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Billet de blog 7 août 2022

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Taïwan : Ce qui aurait dû faire débat dans la note de Mélenchon

L'inquiétante tournure des relations sino américaines n'est pas questionnée sérieusement en France. Notre pays, incapable de se projeter en tant qu'acteur dans le monde à venir en est rendu aux batailles de chiffonniers ignares dont l'incontinence intellectuelle fait office de vulgate prête à l'emploi en toutes circonstances. Le bashing plutôt que la géopolitique. Au risque du grand contresens ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il a fallu un pavé dans la mare pour qu’on se décide à en parler, et à se positionner. Depuis la publication d’une note de blog consacrée à la crise sino-américaine autour de Taïwan par J.-L. Mélenchon le 3 août dernier, le monde mediatico politique frémit et vitupère dans la torpeur caniculaire. De quoi est-il question sur les plateaux et les réseaux ? On y glose au sujet d’une "polémique Mélenchon" pour une prise de position jugée outrancière. Les plateaux des chaines d’infos en continu, à la recherche d’une brèche dans la NUPES ouvrent grand leur antenne à certains députés de la NUPES (EELV –PS) ou provenant de groupuscules de « gauche macronienne » trop heureux de réoccuper l’espace en cassant du sucre sur Mélenchon, comme ce fut le cas durant les mois de campagne présidentielle.

Alors que le supposé amour de l’Insoumis pour les dictateurs est une nouvelle fois brandi et condamné 48 heures après le dernier épisode du « LFI antisémite », voici la formation de gauche radicale accusée d’être pro-chinoise et anti démocrate.

Mais qu’a écrit Jean-Luc Mélenchon et la question est-elle celle de son « aveuglement » identifié par Médiapart ?

Le sujet n’est pas contrairement à ce que l’on fait croire, la Chine, Taïwan ou les Etats-Unis, mais celui du rôle et la place de la France dans ce conflit.

Et Mélenchon commence par rappeler

1/ Quelle est la position française et en quoi elle est celle du droit international onusien. « Une seule Chine »

2/ Que le déplacement de N. Pelosi à Taipei dans ce contexte constitue une « provocation » capable de déstabiliser, une fois de plus, l’équilibre fragile du monde. Le froid accueil de la présidente de la chambre des représentants a eu par la suite au Japon et en Corée du Sud, montre à quel point les voisins de l’Empire du Milieu répugnent aujourd’hui à la remise en cause du statu quo. Mais de cela nos commentateurs patentés et bien peu connaisseurs des relations internationales n’ont que faire.

3/ Or, c’est la suite de la note qui aurait mérité débat et réflexion. Bien plus intéressante, elle met en lumière les probables effets de cette crise sur la France. Enfin, les contours d’une diplomatie altermondialistes sont esquissés brièvement.

En France : politicaillerie en lieu et place d’un débat géopolitique

L’intégralité des reproches-attaques à l’encontre de Mélenchon portent sur les points 1 et 2. Quelle est la nature de ces critiques ?

Mode 1 (piano) Il faut d’abord soutenir la démocratie taïwanaise

Mode 2 (moderato) Anti américanisme primaire

Mode 3 (fortissimo ) Pro chinois, puisque pro russe

Mode 4 (gozzillato) Mélenchon n’aime que les dictateurs.

La critique en mode 1 est la plus « entendable » pour la gauche y compris de LFI. Aini le tweet d’O. Faure affirmant que « la question de la visite de N Pelosi est discutable, celle du droit des Taïwanais à vivre en démocratie ne l’est pas » est sans doute le mieux formulé. Sauf que ce tweet ne dit rien de concret et surtout ne va pas à l’encontre du propos de JL Mélenchon : « Le problème doit être résolu par les Chinois entre eux ». Si cela ne convient pas, jusqu’où les partisans d’O Faure seraient-ils prêts à aller pour défendre la démocratie Taïwanaise ? A des sanctions économiques sur la Chine ? Plus loin ? Et se contenter de discuter en France de l’opportunité de la visite de Pelosi alors que jusqu’à présent TOUT LE MONDE s’était tu sur le fond de cette visite, n’est-ce pas exonérer d’emblée la responsabilité des Etats-Unis dans la recrudescence des tensions ? Soyons honnêtes, O. Faure a déjà choisi Washington dans cette affaire, pourquoi ne le dit-il pas franchement ?

