De la misère des thésards chinois en France

De plus en plus d'étudiants chinois viennent étudier en France. La situation des thésards est particulièrement préoccupante. Souvent abandonnés par leur directeur de thèse, peu préparés à la vie en France et au fonctionnement des laboratoires, ils sont confrontés à des difficultés souvent insurmontables.

 

Camille Salgues et moi avons plusieurs et longues discussions à propos de la situation des étudiants chinois en thèse en France. Malgré les différences dans nos point de vue – je suis professeur, il est post-doctorant – et dans nos expériences – je fus en charge d'un centre de recherche franco-chinois, il a souvent aidé des étudiants chinois à finaliser leur thèse –, nous sommes tombés d'accord pour déplorer les conditions de vie et de recherche de ces étudiants. Plus que d'écrire un texte en commun, nous avons pensé qu'une forme de dialogue mettant en avant nos points de vue différents sur une même question était particulièrement adaptée au sujet.

Camille  Salgues : Peut-être pour commencer, faut-il préciser de qui on parle. Je ne connais personnellement que des cas de doctorants en sciences humaines. De ce que j'ai pu voir des étudiants qui viennent de Chine pour faire une thèse en sciences dures, leur situation est très différente : dans ces disciplines, les thèses (et l'essentiel de la vie scientifique) se font en anglais ; la norme pour les étudiants, quelle que soit leur nationalité, est de faire des thèses courtes, de trois ou quatre ans maximum ; enfin, les étudiants sont vraiment inscrits dans un laboratoire, où ils font des manipulations au quotidien. Rien de tout cela n'existe dans nos disciplines. Donc, des thèses en sciences humaines, en France… Ce n'est facile pour personne, y compris pour des Français, ce n'est un secret pour personne je crois. Il s'agit de poursuivre des études quand tout le monde a commencé à aller sur le marché du travail, pour un diplôme qui n'ouvre à peu près sur aucun emploi (en France) et, dans le meilleur des cas, pour une perspective de salaire qui ne fait pas forcément rêver… D'où un climat affectif un peu particulier, où se mêlent en général une démarche très personnelle (faite souvent de passion et de crise), et une certaine ironie, souvent amère, vis-à-vis de l'institution (l'Université) et des attentes normatives de carrière. Or, dans le cas des étudiant-e-s chinois – j'y viens enfin – non seulement les difficultés pour faire la thèse sont démultipliées, mais quelque chose comme le contrat moral qui se dessine derrière est totalement faussé. Je veux dire par là, le contrat implicite avec l'institution, avec le directeur ou la directrice de thèse, et la signification qu'on donne au détour que représente la thèse (dans le parcours de vie et, en l'occurrence, dans l'espace). Il faut penser qu'en France, la crise qui dure depuis des décennies a au moins eu le mérite d'alléger les attentes normatives, dans le parcours idéal de tout un chacun (fonder une famille et avoir un boulot...). Logiquement, ces attentes sont inversement exacerbées en Chine, par le développement économique actuel. Il apparaît normal que les étudiants chinois réussissent leurs études, leur insertion professionnelle et fondent un foyer autonome dans un temps resserré.

