Qui a peur du commissaire Benjamin Stora?

Qui a peur du commissaire Benjamin Stora ?--------------------------------------------------Benjamin Stora « Trop orienté » aurait dit Maryse Joissains , maire d’Aix-en-Provence, sur le projet présenté par Benjamin Stora. Catherine Camus , la fille du prix Nobel, a avancé pour justifier sa rupture avec l’historien, que la demande du fonds d’archives serait arrivée tardivement et sans « axe de direction ». Exit donc la seule exposition en France prévue depuis trois ans, pour cet anniversaire. Elle devait être l’exposition phare parmi les manifestations organisées dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture en 2013.

Qui a peur du commissaire Benjamin Stora ?

--------------------------------------------------

Benjamin Stora « Trop orienté » aurait dit Maryse Joissains , maire d’Aix-en-Provence, sur le projet présenté par Benjamin Stora. Catherine Camus , la fille du prix Nobel, a avancé pour justifier sa rupture avec l’historien, que la demande du fonds d’archives serait arrivée tardivement et sans « axe de direction ». Exit donc la seule exposition en France prévue depuis trois ans, pour cet anniversaire. Elle devait être l’exposition phare parmi les manifestations organisées dans le cadre de Marseille capitale européenne de la culture en 2013.

Cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, cent ans après la naissance d’Albert Camus, la mémoire coloniale n’est pas apaisée.

 Alors que l’anniversaire des accords d’Evian n’a pas été l’occasion d’un retour sur l’histoire de la guerre d’Algérie, avec une parole croisée des deux côtés de la méditerranée, que les manifestations commémoratives furent discrètes et que la Mairie d’Aix-en-Provence annula au dernier moment une série de rencontres prévues de longue date, un pas de plus dans l’autisme de certains a été franchi avec  l’éviction de Benjamin Stora de sa responsabilité de commissaire de l’exposition prévue fin 2013 pour le centenaire de la naissance d’Albert Camus.

 

Le remplacement de B. Stora par Michel Onfray semble avoir levé toutes les difficultés pour Catherine Camus. : « J’ai rencontré M. Onfray et j’ai fait en sorte que le travail d’Albert Camus soit à sa disposition » (La Provence 16/09/12). Maryse Joissains qui avait manifesté des réticences à la responsabilité de Benjamin Stora soutient la nomination de M.Onfray, son remplaçant annoncé : « Si Marseille Provence 13 (coorganisateur de l’exposition d’Aix) ne soutient pas M.Onfray, je passerai à la vitesse supérieure ! Car ce serait un acte de censure digne des régimes soviétiques » (Le Monde 15/09/12). Avec ses obsessions habituelles, la maire veut bien que l’on parle d’Albert Camus mais le moins possible du passé colonial de la France en Algérie et surtout pas sous la responsabilité d’ un historien mondialement connu du maghreb. Elle a annulé, au moment du cinquantième anniversaire des accords d’Evian (19 mars 1962) la série de manifestations culturelles, conférences, expositions, films que différentes associations avaient programmée. Au même moment elle participait au théâtre de la ville à une manifestation d’organisations de « Français d’Algérie ». Ses choix politiques sont clairs. Elle dit partager les valeurs essentielles du F.N. tout en faisant partie de l’aile populiste de l’UMP. Proposition a été faite de nommer une rue d’Aix du nom de Bastien thiry*. Après les élections présidentielles du 6 mai elle a déclaré illégitime la victoire de F.Hollande et parlé du « traître »  de Gaulle signataire des accords mettant fin à la guerre d’Algérie.

 

Qu’allait faire M.Onfray dans cette "pétaudière" ? Jean Daniel, admirateur du philosophe, considère que « Onfray n’aurait jamais dû profiter du mauvais coup qu’on vient de faire à l’historien du maghreb ». Car en plus de devenir le champion de la maire d’Aix, M.Onfray est devenu, malgré lui, celui de l’Adimad, association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l’Algérie française. Son président J.F.Collin déclare : « Qu’on ait pu choisir B.Stora pour l’organiser (l’exposition A.C.) c’est une aberration ». Onfray lui semble un « homme plus mesuré » (Le Monde id.), et il ajoute que « B.Stora , cet israélite de Constantine, historien autoproclamé de la guerre d’Algérie et qui soutient les thèses du FLN est vomi par la communauté des Français d’Algérie » (Le Monde id.). Son vocabulaire, celui de l’extrême droite, montre bien que B.Stora dont la recherche et le discours prônent le dialogue entre les protagonistes d’hier, cadre mal avec les haines entretenues et ressassées des nostalgiques coloniaux. Il est cependant en accord avec l’esprit d’Albert Camus.

