ROCHET Claude
Abonné·e de Mediapart

9 Billets

0 Édition

Billet de blog 30 août 2017

ROCHET Claude
Abonné·e de Mediapart

La fin de l'Union européenne

L'Union européenne va-t-elle survivre, ou est-elle condamnée, comme l'URSS, à l'implosion par incohérence interne de ses politiques et de son fonctionnement? Deux auteurs de la nouvelle génération, la talentueuse polémiste à la plume acérée Coralie Delaume et David Cayla, qui assure la relève d'une génération d'économiste, nous livrent un ouvrage aussi complet que pertinent.

ROCHET Claude
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le livre de Coralie Delaume et de David Cayla mérite d’être lu. Non seulement parce qu’il annonce une bonne nouvelle – la fin de l’Union européenne – mais aussi et surtout parce qu’il est bien écrit, ce qui mérite d’être souligné pour un ouvrage traitant d’un sujet aussi ennuyeux et aussi soumis aux poncifs que sont les questions européennes.

On saluera le travail des deux auteurs qui sont magnifiquement parvenus à une unité de plume. Les approches de Coralie Delaume, dont on connait la plume acérée, et de l’économiste David Cayla sont parfaitement intégrées. Tout juste reconnaît on le talent pour les formules assassines de Coralie Delaume dans cette description de François Hollande « l’homme qui a élevé la vacuité consensuelle au rang de discipline olympique ».

L’ouvrage traite des questions politiques et économiques : il commence par la description de la palinodie des référendums européens où l’on doit revoter jusqu’à ce qu’on vote oui, et où les électeurs, selon l’injonction de Jean-Claude Juncker – l’homme qui parle avec les dirigeants d’autres planètes-, se doivent de voter oui indépendamment de la question posée. Il se termine par l’impossibilité de la démocratie européenne et les possibilités de construire une coopération entre pays d’Europe une fois que le Leviathan aura rendu l’âme.

Mais la force et l’intérêt de cet ouvrage est qu’il n’est pas un ouvrage d’économie ni encore moins de bavarde science politique. C’est un livre d’histoire. Une histoire contemporaine, celle que nous vivons qui est racontée comme un témoignage pour l’avenir. Le mérite de ce livre c’est qu’on le lira avec profit dans quelques décennies comme on lit les ouvrages sur l’implosion de l’URSS. Pas de théories alambiquées, mais le récit de l’enchainement des faits, de nombreuses études de cas sur la Grèce, la Finlande et l’Irlande, avec une part de lion naturellement réservée à l’Allemagne. Les manipulations statistiques et financières qui font du Luxembourg (qui n’a plus d’usines) une puissance industrielle alors qu’il n’est qu’une lessiveuse à blanchiment fiscal, ou qui font de l’Irlande une grande puissance exportatrice avec une croissance extraordinaire du PIB avec des marchandises qui ne circulent que sur le papier et un niveau de vie qui stagne désespérément, sont clairement exposées et démontées.

Un livre d’histoire qui nous renvoie à l’histoire de l’économie et du développement des pays d’Europe. Le chapitre sur la polarisation du développement créé par l’industrialisation en régime de libre-échange, qui fait référence à l’industrialisation de l’Angleterre au XVIII° siècle puis au rattrapage par l’Allemagne au XIX°, puis de la France, se réfère aux travaux de Paul Bairoch et bien sûr de Friedrich List et nous rappelle cette dynamique du développement : l’industrialisation appelle l’industrialisation. C’est ce qu’on appelle la synergies entre activités qui créent les rendements croissants – laissant les régions périphériques dans un moindre développement, voire un sous-développement quand les activités périphériques sont aspirées par le pôle central, entrainant la désertification des pays. Tout cela avait été théorisé et exposé par L. Von Thünen au début du XIX°.

On sait aujourd’hui le modéliser quand on étudie le développement urbain avec les lois de Tobler (« ce qui est plus proche se connecte plus avec ce qui est plus proche ») et de Zipf (« les grandes villes mangent les petites »). Ce qui permet aux auteurs de nous rappeler que la crise des pays périphériques de l’Europe, élégamment appelés PIGS par les eurocrates (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) n’est pas liée à une quelconque tare anthropologique et raciale, mais à une poursuite de l’effet de polarisation qui trouve sa source dans le développement de l’Europe depuis le XVI° siècle, et que le libre-échange, comme l’avait clairement expliqué Friedrich List dans son irremplaçable « Système National d’Economie Politique » de 1841, combiné à la funeste et impérialiste Théorie de avantages comparatifs de Ricardo, ne fait qu’accroitre. On renverra à l’indispensable ouvrage de Erik Reinert « Comment les pays riches sont devenus riches et pourquoi les pays pauvres restent pauvres ».

