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Billet de blog 14 juillet 2025

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Prenons garde à une nouvelle version du théorème de Pascal qui serait « faites semblant de faire la guerre et vous la ferez ».  Pour tous les Européens qui ne veulent pas voir leurs enfants enterrés sous le drapeau de leur nation, comme le font plus d'un million de parents ukrainiens aujourd'hui, c’est le moment de se raidir la colonne vertébrale et de s'exprimer.

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Commentaire sur les commentaires

J'ai entrepris ce Blog depuis Mars 2022 avec l'ambition d'apporter (à la mesure de mes moyens) un peu de clarté dans un monde qui s'opacifiait brusquement à la suite de sa replongée dans la logique de guerre, avec tout le brouillard qui l'accompagne. Réussite ou échec, ce n'est pas à moi d'en juger. J'aurais fait quelque chose.

L'important me semble se situer ailleurs. A ma grande surprise, et à deux ou trois exceptions près, venant de gens qui ont d'ailleurs quitté le Club, je n'ai suscité aucune réaction réellement enrichissante. Des approbations, certes, pour la plupart sans réserves (merci). des observations sur des détails sans importance et bien sur, une avalanche de critiques sur le fond, allant de la banale incompréhension à l'injure et à la calomnie.

Je comprend ce phénomène comme une manifestation de la difficulté à se mouvoir intellectuellement dans un monde qui a brusquement muté, rendant obsolètes les vieilles représentations. Les libéraux, les sociaux-démocrates, les marxistes orthodoxes ou non, les libertaires de tout poils semblent découvrir un nouveau monde.

Non que l'ancien se soit évanoui, il a simplement muté, les éléments de l'ancien étant conservés dans une configuration nouvelle. L'idéologie de gauche est naturellement aux premières loges de cette stupeur, elle qui était entièrement construite sur une idéologie qui convenait à sa structure hiérarchique basée sur la domination des intellectuels (lire Michéa).

De son coté la Droite semble tentée de ressusciter les vieilles ficelles de la peur et de la haine, avec un certain succès d'ailleurs, favorisée par la démission ahurissante de la dernière version de la Gauche finissante (au secours, l'Extrème-Droite revient !).

Au total, dans ce monde sans esprit, mu par de simples réflexes pavloviens, tout devient possible et le pire est sans arrêt supplanté par une version plus extrême de ce qui semblait hier encore impensable. Qui aurait pu, hier encore, croire à un génocide étalé sur plusieurs années, au vu et au su du monde entier, en direct live sur les Smart-phones. Qui aurait pensé voir la guerre s'installer au premier plan partout, reléguant ce qui semblait être nos priorités aux rayon des accessoires ?

Il semblerait pourtant que l’absence d’espoir rende  davantage encore nécessaire l’effort dont je parlais au début de ce post. Continuons.

Face aux commentaires qui opacifient mon propos, comme les deux exemples supra, il est sans doute plus utile de revenir au texte que de polémiquer. L'un opacifie par excès d'abstraction, l'autre par l'usage inconsidéré des spéculations et des obsessions.

Que voulait nous dire Alex Krainer et pourquoi l'ai-je publié ?

Alex Krainer tente de nous alerter sur la dangerosité extrême de notre présent en l'illustrant par le précédent yougoslave et sa profonde similitude avec notre présent.

Ce faisant, Krainer procède de manière historique, c’est à dire de la meilleure des manières. Je sais bien qu’aujourd’hui, beaucoup pensent en avoir fini avec ces vieilleries sur la méthode, considérée comme une servitude. Mais c’est bien à tort et le plus souvent au détriment de la vérité, autre notion qui semble être passée aux oubliettes.

Cela arrange sans doute certains, pour des raisons d’avantages immédiats et c’est ainsi que l’on voit partout se répandre une sorte de Trumpisme généralisé, où on peut, sans la moindre gêne, dire une chose et son contraire le lendemain (ou en même temps).

En nous mettant le nez sur des continuités, Krainer, qui n’est pas un intellectuel, retrouve spontanément le meilleur de la tradition historique et dialectique ( comme dans le structuralisme génétique de Lucien Goldmann, Pierre Bourdieu ou Marc Joly). Sans doute parce qu’il suit aussi son intérêt de connaissance.