D’autres ne s’embarrassent pas. C’est notamment le cas de Y. Jadot qui, après une traversée du désert NUPESienne a profité de l’occasion pour attaquer Mélenchon en mode 4 déclarant « qu’une seule Chine » ce n’est d’abord « qu’une seule dictature ». Y Jadot suggère-t-il donc ici de reconnaître officiellement Taïwan ? Ce qui ipso facto amènerait la France à ne plus reconnaître la RPC (République populaire de Chine). Pourquoi ne le dit-il pas ? Parce que bien sûr, il est ignorant de ces choses-là (rappelons que le bonhomme ne sait ni placer les pays baltes ni la Bulgarie et la Roumanie sur une carte en affirmant que ces espaces là n’étaient pas dans l’UE en même temps qu’il militait pour l’Ukraine dans l’UE) et surtout parce que quelque chose lui dit que ce n’est pas une chose à faire…tant que les Etats-Unis n’ont pas donné le signal.

Julien Bayou et Marine Tondelier éprouvent quant à eux quelques difficultés à convaincre, la deuxième ne parvenant pas à sortir d’une vision franco centrée et anti mélenchonienne primitive en dénonçant une « provocation de Mélenchon » tandis que le premier saute de plateau en plateau pour embrayer sur le registre de la fake news avec son tweet dans lequel il affirme que Mélenchon parle de « provocation de Taïwan » ce qui n’est pas dans le post qui mentionne la « provocation de Pelosi », ce qui n’a rien à voir.

Réservons une place à R. Glucksmann toujours très à cheval sur les droits humains, surtout lointains. En substance, Mélenchon ne reconnaît pas le génocide Ouighour, admire Pékin comme il aime Moscou. C’est qu’il s’agit pour l’eurodéputé, de mettre à nue l’hypocrisie de leader historique des insoumis. L’ami des dictateurs, placé pour l’occasion aux côtés de S. Royal épinglée pour son tweet récent sur les responsabilités des horreurs commises en Ukraine. A l’instar des propos de Faure, la nature de la critique porte sur le soutien aux démocrates comme aux minorités sur place. Mais qui est hypocrite ? Celui qui dénonce un génocide et n’appelle pas à la rupture des relations diplomatiques ou celui qui reconnaît que le statu quo est la « moins pire » des possibilités et qui s’inquiète d’une déstabilisation ?

Cette même remarque pour J.-M. Apathie qui se croît pertinent en disant que si la Chine attaque, « on évite d’en dire qu’on s’en lave les mains », et qu’ « accessoirement( !) il faudra soutenir la démocratie ». Bref, M. Apathie milite pour le maintien du statu quo et veut faire passer Pékin pour l’agresseur alors même que la responsabilité de la situation présente échoit aux seuls Etats-Unis.

Mais qu’importe, Mediapart à travers un parti-pris titré « l’aveuglement de Mélenchon » tire complètement à côté pour attaquer en mode 3, sur le deux poids deux mesures supposé de Mélenchon en matière d’impérialisme. Si les auteurs estiment qu’il faut dénoncer l’impérialisme américain, il convient surtout de condamner l’impérialisme chinois. Dénoncer, condamner … le registre n’est pas identique. La suite du parti pris explique laborieusement l’émergence d’une nation taïwanaise, distincte de la Chine continentale sans évoquer clairement le fait que les Taïwanais sont des Chinois et que la population de l’île est très divisée quant à son avenir et son rapport à Pékin. Bref, l’impérialisme potentiel chinois à 100 bornes de leur rivage sur des Chinois et sur un territoire historiquement relié à elle, mérite d’être condamné aussi fort, si ce n’est plus, que celui effectif des Etats-Unis à des dizaines de milliers de kilomètres de leurs frontières qui a pourtant déjà provoqué des centaines de milliers de victimes en ne prenant en compte que ces 20 dernières années. On a connu des parti-pris plus inspirés que celui-ci…pratiquant exactement ce qui est critiqué chez l’accusé.