 Jean-Louis Rocca : Ces étudiants arrivent dans un monde que, souvent ils n'ont pas choisi. L'objectif de la plupart des étudiants chinois est de faire une thèse dans un pays anglo-saxon ; non seulement pour éviter la barrière de la langue mais aussi parce qu'elles sont beaucoup mieux cotées sur le marché international. Il y a des cas où la France est une destination prioritaire mais en général ceux-ci sont mieux préparés. Ils ont commencé à apprendre le français, connaissent les rudiments du système éducatif français et les caractéristiques de la vie en France. C'est pour les autres, la plupart, que les choses sont difficiles. On trouve de plus en plus d'étudiants chinois en thèse en France, en raison notamment de la multiplication des bourses chinoises. Ils doivent à la fois apprendre le français, s'adapter à une nouvelle vie, à de nouvelles façons de faire de la recherche, parfois même s'initier aux sciences sociales. Les difficultés que rencontrent tous les étudiants en France sont alors décuplés : les directeurs de thèse indisponibles, les laboratoires peu accueillants et peu actifs, la hiérarchisation des statuts, l'importance des « relations » pour obtenir bourses, postes ou activités rémunérées, etc. Dans tous ces domaines, ils sont en situation de faiblesse. A cela s'ajoutent les problèmes linguistiques. Depuis peu il est parfois possible de rédiger sa thèse en anglais mais, quoi qu'il en soit, si l'étudiant veut profiter un minimum de son laboratoire, il doit consacrer beaucoup de temps à l'apprentissage du français. Enfin, les étudiants sont naturellement intégrés, affectivement et intellectuellement dans leur université, ce n'est pas le cas en France. Face à tous ces obstacles, les étudiants ont alors tendance à se replier sur eux-mêmes et sur le « milieu chinois ». La plupart ne peut soutenir durant leurs trois années de bourse, doivent travailler et cela ralentit encore leur rythme de rédaction... Au bout du compte, après cinq ou six années de résidence en France, ils ne savent pas très bien le français et ne connaissent pas grand-chose de la société française.

