Pour les musulmans, contre l’islamisme

 Le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et des deux policiers est un choc extrême qui, au-delà de la solidarité avec les victimes et leurs familles, au-delà de la compassion et de la révolte, doit nous donner à réfléchir. L’irréparable est accompli, il faut ne pas se tromper d’adversaire et prendre la mesure d’un combat mortel.

 

Le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo et des deux policiers est un choc extrême qui, au-delà de la solidarité avec les victimes et leurs familles, au-delà de la compassion et de la révolte, doit nous donner à réfléchir. L’irréparable est accompli, il faut ne pas se tromper d’adversaire et prendre la mesure d’un combat mortel.

Nous devons riposter à ceux qui considèrent que la liberté d’opinion n’est acceptable que lorsqu’elle ne va pas au-delà de la bienséance. Charlie Hebdo allait plus loin. Parmi ceux qui pleurent aujourd’hui les victimes du massacre, certains dénonçaient leur outrance. Ils allaient même jusqu'à parler de coup de pub pour booster leurs ventes et sortir de leurs difficultés financières en se payant les musulmans. Ils n’avaient pas voulu voir que les caricatures de Mahomet ne visaient pas les musulmans mais les islamistes.

Lorsque Charlie Hebdo fut victime en 2011 d’un attentat qui mit le feu à ses locaux, et détruisit matériel et archives, certains ont pétitionné : « Pour la défense de la liberté d’expression, contre le soutien à Charlie hebdo ». Ce texte contenait entre autres ignominies : «  que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des "extrémistes musulmans", en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.

Qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première "affaire des caricatures" - bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières. » (Les Mots Sont Importants http://lmsi.net/Pour-la-defense-de-la-liberte-d)

Ces partisans de la liberté d’expression - uniquement pour des idées qui leur conviennent -ignorent  que la liberté est d’abord le droit à porter la plume où cela fait mal,  le droit aux opinions qui dérangent, le droit à l’outrance,  le droit au blasphème. S’attaquer à cette liberté c’est s’attaquer à la démocratie.

Aujourd’hui la preuve est faite, dans l’horreur, que les journalistes de Charlie Hebdo se battaient pour la liberté tout court et que c’est pour cette liberté qu’ils sont morts. Nous ne l’oublierons pas. Quand aux pétitionnaires, la bassesse qu’ils attribuaient à ces journalistes courageux, était la leur.

Et puis, alors que l’art d’entretenir la confusion s’est développé dans les polémiques récentes,   il nous faut préciser que les racistes, les théoriciens de l’affrontement communautaire, n’ont rien à voir avec ceux qui critiquent légitimement les prétentions religieuses à diriger le monde. Un abîme sépare ceux qui défendent la démocratie et la laïcité des racistes et des fondamentalistes. Les différences d’appréciation sur la crèche Baby Loup ou sur la loi de 2004 sur «  le port des signes religieux ostentatoires à l’école » ne marquent pas le bon clivage. Elles ne renvoient pas les partisans de la loi dans le camp des résurgences fascistes d’un Renaud Camus ou d’un Eric Zemmour, ou ses opposants dans les bras des intégristes musulmans. Nous devons définir le camp de la démocratie, celui où les adaptations des lois à l’apport de la religion et de la culture musulmane, sont pesées à la balance de la laïcité, de la liberté de conscience, de l’égalité des hommes et des femmes et de tous les citoyens.

A vouloir ancrer nos désaccords dans des oppositions religieuses ou communautaires, nous ne ferions que préparer les guerres de demain.

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