Alex Krainer est né croate et à connu la dislocation de la Yougoslavie dans sa jeunesse et mesure à sa juste valeur la profonde crise actuelle des Balkans (ce n’est bon pour personne). Cette région fut et reste immergée dans des enjeux stratégiques mondiaux qui, au final, la prive de sa liberté et de la jouissance de ses richesses (la Croatie est devenue, sous l’UE, un répugnant aspirateur à touristes, avec 55 % de sa population au chômage).

Krainer diagnostique donc en Croatie, comme dans toute la ceinture orientale de l’Europe, un syndrome souverainiste qui se développe en opposition frontale avec les efforts d’intégration européenne. Il n’a pas tort de placer cette pression européenne dans le droit fil de ce que l’on nomme « le grand jeu », cet affrontement conforme aux théories de MacKinder, qui voient s’affronter Rimland et Heartland.

Cet affrontement est notre réalité actuelle, même si toutes sortes de théories complotistes œuvrent à le nier. Il semble même qu’il devienne, en un moment paroxystique, toute notre réalité. Dans le temps long, on peut inscrire l’émergence du Rimland au début du 19ème siècle, quand le premier Empire géopolitique, l’Empire Britannique, s’est constitué. Il a, par la suite, au gré des rapports de force, noué une alliance incestueuse avec son ancienne province ultramarine, en se spécialisant dans la guerre de l’ombre. Dans ce domaine, selon l’ancien ministre des Affaires étrangères Douglas Hurd, qui officia de 1989 à 1995, le pays « boxe au-dessus de sa catégorie ».

Krainer note : « Aujourd'hui, l'influence de la Grande-Bretagne dans le monde a peut-être quelque peu diminué, mais elle a des renforts à Bruxelles, Paris et à Berlin, et ils fonctionnent tous sur le même scénario. Ils veulent la guerre et si nous, les gens, acquiescement passivement, il y aura la guerre ». Il a raison, tout comme il a raison de noter que la tendance est ancienne.

En effet, Wolfowitz a succédé à MacKinder dans les opérations du Rimland. Le Rimland (l’anglosphère et ses alliés dont l’UE) a refusé, au tournant du siècle, une offre de pays explicite du Heartland et, conscient que ce dernier possède un avantage de situation structurel, a décidé au contraire, de s ‘aggraver.

Selon la doctrine Wolfowitz : « La mission militaire et politique des États-Unis dans la période de l’après-guerre froide devrait être de contrer l’émergence d’une superpuissance hostile en Europe occidentale, en Asie ou dans l’ex-Union soviétique » Dans ce contexte, comme Krainer le note, la désintégration pensée et voulue de la Yougoslavie joue un rôle de bascule et la guerre du Kosovo en est le déclencheur. Dans un article diplo ancien de 1999, Raisons et déraisons d’un conflit, Ignacio Ramonet note :

« Le Kosovo, c’est une autre affaire. L’Union européenne et les États-Unis y trouvent, à l’heure actuelle, chacun de leur côté et pour des motifs différents, des raisons urgentes d’intervenir. Or le Kosovo ne présente pas le moindre intérêt stratégique. Sa possession n’apporte à la puissance conquérante ni avantage militaire, ni richesse décisive, ni contrôle d’une route commerciale vitale. Où réside donc, pour une entité riche comme l’Union européenne, l’importance stratégique d’un territoire aujourd’hui ? Essentiellement dans sa capacité à exporter des nuisances : chaos politique, pauvreté chronique, émigration clandestine, délinquance, mafias liées à la drogue, etc. A cet égard, pour l’Europe, deux régions présentent, depuis la chute du mur de Berlin, une importance stratégique de premier ordre : le Maghreb et les Balkans ».

On ne saurait mieux dire et tout, par la suite est venu confirmer ce diagnostic. La zone du Maghreb s’est depuis étendue a toute l’Asie occidentale et l’exportation des nuisances vient frapper à la porte de la vieille Europe occidentale. Il est vrai qu’ici, dans l’UE, l’état de guerre reste , pour l’instant, plus comediante que tragediante  et que, dans le reste du monde, on n’y croit guère plus qu’à une quelconque trumperie.

