Pour des assises nationales de la gauche

Que faire pour que la faillite de la présidence Hollande ne soit pas celle de toute la gauche ? Il nous faut partir d’un élément essentiel d’analyse : le PS se liquéfie sur place miné par la politique du gouvernement. Il est disqualifié pour jouer un rôle dans la reconstruction d’une politique qui ne soit pas néolibérale.

Que faire pour que la faillite de la présidence Hollande ne soit pas celle de toute la gauche ? Il nous faut partir d’un élément essentiel d’analyse : le PS se liquéfie sur place miné par la politique du gouvernement. Il est disqualifié pour jouer un rôle dans la reconstruction d’une politique qui ne soit pas néolibérale. H. Emmanuelli disait « qu’il était en coma profond », Paul Krugman lucide parle «  d’effondrement intellectuel », plus définitif encore le verdict de Pierre Dardot et Christian Laval : «  La gauche dite ‘social-démocrate’ s’est condamnée au néant politique en se faisant l’agent des contraintes de la mondialisation capitaliste et de la finance de marché » (Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle)  Une politique néolibérale, deux déroutes électorales font qu’aujourd’hui il est sans projet, sans ressort interne, sans appui externe.

24 000 de ses 60 000 élus locaux ont été éliminés aux dernières municipales. En perdant ses élus, il perd en même temps sa clientèle, celle qui lui était liée par les bénéfices personnels qu’elle pouvait tirer de sa proximité avec le pouvoir. Un seul exemple montre l’ampleur du rejet. Dans le bureau 1333 à Marseille le taux de participation a été de 12,90%,  V. Peillon (PS) a obtenu 42 voix sur 1395 possibles. Alors qu’au premier tour de la présidentielle 70 % des inscrits étaient venus voter, plaçant François Hollande  largement en tête.

S’il perd de son poids en perdant son électorat et sa clientèle, il se vide aussi de sa substance en voyant une partie importante de ses députés entrer en rébellion. Ils ne craignent plus de perdre l’investiture du parti qui pourrait s’avérer plus une charge à porter qu’une assurance de réélection. La constitution du groupe des socialistes affligés,  apparaît comme un premier pas  vers la sortie alors que celle des féministes est déjà effective…

La rupture  gouvernementale  d’EELV s’ajoute à l’affaiblissement intérieur du PS, alors que l’alliance EELV-FDG à Grenoble montre qu’une alternative crédible, s’appuyant sur un milieu associatif actif, peut devenir majoritaire

Le résultat de Nouvelle Donne, 3% des voix exprimées, soit 550 000 voix pour un parti qui n’a que six mois d’existence, montre que le refus du PS s’exprime aussi à travers de nouvelles propositions et de nouvelles personnes.

Par ailleurs, les intermittents du spectacle, les cheminots en lutte, les mouvements protestant contre le traité transatlantique de libre-échange, ceux qui se fédèrent dans les Convergences 2014 avec Notre-Dame des Landes, bien d’autres mouvements sociaux, écologiques, culturels, ont appris à ne pas compter sur le PS pour se faire entendre.

 

Si nous prenons en considération ces éléments d’analyse nous voyons que le PS est mort comme parti dominant la gauche. Il deviendra un astre froid si les différentes composantes opposées à sa politique néo-libérale sont capables de s’unir en développant des comités  partout en France, élaborant les mesures urgentes qu’un autre gouvernement serait chargé de  mettre en place. Pourquoi ne pas convoquer pour la rentrée des assises nationales pour  définir ces éléments de programme ? Une alternative démocratique présentant  une série de mesures crédibles et applicables rapidement ne se fera pas autour du PS ni autour de tous ceux qui ont participé à  son naufrage. En cela je m’inscris en faux contre  l’avis de Gérard Filoche. La gauche ne sortira pas de cette impasse par un sursaut interne au PS mais par une initiative extérieure. Si une dynamique est créée, si se construit un horizon crédible, des citoyens de sensibilités diverses, écartés du monde politique par ses pratiques d’appareils, se retrouveront pour porter une alternative démocratique.

L’urgence de la situation sera, je l’espère, suffisante pour passer au-dessus des considérations de chapelles.

Des voix se font entendre qui appellent à ce sursaut : Clémentine Autain (Front de gauche) : « les composantes du FdG doivent faire des efforts de réorganisation interne et d'ouverture citoyenne en vue de la constitution d'un front plus large avec tous ceux qui « ne se reconnaissent pas dans l'orientation gouvernementale et veulent redonner des couleurs au mot gauche. » 

Samedi 14 juin, nous avons vu, à une même tribune, à la mairie du 11eme arrondissement de Paris,  Henri Emmanuelli (ex-premier secrétaire du PS), Pierre Laurent (Pcf), David Cormand (EELV), Laurent Baumel (frondeur du PS), pour discuter du thème « comment rassembler la gauche ? ». La réunion des états-majors des partis, nécessaire mais pas suffisante, devra aller de pair avec une large mobilisation des nombreuses associations, syndicats et mouvements qui se battent depuis des années de façon dispersée.  

On aimerait entendre un appel solennel de toutes ces composantes allant dans ce sens. Il y a urgence. L’agenda politique peut être chamboulé par une irruption imprévue de conflits sociaux ou sociétaux. Pourquoi, par exemple, autour de la lutte des intermittents du spectacle et des cheminots ne pas fédérer les combats des précaires, des chômeurs, des salariés ? Ne laissons pas ce vide politique  durer, sinon seules les propositions démagogiques apparaîtraient comme des réponses réalistes.

La survie du PS néo-libéral ne peut provenir que de l’incapacité pour la gauche de s’organiser rapidement pour porter une autre politique. Il ne s’agit pas de savoir comment s’en débarrasser mais de créer les conditions pour que son agonie ne soit pas celle de toute la gauche.

 

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