Laïcité : de l’islamisme comme abêtissement (Réponse à Jean Baubérot)

Nous pouvons retourner l’avis péremptoire de Jean Baubérot pour éclairer ce qu’il a de réducteur : «  il y aurait, en gros, ceux qui seraient mous face à l’islamisme radical, au risque terroriste, aux « atteintes à la laïcité », et ceux qui seraient plus fermes aux « atteintes à la laïcité ».

Nous pouvons retourner l’avis péremptoire de Jean Baubérot pour éclairer ce qu’il a de réducteur : «  il y aurait, en gros, ceux qui seraient mous face à l’islamisme radical, au risque terroriste, aux « atteintes à la laïcité », et ceux qui seraient plus fermes aux « atteintes à la laïcité ».

Jean Baubérot ne semble pas connaître la complexité de la différence entre le « ou » et le « et ». Il ne semble pas imaginer que l’on peut être à la fois contre l’islamisme radical et contre les travers de la société occidentale capitaliste et de sa responsabilité dans le développement en cours de cet islamisme. A force de poser des questions binaires, on apporte des réponses simplistes « d’une bêtise totale »

En quoi «  la condamnation de l’islamisme radical » ne permettrait pas de « porter un regard sur [son] propre camp », en quoicela vaut-il crédit à «  l’occident » ?

N’est-il pas possible de critiquer la destruction du patrimoine archéologique de la Syrie  et de « mettre à jour les responsabilités de mon pays dans l’appauvrissement culturel actuel »?. Kenzaburô Ôé comme intellectuel japonais ne peut-il porter les yeux au-delà de ses frontières et « balayer devant sa porte » ? Qu’est-ce que ce message nationaliste ? Notre responsabilité est planétaire. A l’heure de la mondialisation nous ne pouvons ignorer ce qui se passe sur la planète, les différents évènements interfèrent, les conflits peuvent à tout moment s’étendre. Notre avenir est engagé et nous ne devons pas oublier les populations en première ligne.

Et puisque Jean Baubérot parle de jugement de l’histoire faut-il lui rappeler les fausses alternatives dans lesquelles des esprits éclairés voulaient nous enfermer ?

Au  ‘beau’ temps de la dictature stalinienne sur l’URSS. : si on était contre le stalinisme on était ennemi de la classe ouvrière et favorable aux capitalistes et à l’impérialisme américain. Innombrables sont-les  d’intellectuels « éclairés » à avoir fait le voyage à Moscou pour manifester leur préférence. L’histoire à jugé.

Au « merveilleux »  temps de la révolution culturelle en Chine, les grands esprits (Sartre et beaucoup d’autres) nous indiquaient les choix décisifs : soit on soutenait MaoTsé Tong soit on était un allié « objectif » des américains. La nouvelle bible de l’ultra-gauche était le « petit livre rouge ». D’après Simon Leys la révolution culturelle coûta la vie à 40 millions de chinois. L’histoire a jugé.

Le retour de Khomeyni à Téhéran après la destitution du Chah d’Iran fut salué par un intellectuel aussi remarquable que Michel Foucault. La mise en place d’une dictature religieuse islamiste n’était pas vue d’un mauvais œil du moment que l’allié des américains s’en allait. Qu’en disons nous aujourd’hui ?

Pendant la guerre du Viet-Nam, l’Extrême-gauche (j’y étais) défilait avec comme mot d’ordre : « Viet-Nam, Laos, Cambodge, FLN vaincra ». Si la victoire des vietnamiens était espérée face à la guerre impérialiste menée par les américains, nous étions bien aveugle sur la nature du FLN cambodgien. Pol Pot et sa clique organiseront méthodiquement le génocide du peuple. Deux millions de cambodgiens seront assassinés, le critère de l’exécution était la proximité avec l’occident et avec la culture. Le port de lunettes était considéré comme marque de l’intellectuel et celui-ci exécuté. Lorsque les vietnamiens libèreront le Cambodge de cette dictature ils trouveront en face d’eux la Chine ennemi traditionnel du Vietnam et allié du pouvoir génocidaire

Il fallut des intellectuels comme Simon Leys, connaisseur de la Chine, de sa langue, de sa culture pour nous faire connaître la réalité de la Chine de Mao encensée par des ignorants.

C’est à des auteurs comme Albert Camus et Georges Orwell que nous devons le refus des alternatives simplistes. Ce dernier « dans une lettre adressée à Malcolm Muggeridge (4 décembre 1948) il y a un propos [ de G.Orwell] qui me semble de fondamentale importance : « La vraie distinction n’est pas entre conservateurs et révolutionnaires mais entre autoritaires et libertaires ». (cf le «Studio de l’inutilité » de Simon Leys p.84.

 

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