Le PCF est aux abonnés absents comme il le fut lors de la séquence précédente au sujet de l’antisémitisme de LFI suite à une proposition de résolution émanant de ses rangs… Les liens du PCF et de Fabien Roussel avec l’appareil du PCC n’incluent pas un soutien de leur part, et ne mérite aucune enquête journalistique. Plus amusant, l’ambassade de Chine a aussi repris son communiqué officiel, sans que cela n’intéresse personne.

La Macronie ? Elle retweete à qui mieux-mieux la reprise in extenso d’un passage du blog de Mélenchon repris par l’ambassade de Chine en France. Sur le thème du « qui ressemble s’assemble » ou du « Dis-moi qui tu fréquentes je te dirai qui tu es », la diplomatie de cour de récré est une bouée de sauvetage pour un camp qui vient de dérouler le tapis rouge au boucher de Ryiad, M. Ben Salmane.

Le RN enfin, réussit l’exploit au lendemain de son appel à lever les sanctions contre la Russie, de vilipender la Chine et de se déclarer pro taïwanais. Cette incohérence majeure ne sera nullement soulevée, nous pouvons compter sur nos vigilants médias pour se garder de le signaler

Or, quelles que soient les critiques émises aucune ne tient compte, ni ne donne crédit au droit international. Ou personne ne le comprend : quand on dit qu’il n’y a qu’une seule Chine que dit-on exactement ? On affirme qu’en matière de relations internationales il ne peut y avoir qu’une seule Chine officielle comme il n’y a qu’une France ou une seule Italie. Cela ne signifie pas dire que Taïwan doit être intégrée, ingérée par la RPC. Si Taïwan déclare son indépendance ce qui n’est pas le cas, elle ne pourra prétendre être reconnue comme « République de Chine ». Mais dans nos cerveaux détraqués de ce début de XXI° siècle, cela signifie qu’on est pro chinois. Le Quai d’Orsay a d’ailleurs dû rappeler que le principe d’une seule Chine était bien la ligne défendue par la France dans le dossier.

Que fait Mélenchon au début de son texte ? Une fois le droit international et la position de la France dans ce conflit précisément rappelés, il alerte sur les conséquences prévisibles de ce regain de tensions entre les deux principales puissances de la planète. Faut-il préciser qu’il est le SEUL homme politique à le faire ? Faut-il rappeler que la question est passée jusqu’à sa note totalement inaperçu en France hormis dans les cénacles diplomatiques qui n’intéressent ni les perroquets de plateaux ni le personnel politique trop pressé de rejoindre sa villégiature de vacances ?

Mélenchon met le doigt sur un impensé français, un sujet sensible sur lequel personne n’est à l’aise. Il cherche à montrer que suivre ici les Etats-Unis est très périlleux ET contraire au droit international. En France aucun dirigeant ne souhaite prendre position sur ce sujet alors même que beaucoup ont, de fait, viré leur cuti, sans le dire, sans même le penser. Sur ce sujet qui n’a plus été débattu en France depuis les années 1960 et la reconnaissance officielle de la France de la Chine de Pékin, nos « élites » n’ont plus l’armature intellectuelle et culturelle suffisante pour expliquer et justifier ce choix français vieux de 60 ans.

C’est donc l’alignement atlantiste qui prédomine, mezzo voce, sur ce dossier aujourd’hui. Autrement dit si les Etats-Unis pensent judicieux de bousculer l’équilibre extrême oriental alors nous devons les suivre car les Etats Unis agissent pour la démocratie et la liberté dans le monde. Malgré l’évidence des répercussions en Europe avec la guerre en Ukraine, à savoir une catastrophe économique et énergétique parallèlement à un effet d’aubaine conséquent pour les Etats-Unis (et leurs exportations de gaz de schiste, les contrats de reconstruction, l’élargissement de l’Otan…), les dirigeants français, mais aussi les écolos et les socialistes de toutes espèces, semblent disposés à rééditer la même procédure avec la Chine. Ils pensent isoler alors que l’isolement en cours est celui de l’Occident. Les déboires récents de Macron en Afrique parti quémander sans aucun succès ( relayé par Blinken désormais) une rupture avec la Russie, le désalignement massif de l’Amérique du Sud qui a rééquilibré son commerce et ses relations avec la Chine, le double jeu de l’Inde qui veut être bien avec tout le monde, de tout cela, nos visionnaires en chef ne pipent mot, ne le voient pas, ne veulent pas l’entendre. Au-delà de la basse-cour politicienne et de principes érigés au rang de politique étrangère, rien, ou si peu, les Français sont absents.