Camille  Salgues : L'environnement scientifique est totalement différent en Chine et en France. En Chine, les étudiants en thèse évoluent dans un environnement très intégré professionnellement : en général regroupés autour d'un professeur qu'ils croisent littéralement en permanence, ils se connaissent bien entre eux, évoluent dans les mêmes lieux et les mêmes cours, se trouvent dans une structure où le rang de chacun est déterminé par rapport à la position dans la carrière (depuis les professeurs-assistants ou les post-doc jusqu'aux étudiants en licence, avec même des différences de position relative entre thésards selon l'année d'entrée en thèse), et la plupart trouveront un emploi tout de suite après la thèse par l'intermédiaire de leur professeur. En comparaison, professionnellement toujours, l'environnement est totalement anomique en France, c'est ce dont tu parlais sur l'isolement des doctorants (pas seulement chinois !) dans leur laboratoire, où la plupart du temps chacun se débrouille tout seul... C'est un peu l'inverse du point de vue de la vie scientifique : en France, il y a tout un ensemble de séminaires, de journées d'études, de colloques etc. qui se déroulent un peu partout, dans lesquels il est attendu que l'on vienne discuter ses travaux et ceux des autres, et qui n'existent pas, ou dont sont exclus la plupart des doctorants, en Chine. (J'espère que je ne donne pas une image trop parisienne de la vie scientifique française ! C'est sans doute particulièrement vrai de l'EHESS où j'étais : multiplication des séminaires et anomie totale du point de vue professionnel). Mais c'est très difficile pour les doctorants chinois de s'y insérer, pour les raisons que tu disais, l'écart avec la façon dont ils faisaient la recherche en Chine et surtout la langue. Autant, en Chine, quand tu parles un peu de chinois, tu as le droit à des louanges permanentes de tout le monde, collègues y compris ; autant on a peu de patience et peu d'admiration en France pour un Chinois qui ne parle qu'un peu de français…
Je voudrais donner deux exemples un peu plus concrets. D'abord, celui de Z. H. Il arrive avec un sujet de géographie, sur la Chine, sur un thème très large, en lien avec son travail de Master. Sa prof ajoute une dimension à son sujet, pourtant déjà vaste : ce sera une géographie comparée du même thème, en Chine et en France. Cela justifie mieux le déplacement mais le travail à accomplir est immense. Il n'a pas fait ou presque pas fait de français avant. Il est dans un de ces laboratoires particulièrement peu intégrés, et travaille dur, mais tout seul dans son coin. Il est là sur une bourse du gouvernement chinois, et doit donc finir en quatre ans. Dans son cas, cependant, il bénéficie du soutien de sa prof, envers et contre tout. Il obtient donc de soutenir à un moment qui correspondait aux échéances chinoises, mais alors qu'il est encore loin et de maîtriser le français et de comprendre les tenants de son sujet dans l'espace français. Il a présenté oralement une fois seulement son travail en quatre ans. Résultat : il obtient la thèse (de justesse) mais la soutenance est un grand moment d'humiliation, l'ensemble des membres du jury (sauf sa prof) manifestant ouvertement leur réprobation.
Autre exemple : celui de L. L.  Elle entre dans une université française dans le cadre d'une coopération avec son université chinoise. La coopération est construite sur tout autre chose que des questions de thèse (plutôt sur des histoires d'invitations de professeur, de projets de recherche etc.), si bien que les questions en amont autour de la thèse, de la qualité de l'encadrement etc., ne sont pas du tout posées. Comme c'est souvent le cas, semble-t-il, il y a un prof qui a la main mise sur les échanges de cette université française avec la Chine ; donc il faut que la (seule) étudiante candidate à la mission suicide (qui était vraiment motivée et avait commencé à apprendre le français, heureusement)... change de discipline, pour entrer dans celle du prof en question ! Elle passe d'un master de philosophie marxiste (en chinois) à une thèse en histoire ! Pas de concertation non plus sur le sujet, concernant la France et décidé depuis la Chine ; et auquel, sans surprise, le directeur de thèse s'avère ne rien connaître. L.L. trime pas mal, mais elle arrive à négocier un peu plus de temps auprès du gouvernement chinois et à se faire un peu plus d'amis français pour l'aider à rédiger, pas des historiens malheureusement. Jusqu'au tout dernier jour, cependant, la menace plane de ne pas pouvoir soutenir (son directeur insistant bien : « Je ne sais pas, je ne connais pas le sujet, je dois demander à des collègues si la thèse est soutenable »). Résultat : au bout de 6 ans de thèse à travailler toute seule à la bibliothèque, la candidate lit bien le français mais le parle mal, ce qui rend la soutenance difficile. Elle n'a jamais présenté son travail nulle part, elle a bricolé dans son coin une méthodologie mais, le jour J, renversement du problème, elle est prise à parti par son directeur : « Vous n'en avez fait qu'à votre tête ! ». Heureusement, il y a la présence d'un professeur chinois de son université d'origine dans le jury, ce qui permet de limiter un peu les dégâts. D'une manière très générale, les rapports doctorants - directeur de recherche sont presque toujours le lieu d'une grande violence symbolique. C'est un peu structurel, parce que le doctorant, en France du moins, est une sorte de collègue (il est supposé savoir comment on fait, on n'a pas vraiment besoin de l'encadrer, et d'ailleurs on ne va pas vraiment le faire) ; et en même temps un élève (à qui on peut faire la leçon, déchirer son plan de thèse et le mettre à la poubelle, etc., toutes choses impensables avec un collègue). Mais la situation est vraiment pire quand le doctorant est chinois. En particulier la soutenance, qui est quand même supposée être le moment du renversement où on est enfin récompensé symboliquement par une grande cérémonie de consécration, après n. années de labeur obscur, la soutenance, donc, est souvent l'occasion d'une ultime série d'humiliations. De ce point de vue, le fait de travailler sur la France accroît encore la vulnérabilité du doctorant. Je sais que tu défends l'intérêt scientifique de travailler sur la France quand on vient travailler en France, et je suis d'accord avec toi ; mais c'est vrai aussi que, quand la thèse porte sur la Chine, les professeurs qui pourraient être tentées de traiter le candidat par le mépris sont un peu plus prudents.