Pour autant, prenons garde à une nouvelle version du théorème de Pascal qui serait « faites semblant de faire la guerre et vous la ferez ». Je ne peux que m’associer à la conclusion d’Alex Krainer et la faire mienne : « Pour tous les Européens qui ne veulent pas voir leurs enfants enterrés sous le drapeau de leur nation, comme le font plus d'un million de parents ukrainiens aujourd'hui, ce serait le moment de se raidir la colonne vertébrale et de s'exprimer ».


Ce commentaire fait référence à mon dernier billet :

Vous la voulez fraîche et joyeuse ? Faites des enfants ! 

Voici les deux commentaires auxquels je répondais :

I :

Le National Libéralisme, est l'aboutissement logique du Libéralisme d’État.
On dit souvent que les enfants forment leur personnalité, en imitant et en critiquant, celle de leurs géniteurs.
Le Libéralisme d’État, ne peut régner que sur des Tribus Sociétales, qu'il fabrique agite et oppose, et en se présentant comme le seul rempart face à des dangers, qu'il invente ou instrumentalise.
Le National Libéralisme, invente LA Tribu Nationale qui transcende, et doit dominer  toutes les autres, et fabrique le danger géo-politique, pour se trouver une utilité.
La filiation est évidente, l'absence de pensée matérialiste et l'incohérence sont les mêmes.
Les forces d'inertie bureaucratiques, fabriquent les outils qui vont devenir autonomes, et créer les situations prouvant leur utilité.

II :

C’est précisément au moment où la coopération des défenses britanniques et française franchit un cap problématique pour notre frigorifique justicier Vlady que tombe cette fulgurante révélation d’un complot ourdi par la perfide Albion pour propager la guerre dans le monde. Remarquez que jusqu’ici les Juifs avaient été reconnus coupables de nourrir cette sournoise perspective, et la démonstration était venue d’abord de Russie, avec ce qu’il fallait de documents trafiqués, de procès bidons, de pogroms en cascades et de programme de déportations massives. Les Anglais auraient-ils été obscurément inspirés par l’ethnie dominatrice positionnée en Israël ? Les Francs-maçons seraient-ils en embuscade ? Bien entendu, les services de propagande russes n’ont rien à voir avec ce genre de fake news.

« Ce que l’étude des archives [du gouvernement britannique] a permis de mettre en évidence, c’est la ligne politique adoptée dès 1991 par John Major et ses ministres : préserver et défendre les intérêts du Royaume-Uni. Les Britanniques ne souhaitent pas être impliqués en Slovénie et en Croatie en 1991 et laissent à la Communauté européenne, puis à l’ONU, le soin de mener les négociations internationales dès juin 1991. Le gouvernement Major refuse aussi d’envoyer des troupes en Croatie dans le cadre de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU) en juillet 1991, malgré la pression de la France et les réclamations du président croate, Franjo Tudjman. L’objectif est d’éviter de mettre en danger les troupes, tant qu’un cessez-le-feu n’est pas trouvé. Ni John Major, ni sa majorité parlementaire ne souhaitent impliquer des troupes dans une zone si éloignée des intérêts britanniques, comme le confirme Malcolm Rifkind dans une interview trente ans plus tard.

La ligne politique britannique est semblable en Bosnie-Herzégovine, où les combats débutent en avril 1992. Pourtant, à l’inverse de 1991, les Britanniques influencent considérablement la politique internationale. Leur objectif est d’empêcher à tout prix qu’une résolution favorable à l’intervention militaire ne soit présentée au Conseil de sécurité de l’ONU. Une intervention obligerait moralement le Royaume-Uni à s’engager, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité et du fait de son statut de principale puissance militaire du continent européen, aux côtés de la France.

Pendant l’été 1992, l’ambassadeur du Royaume-Uni à l’ONU, Sir David Hannay, tente de convaincre les partisans d’une intervention militaire de renoncer à leurs projets de résolution, avec succès. Le gouvernement Major souhaite mettre en place le maximum d’aide humanitaire, pour venir en aide aux habitants de Sarajevo et des zones de guerre, où les habitants sont victimes du blocus des Serbes de Bosnie ou des combats : l’objectif est que l’option de l’intervention militaire ne prenne pas le dessus. » (source ici).

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