Trois ans après : Toujours Charlie.

Trois ans après, qu'en est-il de Charlie et de ses journalistes? Trois ans que les survivants de ce massacre, unique en France, tentent de perpétuer la liberté de la presse et le droit de se moquer, des religions comme du reste

Trois ans après, qu'en est-il de Charlie et de ses journalistes? Trois ans que les survivants de ce massacre, unique en France, tentent de perpétuer la liberté de la presse et le droit de se moquer, des religions comme du reste. Trois ans, en France, au pays des droits de l'homme, qu' ils doivent se terrer, payer des vigiles, installer des sas, des systèmes de sécurité pour continuer à user de cette liberté sans laquelle il n'y a pas de liberté de penser ni de démocratie. Trois ans que ces journalistes courageux travaillent la peur au ventre, sursautent au bruit des pas d'un passant dans la rue, évitent les lieux publics, craignent pour leurs enfants, leur compagne ou leur compagnon, changent d'adresse, vivent sous protection policière. Trois ans que les familles des journalistes assassinés,Charb, Wolinsky, Cabu, Tignous, Philippe Honoré, Bernard Maris, Elsa Cayat, Mustapha Ourad (correcteur) tentent de se reconstruire, ainsi que celles de Frank Brinsolaro (protection policière de Charb), Ahmed Merabet (policier), Frédéric Boisseau (agent de maintenance) et Michel Renaud (invité de la rédaction). Les survivants, Philippe Lançon (touché au visage), Fabrice Nicolino (touché aux jambes), Simon fieschi (le plus gravement blessé), Riss (touché à l'épaule) mettront des années pour récupérer des séquelles de leurs blessures, marqués à jamais dans leur corps et dans leur tête. Aujourd'hui Charlie a du mal à recruter de nouveaux journalistes, ceux qui sont sollicités ne voulant pas vivre l'enfer des rescapés. Depuis le 7 janvier 2015 chaque manifestation de soutien à Charlie nécessite des dispositifs policiers d'ampleur, certaines sont annulées, donnant ainsi satisfaction aux tueurs, comme les représentations de la pièce de théâtre de Charb tirée de "Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes".

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Affiche réalisée pour le MRAP en 2000. Je suis très tolérant, MC Productions / Charb, 1996

Dans deux jours ce sera le troisième anniversaire de la tuerie de l'hyper Casher où quatre clients, parce que supposés juifs, furent abattus. Grâce au courage de Lassana Bathily, jeune homme musulman d'origine malienne, les victimes ne furent pas plus nombreuses. Après les meurtres de Toulouse commis par Mohamed Mérah beaucoup de juifs ne se sentent plus en sécurité en France. Une policière, Clarissa Jean-Philippe(originaire de Martinique) est morte à Montrouge, en faisant son travail.

Des personnes, victimes d'un racisme de longue date, sont maintenant assimilées par l'extrême-droite aux tueurs à cause de leur ressemblance physique ou patronymique. Pour eux aussi la France, leur pays, est devenue moins sûre .

Dans les tourmentes qui secouent la planète, le pays se crispe et s'interroge. Certains, dans ces circonstances dramatiques, voudraient ne s'associer qu'à la douleur ou à la colère de ceux qui leur ressemblent. C'est le moment de dire qu'au-delà des divergences légitimes que nous pouvons avoir les uns vis-à-vis des autres, nous avons besoin de déclarer solennellement que rien ne peut excuser cette violence, que nous sommes toujours Charlie parce que nous tenons à nos libertés,.

 



 

 

 

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