerre, malgré le « grand bel océan » qui protège les États-Unis de l'Europe :
« Vos soldats combattront ». Trump n’a ni interrompu ni contesté ces premiers commentaires belliqueux. Il s'est approché au plus près d'une critique directe quand un journaliste lui a posé des questions sur le refus de compromis déclaré de Zelensky. Trump a répondu qu’« il va certainement devoir faire des compromis, mais avec un peu de chance, ils ne seront pas aussi importants que ce que certains pensent qu’il va falloir faire ». Trump a même promis que « nous allons continuer » le soutien militaire des États-Unis à l'Ukraine.
Mais parce que Trump a également souligné que son objectif était de mettre fin à la guerre par la diplomatie, Zelensky est devenu agité. Le point de non-retour est intervenu lorsque, après 40 minutes, un journaliste a demandé si Trump avait choisi de « trop s'aligner sur Poutine ». Vance a répondu que, selon lui, « le chemin vers la paix et le chemin vers la prospérité » implique « de s'engager dans la diplomatie. » C'est là que Zelensky perdit son calme et défia directement Vance : « De quelle diplomatie parlez-vous, J.D. ? Que voulez-vous dire? ». Cela provoqua une vive réaction. Vance a rappelé à Zelensky que son armée arrachait brutalement les Ukrainiens de la rue pour les envoyer en première ligne, et que les États-Unis recherchaient « le genre de diplomatie qui mettrait fin à la destruction de votre pays ».
Zelensky a ensuite doublé la mise en défiant Vance de se rendre en Ukraine et en ravivant sa campagne de peur. « On a un bel océan et on ne sent rien maintenant », a-t-il dit en parlant de l’Atlantique, « mais on le ressentira à l’avenir ». Cette menace à peine voilée a irrité Trump, qui s’est mis à dénoncer Zelensky, entre autres choses, pour avoir « joué avec la vie de millions de personnes » et « joué avec la Troisième Guerre mondiale ». En choisissant de se confronter à Vance, Zelensky montra qu’il est si réflexivement hostile à l’idée de négocier avec la Russie qu’il n’hésite pas à réprimander son principal soutien, en public de surcroît, pour avoir osé le suggérer.
Et pour servir ses intérêts, Zelensky a également prouvé qu’il était prêt à se livrer à des manœuvres de distorsion, voire de falsification pure et simple. Pour faire valoir son argument selon lequel Poutine ne peut être négociateur, Zelensky a invoqué un accord, négocié par la France et l'Allemagne, qu'il a signé avec Poutine à Paris le 9 décembre 2019. Le pacte prévoyait un échange de prisonniers que Poutine ignorait, selon Zelensky. « Il [Poutine] n’a pas échangé de prisonniers. Nous avons signé l'échange de prisonniers, mais il ne l'a pas fait », a déclaré Zelensky. Zelensky ne dit pas la vérité. Il a lui-même assisté à une cérémonie le 29 décembre 2019 pour saluer le retour des prisonniers ukrainiens libérés en vertu de son accord avec Poutine. Puis, en avril 2020, son bureau a salué la libération d’une troisième vague de prisonniers.
Ce n'était pas sa seule fausse déclaration. En insistant sur le fait qu'il ne faut pas faire confiance à Poutine, Zelensky a omis son propre bilan en matière de sabotage de la diplomatie avec Moscou. L'accord de Paris de décembre 2019 a réengagé l'Ukraine et la Russie dans le processus de paix de Minsk, dans un cadre approuvé par le Conseil de sécurité de l'ONU pour mettre fin à la guerre qui a éclaté en 2014 entre le gouvernement ukrainien post-coup d'État et les rebelles ukrainiens de l'Est soutenus par la Russie. Après avoir dans un premier temps pris des mesures positives en direction de sa mise en œuvre, Zelensky a finalement refusé d’obtempérer à une position qu’il avait présenté en compagnie de Poutine. Lors d'une conférence de presse conjointe à Paris, Zelensky souriait visiblement tandis que Poutine discutait de l'importance de donner suite à Minsk.
Le mois de mars suivant, Zelensky, sous la pression des ultranationalistes d’Ukraine et d’ONG financées par les États-Unis, abandonna sa promesse de discussions directes avec les représentants des républiques séparatistes du Donbass, auxquelles Minsk accorderait une autonomie limitée. A ce stade, le Kremlin avait commencé à faire part de ses inquiétudes sur la mise en œuvre du plan par Zelensky. Une diffusion par le Kremlin d'un appel entre Poutine et Zelenski le mois précédent a noté que Poutine avait « souligné l'importance de l'exécution complète et inconditionnelle de toutes les mesures et décisions prises à Minsk et adoptées aux sommets de Normandie, y compris celui qui s'est tenu à Paris le 9 décembre 2019... Vladimir Poutine a directement demandé si Kiev avait l'intention de réellement mettre en œuvre les accords de Minsk.»
Zelensky ne cessait de faire savoir qu’il n’en avait aucune intention. À la mi-juillet 2020, le parti de Zelensky a proposé une mesure qui prévoit la tenue d’élections locales dans toute l’Ukraine - bien que ce projet ait délibérément omis d’inclure le Donbass, qui était censé voir se tenir de nouvelles élections d’après Minsk. Zelensky affichait alors un mépris flagrant pour les habitants du Donbass. « Les habitants du Donbass ont subi un lavage de cerveau », s’est plaint M. Zelensky. «Ils vivent dans l'espace de l'information russe... Je ne peux pas les atteindre. »
L’arrivée de l’équipe Biden dans le Bureau ovale en janvier 2021 a encouragé Zelensky sur la voie de la confrontation. En février 2021 - un an avant l'invasion de la Russie - Zelensky a fermé trois réseaux de télévision liés à sa principale opposition politique, qui plaidait pour de meilleurs liens avec la Russie. Un conseiller de Zelensky a par la suite révélé que cette répression avait été « conçue comme un cadeau de bienvenue à l’administration Biden », faisant part de son soutien enthousiaste aux efforts de Zelensky visant à « contrer l’influence malveillante de la Russie ». Le mois suivant, l'administration Biden a retourné la politesse en approuvant son premier programme militaire pour l'Ukraine, évalué à 125 millions de dollars. Le gouvernement de Zelensky s’est donc montré encore plus belliqueux.