 Jean-Louis Rocca : Parfois les choses se passent mieux entre le professeur français et l'étudiant – notamment lorsque le sujet de thèse porte sur la Chine – mais pour des raisons qui tiennent à la capacité de ce dernier à « séduire » son professeur. Par séduire j'entends qu'il lui donne l'impression de lui ouvrir les portes de la Chine. Comme le professeur ne connaît rien à la Chine, son aide ne peut porter que sur la méthode ; méthode que l'étudiant se propose de faire découvrir aux milieux académiques chinois. Il traduit ses livres en chinois, il le fait inviter à des colloques en Chine, etc. A priori, cela participe aux développements de relations académiques entre les deux pays. En réalité, l'incompréhension est souvent totale. Un ancien professeur chinois de l'étudiant invite le directeur de thèse français, en espérant être invité lui-même en France et le professeur français est flatté d'être traité comme un VIP pendant quelques semaines. Mais cela ne débouche jamais sur une vraie collaboration ou même sur de véritables échanges. Le manque de langage commun, linguistique, méthodologique et relationnel (langage relationnel ?) sont des obstacles insurmontables. Dans le meilleur des cas, l'étudiant profitera d'un regard bienveillant de la part du directeur de thèse mais celui-ci, faute de connaissance minimum du milieu chinois ne pourra pas encadrer les travaux de son étudiant. Celui-ci devra se débrouiller seul pour trouver des sources et/ou faire son terrain. Il aura aussi du mal à s'approprier les méthodes en question, faute de pouvoir les mettre en pratique avec un vrai encadrement et de connaître leur contexte d'utilisation. Dans le meilleur des cas, un spécialiste de la Chine est convié à aider l'étudiant et/ou à participer au jury, ce qui permet de garantir la qualité minimum de la thèse. Dans cette configuration la soutenance se passe relativement bien. Le jury convient que le résultat n'est pas extraordinaire mais que l'étudiant « a du mérite ». Les critiques sont nombreuses mais évoquées avec délicatesse et toujours contrebalancées par les efforts (bien réels) déployés pour apprendre la langue, s'adapter au nouveau contexte, etc.Donnons un exemple, L. M. étudiant d'une université moyennement cotée de la Chine de l'Est décide de faire une thèse en France, il a déjà passé un an en échange dans un établissement de l'hexagone et parle correctement le français. Il a un master en management mais voudrait faire une thèse en sciences sociales. Ses parents sont prêts à l'aider. Il envoie son CV et un vague projet de thèse à de nombreux professeurs français en essayant de l'adapter à chaque fois à leur sujet de prédilection. Il reçoit une réponse d'un professeur qui lui demande de préciser son sujet. Il lui répond qu'il est prêt à travailler sur n'importe quel sujet mais qu'il est surtout intéressé par les recherches du professeur et qu'il est prêt à les faire connaître en Chine. Finalement, ils se mettent d'accord sur un sujet et l'étudiant débarque en France. Il prépare sa thèse durant 5 ans tout en travaillant à mi-temps. Il traduit deux livres de son directeur de thèse grâce à l'appui d'un de ses anciens professeurs qui « connaît du monde » dans l'édition. Par l'entremise d'un autre professeur, il organise une série de conférences dans deux universités chinoises. En échange, celui-ci est invité en France dans le cadre d'un colloque, mais son niveau d'anglais est tel que les échanges sont très limités. Au final, la thèse est soutenue. En dehors de ces événements, le directeur de thèse voit très peu son élève. Il n'a jamais été sur son terrain de recherche. L'étudiant travaille beaucoup, essayant d'utiliser la méthodologie mise au point sur un terrain français et qu'il connaît lui-même mal. Il a peur de s'y rendre parce qu'il ne « s'y sent pas à l'aise ». Finalement, la soutenance se tient, le texte est « correct » notamment grâce à l'aide d'amis français, en particulier d'étudiants français qui apprennent le chinois et de camarades de thèse. Le directeur de thèse prévient les membres du jury (pour la plupart des gens qu'il connaît) que la thèse n'est pas exceptionnelle mais que toute façon en Chine la mention n'existe pas et qu'il lui suffit d'avoir la mention très honorable. Il insiste sur les difficultés que le candidat a rencontrées et le courage qu'il a eu.Il faut noter aussi que dans les exemples que j'ai eus à connaître, les choses se passent beaucoup mieux quand l'étudiant est capable de mobiliser autour de lui un réseau d'entraide qui va l'aider à finaliser sa thèse et surtout à la relire. Ce soutien linguistique est essentiel car l'étudiant n'est quasiment jamais capable d'écrire seul en un français correct.