Nos anciens, pour définir les politiques de développement qui ont fait la prospérité de l’Europe, ne se référaient pas à une « théorie économique » mais à l’histoire, ce que j’ai exposé dans mon Histoire de l’Etat stratège. La funeste science économique ne naît que dans la première moitié du XIX° siècle  en Angleterre et surtout en France avec sa rencontre avec le positivisme, qui va vouloir en faire une science exacte devant s’imposer à la politique, celle-ci se résumant, comme l’avait écrit Auguste Comte « il faut considérer la marche de la civilisation comme assujettie à une loi invariable fondée sur la nature des choses[1] » : la politique se résumait à l’application de supposée lois de l’économie. Cahuc et Zylberberg ne disent pas autre chose aujourd’hui en appelant à la répression en vers ceux qui refusent que l’économie soit une science exacte à laquelle le politique doit se plier.

Un livre bien écrit, qui se lit facilement, comme un livre d’histoire, bien référencé, qui gagnera à être relu au fil des évenements pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

[1]  Auguste Comte, Opuscule de philosophie sociale, 1819-1826, p. 111

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
À Mykolaïv, les morts hantent civils et militaires
La ville de Mykolaïv subit depuis des mois le manque d’eau potable et les coupures d’électricité. La région a été bombardée sans relâche par l’armée russe jusqu’à la mi-novembre 2022 et plus de la moitié des habitants a quitté les lieux. Civils et militaires restés sur place racontent leur « cauchemar ».
par Mathilde Goanec
Journal — Élysée et gouvernement
À Dijon, Macron tente de redonner vie à sa « grande cause »
Le président de la République a profité de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes pour exposer son bilan sur le sujet. Sans lever les doutes sur la faiblesse des moyens et du portage politique de la question au sommet de l’État.
par Ilyes Ramdani
Journal
Le président turc menace les Kurdes syriens d’une offensive militaire 
À six mois d’une élection présidentielle cruciale, un attentat non revendiqué à Istanbul sert de prétexte au président turc pour lancer une campagne de bombardements dans le nord de la Syrie.
par Zafer Sivrikaya
Journal — Asie et Océanie
En Chine, la politique « zéro Covid » est de plus en plus contestée
Des chiffres de contamination record en Chine poussent les autorités à décréter de nouveau des mesures de confinement un peu partout dans le pays. Ce qui entraîne des réactions de plus en plus vives, y compris des émeutes, comme récemment dans la plus grosse usine d’iPhone au monde dans le centre du pays.
par François Bougon

La sélection du Club

Billet de blog
Incendie de forêt : les causes ne sont pas que climatiques
[Rediffusion] Les forêts du Sud en particulier demandent beaucoup d'attention pour ne pas prendre feu. Coupe feu, garde-forestiers, défrichages, surveillances, pompiers de proximité, les moyens sont-ils encore là ou ces incendies sont-ils causés par l'impéritie des pouvoirs publics ?
par lecteurfid
Billet d’édition
Reboiser les forêts brûlées est favorisé par une niche fiscale
Si l'investissement forestier offre des possibilités de rendement limitées, il constitue en revanche une niche fiscale qui permet de réduire le montant de son impôt sur le revenu. L'investissement forestier réalisé par une personne domiciliée en France lui permet de bénéficier d'un avantage fiscal, que ce soit au titre de l'impôt sur le revenu ou de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière).
par Patrick Cahez
Billet de blog
Des chênes (français) pour la Chine
Fric-frac dans les forêts françaises. Voler du bois n’est pas une mince affaire. Et pourtant, dans les Pyrénées, en Moselle, en Vendée, dans le Nord, le brigandage se multiplie. A l’heure des drones, GPS et autres trackers… (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Vidéo - le gouvernement empêche les débats sur les forêts publiques par 49-3
Il y a un mois, nous avons publié ici une tribune signée par plus de 40 parlementaires, demandant un débat sur l’avenir de l'Office National des Forêts dans la loi de finances avant le 49-3 du gouvernement. Devinez quoi : les débats devaient avoir lieu le 2 novembre à 17h05. Le 49-3 a été activé le 2 novembre à 17h00. Mais tout n'est pas perdu : la suite se joue au Sénat dès mercredi.
par Pour des forêts vivantes