Et si on parlait géopolitique ?

La suite de la note de Mélenchon, s’ils l’avaient lu, leur aurait pourtant offert matière à réflexion. Que dit le troisième homme de la Présidentielle ?

Il énonce les risques et les dommages prévisibles qu’une poursuite de l’accroissement des tensions provoquera. La grille d’analyse est globale, donc inaccessible à beaucoup de nos commentateurs nationaux.

« Mais on voit bien comment les USA veulent ouvrir un nouveau front. On devine d’avance le lamento anti Chinois qui va bientôt nous être servi […]. Évidemment, on va bientôt parler de sanctions économiques. Un jour ou l’autre, le bilan réel de ce genre de mesures sera fait. Il suffit de voir ce qui se passe à propos de la Russie pour comprendre à qui profite cette « stratégie ». Et à qui elle nuit réellement. »

Ici Mélenchon se place dans la perspective du « piège de Thucydide » que l’historien grec décrit en ces termes. Lorsque la puissance d’Athènes (Etats-Unis aujourd’hui) commence à décliner et la suprématie remise en cause par sa rivale, Sparte (Chine aujourd’hui), la puissance sur le déclin, qui souhaite prolonger sa domination est encline à chercher le conflit, comme seul moyen de préserver son leadership. Ce faisant, l’équilibre du monde (grec à l’époque, global désormais) est des plus menacé. L’agressivité croissante des Etats-Unis vis-à-vis de la Russie et de la Chine peut être interprétée de la sorte. Ainsi, cette stratégie profite d’abord aux faucons américains. Mais outre Atlantique les colombes sont nombreuses y compris à la maison blanche ou dans certaines agences de renseignement. L’unanimisme exigé en France n’a pas cours à Washington.

Un premier train de sanctions à l’égard de Pékin est-il envisageable ? Une poursuite de l’escalade peut en effet amener des mesures de rétorsion économiques. Peut-être l’Allemagne rechignera-t-elle et sera en mesure d’apparaître comme indépendante et peu alignée, autrement dit de prendre la place jadis occupée par la France. Déjà pour la Russie elle s’est montrée moins accommodante, consciente de ce qu’elle avait à perdre, mais il apparaît impossible que Berlin se fâche avec son premier partenaire commercial dans la situation économique actuelle. Pour l’heure les réactions américaines au survol et à la navigation sur les eaux territoriales de Taïwan (et du Japon) semblent mesurées. Cependant la Chine annonce la poursuite ses exercices militaires

Sur la scène chinoise, une recrudescence nationaliste est probable. Au moment où le géant montre des signes de faiblesse intérieure (3,3% de croissance seulement cette année et l’explosion d’une énorme bulle immobilière) à quelques semaines du prochain congrès du PCC, le régime peut très bien engager une surenchère terrible en profitant de la « provocation » américaine. Le trauma chinois du XIX° siècle lorsque l’empire en déclin fut contraint de négocier des traités commerciaux inégaux pour conserver une façade de souveraineté, est en mesure de faire surgir un esprit revanchard. De plus, Pékin n’a jamais fait mystère de ces ambitions sur Taïwan : réintégrer Formose à la Chine est une mission historique. Or jusque ici, même les Etats-Unis éprouvaient des scrupules à franchir cette ligne rouge, on se souvient de l’avalanche de critiques essuyées par le Président D. Trump lorsqu’il avait téléphoné à son homologue taïwanaise. Ce tournant de la stratégie américaine constitue à l’évidence une rupture destinée à faire réagir Pékin.

