Mehdi Meklat, le FN et les retours de bâton

Si la condamnation des tweets de Mehdi Meklat est unanime, la question « à qui profite le crime » divise. Comment condamner sans « stigmatiser les jeunes de banlieue issus de l’immigration », sans ouvrir un boulevard aux idées d’extrême droite ? Comment dénoncer sans ambiguïté ?

Si la condamnation des tweets de Mehdi Meklat est unanime, la question « à qui profite le crime » divise. Comment condamner sans « stigmatiser  les jeunes de banlieue issus de l’immigration », sans ouvrir un boulevard aux idées d’extrême droite ?  Comment dénoncer sans ambiguïté ?

Rappelons les propos d’Emmanuel Todd après les manifestations de Janvier 2015 qui suivirent le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo : « « Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu – et même un devoir – et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. » . (L’Obs du 30 mai 2015). La manifestation contre la violence djihadiste était transformée, par E.Todd, en manifestation contre « les gens les plus faibles de la société », quasiment en manifestation raciste et donc favorisant les idées du FN. Cette entorse à la pensée nous guette à chaque moment de notre histoire. Ainsi, du temps de l’URSS de Staline, dénoncer le goulag, les procès politiques, n’était-ce pas donner un coup de main au capitalisme international, à la CIA et que sais-je encore ? Pour ceux qui ont l’esprit de chapelle, ceux pour qui la vérité vient de leur parti, de leur groupe de pensée, tout désaccord est insupportable, peu importent les faits. Ainsi, Aujourd’hui, il est  pathétique de voir de nombreux électeurs de F. Fillon fuir la réalité pour pouvoir continuer à soutenir leur leader. Tour à tour, les médias sont dénoncés, puis le pouvoir socialiste et, pour couronner le tout, les juges. Rien n’échappe à leur courroux et tous les faits sont escamotés

Mais revenons à notre sujet : dans l’affaire des tweets de Mehdi Meklat, qui favorise les idées du FN ?

Pascale Clark  en invitant Mehdi Meklat sur France Inter pendant cinq ans, alors qu'elle connaissait les tweets de son double virtuel Marcelin Deschamps, n’est-elle pas responsable du boulevard offert au FN ? Cette  journaliste a  permis à Mehdi Meklat de devenir une icône pour une jeunesse déboussolée et ainsi de donner prétexte à un racisme anti musulman.

Il faut se souvenir que, alors que Mehdi Meklat  déversait ses appels aux meurtres «  Faites entrer Hitler pour tuer les juifs »(24/02/2012), Mohamed Mérah assassinait froidement un militaire et plusieurs juifs dans une cour d’école. Pendant qu’il le premier diffusait ses tweets haineux « Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo »  ou « Je crache des glaires sur la sale gueule de Charb et tous ceux de Charlie Hebdo » (30/12/ 2012), d’autres préparaient le massacre de la rédaction  de janvier 2015. Il y a une relation entre ce déversement haineux et les auteurs  des attentats. C’est se voiler la face que ne pas comprendre comment les  fanatiques de 2015 et 2016 en France, en Belgique et en Allemagne sont les meilleurs propagandistes de la fachosphère. La possibilité pour l’extrême droite de créer la confusion entre Mehdi Meklat et les jeunes de banlieue n’est-elle pas ouverte par ceux qui mettent sous les lumières des médias ce type de porte-parole ? N’y a-t-il pas d’autres personnes à mettre en avant ? En faisant de ce couple de « Kids » la figure emblématique des jeunes de talent issus de l’immigration,  ces médias fournissaient une image idéale aux fantasmes extrémistes.

Mais Pascal Clark n’est pas la seule à soigner son audimat par le caractère provocateur de ses chroniqueurs. Les deux compères  furent mis en scène par les Inrocks, le supplément du Monde, Libération, Le Bondy Blog qui n'avaient pas forcément conscience de leur double jeu. Médiapart, a su garder ses distances en ne leur donnant une tribune qu’un bref moment lors d’un Médiapartlive et, je le pense, dans  l’ignorance de leurs tweets.