Camille  Salgues : La plupart du temps, ces étudiants sont mariés et, dans une minorité de cas, ils ont des enfants. C'est quelque chose à quoi il faut s'attendre, étant donné l'âge auquel on fait une thèse, ce moment tout à fait anormal dans nos sociétés où on est encore à l'université aux alentours de trente ans, sans être déjà dans une structure professionnelle comme le sont les étudiants en médecine par exemple. Mais cela rend les choses encore plus difficiles et, là encore, dans le cas des Chinois-es, c'est très accentué par le fait que la pression sociale pour se marier et avoir un enfant au plus vite est beaucoup plus forte qu'en France. Surtout, la distance fait que le coût humain est très lourd, que la famille soit séparée ou, comme cela arrive parfois, que conjoint et enfant suivent le doctorant en France, démultipliant le problème des ressources financières. Ce qui est déplorable, au final, c'est donc d'abord quelque chose qui tient aux conditions dans lesquelles la plupart des thèses sont menées en France : presque sans encadrement et sans intégration professionnelle, à un moment du parcours de vie qui rend tout cela un peu tragique. Ce point est très général, mais, on l'aura compris, tout est plus difficile pour les étudiants étrangers, surtout quand la distance (dans la langue ou dans la culture universitaire) est aussi grande que dans le cas chinois. La Chine connaît ensuite, c'est le deuxième point, une massification de l'accès à l'enseignement supérieur, dont nous ressentons un peu les effets jusqu'ici (dont nous ressentions peu les effets jusqu'ici ?). Les étudiant-e-s qui viennent en thèse sont plus nombreux-ses et leur profil se banalise, ce qui différencie à mon sens leur cas de celui d'autres pays, par exemple d'Amérique latine, où il y a depuis longtemps une tradition pour quelques étudiants de familles privilégiées (en capitaux financiers et culturels) de venir faire une thèse en sciences humaines en France. Sans surprise, les Chinois sont d'ailleurs en passe de devenir la première communauté d'étudiants étrangers en France. Enfin, la position de ces étudiants, et leurs rapports avec des profs français, sont pris dans la dynamique plus large des échanges symboliques nord-sud, dominant-dominé, où la Chine occupe le pôle dominé (au mépris des nouveaux rapports de force économiques). Si, pour chaque étudiant chinois dans une université française, il y avait un étudiant français du même directeur qui partait faire sa thèse dans une université chinoise, en cotutelle par exemple, je pense que la perception des difficultés rencontrées serait tout autre. Mais, précisément, cela n'arrive jamais, parce que les « échanges » se font toujours dans le même sens : les professeurs français veulent s'ouvrir vers la Chine et les étudiants chinois faire un détour par la France. Il y a là la matrice de tout un ensemble de relations de violence symbolique et de malentendus, comme on l'a vu dans les exemples qu'on a donnés. En particulier, ce que tu dis sur la nécessité de « séduire » les profs français me semble tout à fait s'inscrire là-dedans.

 Jean-Louis Rocca : Que peut-on faire pour changer la situation ? L'idéal serait évidemment de changer les relations entre les doctorants et directeurs de thèse mais la tâche est immense. Une solution à plus court terme est sans doute de mettre en place des systèmes de coopération stable entre institutions françaises et chinoises, avec, à leur tête, des personnes vraiment passionnées par ces projets. Je me souviens d'avoir assister à deux très bonnes soutenances, une de thèse et une de master à l'ENS qui a développé une relation privilégiée avec l'université normale de la Chine de l'Est. Les étudiants chinois ne tombaient pas par hasard et sans aucune préparation dans un milieu inconnu. Ils étaient encadrés. Je ne sais pas si le projet se poursuit. Reste aussi en mémoire l'expérience de l'Antenne (puis les Ateliers) franco-chinois de Pékin qui, de 2002 à 2011, préparait les étudiants chinois à venir faire une thèse en France. Le programme comportait des cours de français, des séminaires dirigées par des chercheurs français et des bourses de courte durée dans des labos français. Ce fût pendant quelques années un véritable succès : une étudiante a réussi le concours international d'entrée à l'ENS. D'autres ont soutenu ou sont en passe de soutenir de très bonnes thèses. Ces étudiants arrivaient en France en ayant suivi un ou deux ans de préparation. Ils ont pu rapidement s'immerger dans la vie académique française. Malheureusement, devant les résistances de certains milieux académiques et une certaine lâcheté bureaucratique, les Ateliers furent supprimés en 2011. C'est pourtant de ce genre d'initiative, peu coûteuse et très efficace, qu'il faudrait s'inspirer pour changer les choses.

 



 

 

 

 

 

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