Le Conseil national de sécurité et de défense de l'Ukraine a approuvé une stratégie visant à récupérer l'ensemble de la Crimée sous contrôle russe, y compris par la force. Les dirigeants militaires ukrainiens ont également annoncé qu'ils étaient « prêts » à reprendre le Donbass par la force, avec l'aide des alliés de l'OTAN. A ce stade, Zelensky affichait alors un dédain manifeste pour la voie diplomatique qu’il avait signée à Paris. « Je n’ai pas l’intention de parler à des terroristes, et c’est tout simplement impossible pour moi dans ma position », a-t-il déclaré en avril 2021. Zelensky a également exigé des changements à Minsk. « Je participe maintenant au processus qui a été conçu avant mon arrivée », a-t-il déclaré. «Le processus de Minsk devrait être plus souple dans cette situation. Elle devrait servir les objectifs d’aujourd’hui et non ceux du passé. »
Zelensky et ses assistants ont maintenu cette position dans les semaines qui ont précédé l'invasion de la Russie en février 2022. «La position de l'Ukraine, qui a été exprimé plusieurs fois à différents niveaux, est inchangé», a déclaré le conseiller principal de Zelensky, Andrii Yermak. « Il n’y a pas eu et il n’y aura pas de négociations directes avec les séparatistes. » Le chef de la sécurité ukrainienne, Oleksiy Danilov, a ajouté : « La mise en œuvre de l'accord de Minsk signifie la destruction du pays ». Peut-être pour souligner ce point, le gouvernement de Zelensky a intensifié ses attaques sur les zones contrôlées par les rebelles.
L’invasion russe a contraint M. Zelensky à renoncer à son hostilité aux négociations, ce qui a débouché sur les pourparlers d’Istanbul de mars-avril 2022. Alors que Zelensky prétend maintenant qu’il n’est pas possible de négocier avec la Russie, ses propres représentants à Istanbul sont d’un avis très différent. « Nous sommes parvenus à trouver un compromis très concret », se souvient Oleksandr Chalyi, un haut responsable de l’équipe de négociation ukrainienne, en décembre 2023. « Nous étions très proches à la mi-avril, à la fin du mois d’avril, de finaliser notre guerre avec un règlement pacifique. » Poutine, a-t-il ajouté, « a fait tout son possible pour conclure [un] accord avec l’Ukraine ».
Selon l’ancien conseiller de Zelensky Oleksiy Arestovich, qui a également pris part aux discussions, « les initiatives de paix d’Istanbul ont été très bonnes ». Alors que l’Ukraine « a fait des concessions », a-t-il dit, « le montant de leurs concessions [à la Russie] a été plus important. Cela ne se reproduira jamais. » La guerre en Ukraine, concluait Arestovich, « aurait pu prendre fin avec les accords d’Istanbul et plusieurs centaines de milliers de personnes seraient encore en vie ».
Les États-Unis et le Royaume-Uni ont saboté les pourparlers d'Istanbul en refusant de fournir à l'Ukraine des garanties de sécurité et en encourageant Zelensky à continuer à se battre à la place. La décision de Zelensky consistant à obéir à leurs diktats explique en partie pourquoi le président ukrainien cherche si désespérément à obtenir une garantie de sécurité de la part de Trump. S'étant détourné d'un accord de paix qui aurait sauvé des centaines de milliers de vies, Zelensky a besoin d'un engagement tangible de l'Occident en matière de sécurité pour le démontrer.
Pour sa défense, Zelensky est aussi confronté, depuis le début de son mandat, à la menace de violences de la part d’ultranationalistes ukrainiens farouchement opposés à tout accord de paix avec la Russie et les Ukrainiens de l’Est qui lui sont alliés. Et plutôt que de l’aider à surmonter cet obstacle domestique à la paix, Washington lui a permis de le faire. Comme le regretté Stephen F. Cohen l’avait prévenu de manière prophétique en octobre 2019, Zelensky ne serait pas en mesure de « faire avancer des négociations de paix complètes à moins que l'Amérique ne le soutienne » contre « un mouvement quasi-fasciste » qui menaçait littéralement sa vie.
Pour cette raison, c’était manquer de respect envers Vance que d’insister à remercier les États-Unis pour leur soutien militaire, alors que cette assistance a en fait contribué à la décimation de l’Ukraine. Mais Zelensky est aussi responsable de s'être mis dans cette situation. Zelensky ayant consciencieusement oeuvré pour l’objectif américain consistant à utiliser l’Ukraine pour saigner la Russie, il a été récompensé par une adulation politique et médiatique, et par plusieurs dizaines de milliards de dollars de financement de l’OTAN. La querelle sans précédent à la Maison Blanche montre que l’hostilité fourbe de Zelensky envers les négociations n’est plus la bienvenue à Washington. Bien que cela puisse être fatal à la carrière politique de Zelensky et à la guerre par procuration que mènent les États-Unis contre la Russie, c’est un pas tangible dans la lutte pour mettre un terme à la destruction de son pays.