A la veille de Noël, si Médiapart nous faisait un cadeau ? Rêvons un peu.

C'est la lecture de Ouest-France qui m'a donné cette idée. Ce journal de longue tradition catholique ne cache pas ses sympathies politiques. L'édito du jour, de Jeanne Emmanuelle Hutin, voudrait nous apitoyer sur le sort « des milliers de personnes [qui] n'ont pu se rendre au travail. C'est particulièrement grave lorsqu'elles prennent soin de malades ou de personnes âgées »

C'est la lecture de Ouest-France qui m'a donné cette idée. Ce journal de longue tradition catholique ne cache pas ses sympathies politiques. L'édito du jour, de Jeanne Emmanuelle Hutin, voudrait nous apitoyer sur le sort « des milliers de personnes [qui] n'ont pu se rendre au travail. C'est particulièrement grave lorsqu'elles prennent soin de malades ou de personnes âgées » et, au passage, apporte son soutien aux dirigeants de la CFDT qui ont mis fin à la grève pour Noël. Pas un mot sur la prétention du gouvernement de baisser les retraites ce qui revient à ignorer les personnes âgées qui (sur)vivent, par exemple, avec 800 euros par mois et qui souffrent depuis des années d'une politique qui aggrave les inégalités et détériore leurs conditions de vie. La compassion pour les pauvres est à géométrie variable.

Donc ce journal qui a de la considération pour les pauvres victimes des méchants grévistes a cependant un intérêt : il n'est pas sectaire.

Samedi 21 décembre, il donnait, en dernière page, un long interview, d'André Conte-Sponville sous le titre « Un athée qui croit à Noël ». Certes André Conte-Sponville n'est pas un révolutionnaire, cependant il s'en prend aux fondements de la croyance religieuse quand il dit : « Une croyance si commode, si désirable, si consolante, il y a tout lieu de penser qu'elle a été inventée pour cela. Nietzsche là-dessus a une formule formidable : 'La foi sauve, donc elle ment ' ». Nous trouvons de temps en temps, dans ce journal, une ouverture à des auteurs et des articles surprenants qui cadrent mal avec la philosophie de la famille des propriétaires, les Hutin. On y trouve les communiqués de toutes les organisations politiques et des comptes-rendus de leurs manifestations. Cela permet à Ouest-France de conserver sa grande audience sur la région ce qui n'est sans doute pas, dans l'esprit de sa direction, une considération commerciale secondaire.

J'en reviens à ce cadeau que Médiapart pourrait faire à ses lecteurs pour Noël.

Pourquoi ne pas rendre visibles dans ses colonnes des auteurs qui n'épousent pas sa ligne éditoriale ? Pourquoi ne pas créer cet espace de débat où le lecteur trouverait des controverses, des ouvertures, des pensées iconoclastes, innovantes où des petites « vérités » se frotteraient les unes aux autres ? Où l'investigation se développerait dans des domaines qui restent des «terrae incognitaedes journalistes de Médiapart, non par manque de moyens mais parce que leur curiosité ne doit pas s'exercer dans des territoires protégés des “Vérités” de Médiapart.

Le journal des croyants catholiques, Ouest-France, donne la parole à un athée. Quand Médiapart donnera-t-il la parole à celles et ceux qui remettent en cause ses “Vérités” ? Je ne pense pas la société démocratique comme un troupeau mené par un berger mais comme une société de citoyens éclairés par des médias indépendants qui donnent à penser mais pas que penser. Médiapart est mis en danger par sa trop grande homogénéité idéologique, d'où découle une arrogance intellectuelle et sectaire.

Tout le monde aura compris que Ouest-France n'est pas mon modèle. La surprise est venue de lire André Conte-Sponville dans ce journal l'avant-veille de Noël. A quand une surprise et un joli cadeau de Médiapart à ses lecteurs pour le nouvel an ? Mais je rêve et pourtant cela lui donnerait une autre dimension.

"Car un des traits définitoires de l’esprit pluraliste, c’est bien de parier que la diversité des points de vue est féconde, donc de reconnaître une part de légitimité aux opinions même de gens qu’on tient pour des adversaires idéologiques, de leur donner raison aussi longtemps qu’on le peut avant de marquer à partir de quel point, de quel franchissement de ligne rouge on ne peut plus que leur donner tort. "1 Vincent Message interview dans Diacritik)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 https://diacritik.com/2016/01/08/le-grand-entretien-vincent-message-defaite-des-maitres-et-possesseurs/

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