Dès lors, la visite de Pelosi offre une opportunité à Pékin, l’Europe sera frileuse au vu de la situation en Ukraine et les Etats-Unis peuvent être testés dans la mesure où leurs alliés asiatiques (Japon Corée) répugnent à briser le statu quo. Si Xi est en mauvaise posture lors du prochain congrès, le risque est grand que la stratégie choisie pour faire taire les critiques prenne la forme d’une accentuation de la rhétorique anti taïwanaise. Or, si l’on peut reconnaître une chose au PCC depuis l’ère Deng Xiaoping c’est sa capacité à tenir ses projets majeurs, qu’ils soient économiques, scientifiques, politiques…ou militaires. La Chine est à la recherche d’un second souffle. L’horizon 2049 pour les 100 ans de la Chine communiste, se rapproche. Pour cette date, la Chine doit être la première puissance mondiale dans tous les domaines et son intégrité territoriale devra nécessairement être achevée. Les livres blancs chinois sont, en la matière, particulièrement explicites.

L’autre impensé français réside dans notre relation aux Etats-Unis et à leur politique étrangère. Il y a 20 ans de cela, la France s’était opposée frontalement aux Etats-Unis au sujet de l’Irak. Depuis tout a changé sans qu’une décision politique explicite autre que la réintégration dans le commandement intégré de l’OTAN par Sarkozy en 2007 ait été prise. Cette réintégration s’accompagne d’un ralliement absolu et en toutes circonstances à la politique américaine sauf…sous Trump, président détesté et détestable mais sous le mandat duquel aucune crise majeure n’a éclaté. Pour le reste, rien venant de Paris ne semble pouvoir atteindre la virginité de l’oncle Sam. Mais qu’en pensent les Français. Considèrent-ils que le monde proposé par les Etats-Unis soit viable et durable ? Face aux défis immenses, en particulier énergétiques, sociaux et environnementaux, le modèle américain est-il un exemple à suivre ?

C’est précisément ce que dit Mélenchon, il faut « faire avancer au plus vite et le plus efficacement possible une politique internationale altermondialiste. Ce mot désigne une politique centrée sur l’intérêt général humain. Autrement dit : essentiellement concentrée sur les questions de la réparation et de la protection de l’écosystème planétaire. Les USA peuvent comprendre que le réchauffement climatique est une réalité et non un délire gauchiste. Ils peuvent comprendre qu’une guerre de plus ne fera que rendre plus difficile toute solution sur ce sujet prioritaire. »

Dès lors, l’aveuglement de Mélenchon consiste-t-il à voir plus loin que les autres ? Il convient en réalité d’engager une discussion avec Washington sur la base de l’intérêt général humain. Les Etats-Unis n’ont pas intérêt à précipiter l’effondrement qui guette, leur inventivité, leur niveau technologique, bref leur puissance peut et doit servir d’autres causes que leur seule hégémonie. Ils en sortiraient grandis. Se contenter d’être leur caniche, ne leur servira pas, ne nous servira pas. Tout au plus, nous Français et nous Européens pourrons-nous tenter de nous disculper en disant ce n’est pas notre faute.

Enfin, une méthode est esquissée : « Notre choix du « non-alignement » ne se conçoit pas comme une neutralité. Tout au contraire. Mais il suppose que les principes ne changent pas selon l’interlocuteur. On le comprend mieux si l’on saisit que le non-alignement est surtout un moyen d‘action. Un moyen pour rendre possible ce qui doit être essentiel à nos yeux. […] Le non-alignement inclut le dialogue tous azimuts. » Le chemin peut sembler ardu, surtout aux plus suivistes. Il comporte pourtant infiniment moins de risques qu’un alignement béat et surtout il offre la possibilité de refonder les relations internationales, sur le respect du droit international et l’intérêt général humain. Accueillir le dirigeant criminel d’Arabie saoudite avec les honneurs et collaborer avec la Qatar esclavagiste en vue de la coupe du monde de football la plus carbonée de l’histoire, est infiniment plus lourd de conséquences que de dire que la question taïwanaise doit se régler entre Chinois et qu’il faut éviter d’y jeter de l’huile sur le feu.

De là où il est, Mélenchon ouvre un débat fondamental et fait des propositions. C’est le seul à le faire. C’est cela qui lui est reproché, le fait de penser, par lui-même.

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