Rodolphe P.
Professeur d'histoire géographie, analyste en stratégie internationale
Abonné·e de Mediapart

46 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 août 2022

Antisémitisme : la faute majuscule de la Macronie

En taxant les députés NUPES et singulièrement LFI d'antisémitisme en plein hémicycle, le gouvernement et les députés Renaissance, banalisent le crime et parachèvent la respectabilité présumée du RN.

Rodolphe P.
Professeur d'histoire géographie, analyste en stratégie internationale
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il ne leur reste que cela. En l'absence de majorité, dans un contexte socio-économique hyper tendu, ce 2 août, le gouvernement a abattu sa dernière carte face à l'opposition de gauche en la vouant aux gémonies de l'antisémitisme.

Ce fut d'abord le très sioniste soutien du gouvernement Netanyahou, M Habib qui sonna la charge. Ses insultes auraient pu en "toucher une sans faire bouger l'autre", tant l'homme est connu pour ces outrances pro israéliennes et islamophobes. Cependant, le garde des sceaux, qui au lendemain des législatives fut l'un des tous premiers à tendre la main ( et le bras) à l'extrême droite, reprend à son compte les accusations. Enfin, ce fut au tour de Madame Borne, première ministre, sans portefeuille ni pouvoir, de tenter avec ses gros sabots, de scinder l'opposition de gauche en déclarant que bien sûr PCF EELV et PS étaient dans le champ républicain tout en excluant LFI.

Madame la première ministre, sans doute oublieuse de la quasi réhabilitation de Pétain, puis de Maurras par son patron entre 2018 et aujourd'hui, trouvait ce qu'elle pensait être une issue.

L'accusation d'antisémitisme, jusqu'ici, faisait figure d'arme atomique à l'encontre de l'accusé. Or, l'utiliser en ce lieu et ainsi a deux effets délétères

D'abord, elle banalise la gravité de l'accusation. Si, en effet, 75 députés étaient effectivement antisémites, ces derniers devraient être interdits d'assemblée, traduits devant la justice et condamnés. Or bien sûr, rien de tel dans le cas présent. Conclusion, l'antisémitisme peut être brandi en plein parlement, par les plus hauts personnages de l'État sans que cela soit suivi du moindre effet réel hormis d'agiter les plateaux et les réseaux sociaux pour 24 heures. L'antisémitisme devient donc une accusation banale, courante, un effet de manche pour quiconque dispose d'une tribune...et de moins en moins un propos ou un acte passible des tribunaux.

Le second effet de l'opération mediatico politique est purement politicien : il consiste à accoler Gauche ( radicale) à antisémitisme dans une sorte de délire révisionniste officiel afin de mieux disculper les vrais antisémites historiques, le courant antisémite ultra majoritaire, à savoir l'extrême droite. C'est ainsi que le délirant Onfray, en retraçant la généalogie de l'antisémitisme, évite soigneusement d'évoquer le nazisme...et même les antidreyfusards pour fustiger l'antisionisme. Tenter ainsi de bouter hors de la République le camp qui célèbre l'homme qui en a forgé la devise, Robespierre, ( et qui se battit en faveur de la citoyenneté des juifs !), pourrait être ridicule mais...

C'est le troisième acte de la tragédie qui se joue en fait. Après l'élection grotesque d'un Président détesté grâce à un électorat accusé aujourd'hui d'être antisémite, le deuxième acte fut celui de la trahison, par l'alliance manifeste de la minorité parlementaire avec les représentants fascistes du RN.

Le troisième acte, qui se joue actuellement est celui où le noeud gordien se resserre sur les acteurs. En abattant, un mois seulement après les élections, la carte offensive la plus diqualifiante et infamante sur l'opposition, la Macronie est déjà nue.

Une fois l'effet retombé, que lui restera t il ? Rien si ce n'est la gestion des pots cassés. La Macronie n'a plus rien en stock, ni contre LFI, ni surtout contre le RN.

La rentrée sera très compliquée à gérer et le quatrième acte sera celui de la dissolution, celui où les protagonistes, en se débattant dans tous les sens, se condamnent définitivement. Le dernier acte sera le triomphe de l'extrême droite aux prochaines législatives qui aura pu nouer des alliances de Reconquête à LR, et qui sera en position de force si par miracle elle n'est pas majoritaireau Palais Bourbon.

Macron aura donc sa cohabitation avec Le Pen. Les deux seront d'accord pour restreindre le droit d'expression de la gauche jugée extrémiste ( puisqu'elle est antisémite), puis la radicale ( puisqu'elle fréquente l'antisémite), puis la modérée ( car elle siège aux côtés de la radicale) On y va tout droit. Les Français regardent ailleurs.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Les effets indésirables de l’office public d’indemnisation
Depuis vingt ans, l’Oniam est chargé d’indemniser les victimes d’accidents médicaux. Son bilan pose aujourd'hui question : au lieu de faciliter la vie des malades, il la complique bien trop souvent.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint
Journal
Les agentes du KGB étaient des Américaines comme les autres
Pendant la guerre froide, Russes et Américains arrivent à la même conclusion. Ils misent sur le sexisme de leurs adversaires. Moscou envoie aux États-Unis ses meilleures agentes, comme Elena Vavilova et Lidiya Guryeva, qui se feront passer pendant dix ans pour de banales « desperate housewives ». Premier volet de notre série sur la guerre des espionnes.
par Patricia Neves
Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia

La sélection du Club

Billet de blog
Relancer les trains de nuit et améliorer l'infrastructure créera des emplois
[Rediffusion] Lorsque le voyageur se déplace en train de nuit plutôt qu’en avion, il génère davantage d’emploi. La relance des trains de nuit peut ainsi créer 130 000 emplois nets pendant une décennie pour la circulation des trains, la construction du matériel et l’amélioration des infrastructures. Bénéfice additionnel : les nouvelles dessertes renforceront l’attractivité des territoires et l’accès à l’emploi.
par ouiautraindenuit
Billet de blog
Les perdus de Massiac
Par quel bout le prendre ? Dénoncer l'incompétence catastrophique et l'inconséquence honteuse de la SNCF ou saluer les cheminots qui font tout leur possible pour contrebalancer l'absurdité du système dont ils sont aussi victimes ? L'État dézingue d'abord chaque secteur qu'elle veut vendre au privé de manière à ce que la population ne râle pas ensuite...
par Jean-Jacques Birgé
Billet de blog
« Le chemin de fer est un trésor public et une solution pour demain »
[Rediffusion] Dans « Un train d'enfer », Erwan et Gwenaël Manac'h offrent une enquête graphique dense, caustique et très réussie sur la SNCF qui lève le voile sur une entreprise d’État attaquée de toute part, un emblème, à réformer sans doute, mais surtout à défendre. Conversation déliée avec Erwan.
par Delaunay Matthieu
Billet d’édition
Entretien avec Manuel Bauer, réalisateur du film documentaire « Vida férrea »
Entretien réalisé par Alice Langlois qui a mené un terrain anthropologique dans la région minière traversée par le film et le critique de cinéma Cédric Lépine, à l'occasion de la présentation du film « Vida férrea » à Visions du Réel, festival international du film documentaire de Nyon (Suisse) en 2022.
par Cédric Lépine