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Billet de blog 22 juillet 2025

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Communiqué de la Société des journalistes de l’AFP, le 21 juillet 2025

Sans intervention immédiate, les derniers reporters de Gaza vont mourir. Ils sont aujourd’hui les seuls à rapporter ce qu’il se passe dans la Bande de Gaza. La presse internationale est interdite d’entrer dans ce territoire depuis près de deux ans.

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Communiqué de la Société des journalistes de l’AFP, le 21 juillet 2025
Bonjour à tous,
Sans intervention immédiate, les derniers reporters de Gaza vont mourir.
L’AFP travaille avec une pigiste texte, trois photographes et six
pigistes vidéo dans la Bande de Gaza depuis le départ de ses
journalistes staff courant 2024.
Avec quelques autres, ils sont aujourd’hui les seuls à rapporter ce
qu’il se passe dans la Bande de Gaza. La presse internationale est
interdite d’entrer dans ce territoire depuis près de deux ans.
Nous refusons de les voir mourir.
L’un deux, Bashar, collabore pour l’AFP depuis 2010, d’abord comme
fixeur, ensuite comme photographe pigiste, et depuis 2024 comme
principal photographe.
Samedi 19 juillet, il est parvenu à poster un message sur Facebook : «
Je n’ai plus la force de travailler pour les médias. Mon corps est
maigre et je ne peux plus travailler ».
Bashar, 30 ans, travaille et vit dans des conditions égales à celles de
tous les Gazaouis, allant d?un camp de réfugiés à un autre camp au gré
des bombardements israéliens. Depuis plus d’un an il vit dans le
dénuement le plus total et travaille en prenant d?énormes risques pour
sa vie. L’hygiène est pour lui un problème majeur, avec des périodes de
maladies intestinales sévères.
Bashar vit depuis février dans les ruines de sa maison de Gaza City avec
sa mère, ses quatre frères et sœurs et la famille d?un de ses frères.
Leur maison est vide de tout aménagement et confort, à part quelques
coussins. Dimanche matin, il a rapporté que son frère aîné était «
tombé, à cause de la faim ».
Même si ces journalistes reçoivent un salaire mensuel de l’AFP, il n’y a
rien à acheter ou alors à des prix totalement exorbitants. Le système
bancaire a disparu, et ceux qui pratiquent le change entre les comptes
bancaires en ligne et l’argent liquide prennent une commission de près
de 40%.
L?AFP n’a plus la possibilité d’avoir un véhicule et encore moins de
l’essence pour permettre à ses journalistes de se déplacer pour leurs
reportages. Circuler en voiture équivaut de toutes les façons à prendre
le risque d’être une cible pour l’aviation israélienne. Les reporters de
l’AFP se déplacent donc à pied ou en charrette tirée par un âne.
Ahlam, elle, survit dans le sud de l?enclave. Et tient à « témoigner »,
le plus longtemps possible. « A chaque fois que je quitte la tente pour
couvrir un événement, réaliser une interview ou documenter un fait, je
ne sais pas si je reviendrai vivante ».
Le plus gros problème, confirme-t-elle, c’est le manque de nourriture et
d’eau.
Nous voyons leur situation empirer. Ils sont jeunes et leur force les
quitte. La plupart n’ont plus la capacité physique de parcourir
l’enclave pour faire leur métier. Leurs appels au secours, déchirants,
sont désormais quotidiens.
Depuis quelques jours, nous avons compris de leurs brefs messages que
leur vie ne tenait plus à grand-chose et que leur courage, consacré
depuis de longs mois à informer le monde entier, ne les aidera pas à
survivre.
Nous risquons d’apprendre leur mort à tout moment et cela nous est
insupportable. Ce dimanche, Bashar a écrit : Pour la première fois, je
me sens vaincu ». Plus tard dans la journée, il a dit à l’un de nous
qu’il le remerciait « d’expliquer ce que nous vivons au quotidien entre
la mort et la faim ». « Je souhaiterais que M. Macron puisse m’aider à
sortir de cet enfer ».
Ahlam se tient encore debout. « J’essaie de continuer à exercer mon
métier, à porter la voix des gens, à documenter la vérité face à toutes
les tentatives pour la faire taire. Ici, résister n’est pas un choix :
c?est une nécessité ».
Depuis que l’AFP a été fondée en août 1944, nous avons perdu des
journalistes dans des conflits, nous avons eu des blessés et des
prisonniers dans nos rangs, mais aucun de nous n’a le souvenir d?avoir
vu un collaborateur mourir de faim.
Le CA sortant de la Société des Journalistes de l'AFP

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