Quelle est la vision de M.Onfray ?  Il n’y a pas de raison de penser qu’elle aurait été différente , ni même qu’elle aurait satisfait ses défenseurs d’aujourd’hui. Ce que je pense c’est qu’il ne pouvait pas, si ce n’est  en renonçant à ce que je connais de ses positions antérieures, prendre la place de B.Stora dans les conditions actuelles. Je suis donc satisfait qu’il renonce à devenir le commissaire de l’exposition consacrée à A.Camus, même si ce renoncement apparaît tardif et dans les motivations , confus.

Roger Evano

*Jean Bastien Thiry : né le 19 octobre 1927 à Lunéville, fusillé le 11 mars 1963 au Fort d'Ivry, était un ingénieur militaire français, lieutenant-colonel de l'armée de l'air, connu pour avoir organisé et dirigé l'attentat du Petit-Clamart, le 22 août 1962, dans le but d'assassiner Charles de Gaulle, président de la république.

En complément à cet article j'ai mis en ligne sur l'édition "Cent Paroles" deux commentaires.

Le premier 17/09/2012, 13:03

le premier enseignement que je tire de cet événement c’est que les nostalgiques d’un passé colonial refusent tout discours ou confrontation avec des protagonistes ou historiens qui ne partagent pas leurs opinions.

L’éviction de Benjamin Stora ne peut pas avoir pour seule explication une demande tardive de documents d’archives auprès de Catherine Camus. Une telle difficulté, banale dans toute organisation d’un événement de cette importance,  se règle par la discussion sans  remettre en cause l’exposition elle même. Le feu vert accordé à Michel Onfray montre bien que la question n’était pas celle invoquée. La satisfaction de Maryse Joissains , maire d’Aix-en-Provence, et de nostalgiques de l’Algérie française est l’indice d’un clivage politique.

Je partage l’opinion de Jean Daniel quand il dit que Michel Onfray n’avait pas à accepter le remplacement de Benjamin Stora avant de connaître les raisons exactes de son éviction.

Il s’est rendu compte tardivement qu’il était devenu le champion d’une partie extrémiste d’anciens partisans de l’Algérie française et de la maire d’Aix-en-Provence qui en est proche.

Il en à tiré les conséquences lorsqu’il à compris dans quelle pétaudière il s’était mis. Je me réjouis qu'il n'ait  pas  persisté dans l’erreur. J’ai cependant trouvé sa déclaration : "La nef des fous" (ici) confuse et sans explication sur sa décision.

 

Le second 17/09/2012, 19:07

A lire la lettre de Michel Onfray qui accompagne l’annonce du retrait de sa candidature à la responsabilité de commissaire de l’exposition Albert Camus prévue pour la fin 2013 à Aix-en-Provence je reste circonspect devant l’accumulation d’attaques dont les cibles ne sont pas désignées. L’impression d’une grande gesticulation, de grands moulinets apparemment dans toutes les directions, mais en y regardant de plus près tout le monde n’est pas visé.

Qui a un « égo surdimensioné » ?,Qui sont les chiens « de la politique politicienne » ? Qui est fou, (« pathologies mentales ») ?,Quels sont les « réseaux qui intriguent » ? Qui sont les anciens « combattants d’extrême gauche reconvertis dans l’opportunisme social-démocrate » ?, les représentants de « L’impuissance universitaire » ?, les veules « institutionnels de la culture » ? les journalistes parisiens qui orchestrent ces « guerres picrocholines » ? Nous n’en saurons rien.  Moulinets, vociférations, attaques tous azimuts, voilà un langage peu philosophique et une argumentation inexistante.

Une seule cible est clairement repérable c’est la ministre de la culture Aurélie Philipetti qui avait annoncé son désaccord avec l’éviction de Benjamin Stora et qu’en conséquence le ministère de la culture ne financerait pas  l’exposition.

Mais dans cette « pétaudière » il manque un personnages essentiel, très présent et partie prenante dans les décisions : la maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, proche des nostalgiques de l’Algérie française. Celle ci se dit ravie de la nomination  de Michel Onfray : « J’ai reçu Michel Onfray et ça s’est très bien passé !J’étais ravie qu’il ait été choisi par Marseille Provence2013 et par Catherine Camus pour être le commissaire de l’exposition aixoise. Je lui ai d’ailleurs exprimé ma joie lorsque je l’ai rencontré. » (La Provence 16/09/2012) .

 Si l’on ne reconnaît pas les cibles secrètes visées par Michel Onfray il y en a une qui manque c’est l’extrême droite pourtant clairement apparue dans cette pétaudière. Est-ce que dans son emportement, son coup de colère Michel Onfray ne se battrait-il pas contre des moulins à vent en oubliant l’extrême droite , un adversaire bien réel ?  

A lire aussi le point de vue de Salah Guemriche : http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-guemriche/050912/michel-onfray-versus-benjamin-stora

Vous trouverez sur l'édition "Cent paroles" la lettre que Delphine Renard a adressée à Catherine Camus

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.