Tout ceux qui ont participé, en connaissance de cause, à fabriquer et à offrir une tribune le au couple des « Kids », Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, dit Badrou, ont contribué à renforcer les idées racistes.

Joseph Confraveux fait fausse route dans son article « L’hiver du vivre ensemble » quand il attaque  le Printemps républicain pour avoir dit  « le plus grave dans l’affaire (…), c’est la responsabilité des médias qui l’ont embauché, soutenu, promu, encensé… ». De toute évidence sans l’amplificateur de médias, les « Kids » seraient restés d’anonymes blogueurs passibles des tribunaux.

Trois raisonnements sont en concurrence :

 Pour deux d'entre eux, la faute logique et politique à la base de la confusion, tient dans la prémisse : Mehdi Meklat est le porte-parole des "jeunes de banlieue" (i.e. d'origine maghébine, africaine , caraïbe...). Elle implique que tous les jeunes de banlieue sont d'accord avec les paroles de Mehdi Meklat.

 -Or Medhi Meklat profère des horreurs.

 - Donc les jeunes de banlieue pensent des horreurs.

Conclusion de ce raisonnement 1 : tous les jeunes de banlieue sont nos ennemis. Cela convient au FN, alors même qu'il est prêt à relayer pour son propre compte les horreurs antisémites de Medhi Meklat.

Raisonnement 2 : on accepte la prémisse en y ajoutant l'idée que les jeunes de banlieue sont des opprimés.

 Conclusion : les opprimés pensent des horreurs mais il ne faut pas trop les dénoncer, sinon on est contre les opprimés.

 Raisonnement 3: on récuse la prémisse, en dépit des affabulations médiatiques. Non, Medhi Meklat n'est pas porte-parole des jeunes de banlieue. Ses propos n'engagent que lui et ceux qui partagent ses idées. Donc, on peut le critiquer sans porter atteinte aux jeunes de banlieue et aux  opprimés. Rattacher les tweets de Mehdi Meklat ou les propos des auteurs d’attentats, aux jeunes de banlieue, aux opprimés ou aux musulmans c’est participer à la confusion dont se nourrit le FN.

 C'est bien sûr ce troisième raisonnement que je valide.

 E. Debono dans Le Monde du 24/02/17 pose la question :   "Le caractère raciste d’un acte disparaît-il quand il est produit par le « racisé » ? […] L’affaire montre que cette inscription de l’ignoble, au vu et au su de tous, n’était pas à même de jeter l’opprobre sur le jeune talent […] La haine bénéficie-t-elle d’un filtre lorsqu’elle se trouve exprimée par une personne issue d’une catégorie vulnérable et effectivement cible du racisme ?" N’est-ce pas dans cette mansuétude que se développe la propagande raciste ? .Comment condamner les propos antisémites d’un Jean Marie Le Pen lorsque l’on a facilité  le déversement des propos abjects d’un Mehdi Meklat?  

 Faire de ces deux jeunes une figure emblématique des banlieues c'est se joindre aux irresponsables qui "font la courte échelle" au FN. Comment mieux affaiblir la Gauche que de la trouver mêlée à de tels dérapages? Confraveux se plaint des attaques subies. Il se trompe. C’est comme  si le PS  se plaignait des révélations de Médiapart dans l’affaire Cahuzac. Etait-ce Médiapart le responsable des attaques subies par le PS après la divulgation des pratiques délictueuses de son ministre des finances ou  ceux qui l'ont chargé de la répression de la fraude fiscale? Lorsque les pratiques sont  contraires aux principes avancés, lorsque l’on se permet de couver des ignominies en son sein, l’on renforce ses adversaires et  le retour de bâton est  douloureux.

 Alors plutôt que de pleurer sur la méchanceté de ceux qui dénoncent, à juste titre, le manque de vigilance à l’égard des « Kids », soyons attentifs à ne pas offrir, à nos ennemis, le FN, les armes pour nous battre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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