En Corse, qui est l’Autre ?

( En réponse au parti pris d’E. Plénel ) Dans ces dramatiques faits divers corses il y a plusieurs Autres. Dans le déroulement des faits il y a d’abord l’Autre, les pompiers venus dans la cité attirés dans un guet-apens, attaqués à coups de pierres et menacés dans leur véhicule. Puis le lendemain un autre Autre, des musulmans attaqués à travers leur lieux de culte.

Dans un premier temps nous sommes dans ce qui se révèle de plus en plus fréquemment, une pratique de bandes qui s’attaquent à des représentants de la solidarité citoyenne, des pompiers sans défense, dont la fonction est de secourir des personnes en difficultés. Ce guet apens odieux  manifeste la volonté de se constituer des lieux où règnent les lois mafieuses, où les trafics peuvent se perpétuer à l’abri de la loi commune.

Le second épisode est la manifestation de soutien à ces pompiers qui dégénère en manifestation raciste anti musulmane. Acte inqualifiable, résurgence de pratiques fascistes où les religieux musulmans sont considérés comme les responsables des incidents de la veille.

Ce qui vient de se passer en Corse est, en moins dramatique,  l’enchainement qui a vu tout au long de l’année 2015 des attentats suivis de ripostes racistes, puis de nouveaux massacres suivis de mesures draconiennes limitant les libertés de chacun. Les manifestations racistes furent limitées, heureusement, comparées à l’ampleur des attaques subies. Si nous n’appréhendons pas les différents éléments de l’enchainement nous aurons une vision partielle de ce qui s’est passé. C’est ainsi qu’ Emmanuel Todd en renonçant « à prendre en compte ce qui s’est passé le 7 – mais aussi le 8 et 9 janvier[...] pour se focaliser sur les seules manifestations du dimanche 11 janvier s’interdit de comprendre ce qui se joue dans la France d’aujourd’hui » (Gilles Kepel Terreur dans l’hexagone P. 293). Edwy Plénel fait la même erreur. En ne voyant l’Autre que sous la forme du musulman attaqué à travers son lieu de culte, il fait disparaître l’Autre le pompier représentant le bien commun. Si pour le militant d’extrême droite l’Autre c’est le musulman, pour le fanatique djihadiste l’Autre c’est le mécréant qui fréquente les terrasses et les salles de concert. Ils agissent en miroir. Les uns servent d’arguments aux autres pour former  une spirale de violence. Si nous ne voulons pas alimenter cette dialectique mortifère il nous faut prendre les deux bouts de notre histoire. Montrer que le petit trafiquant qui attaque les pompiers alimente les dérives racistes, comme les auteurs des massacres de janvier et novembre  fournissent des armes aux extrémistes  de tout bord, qui, à leur tour, radicalisent des jeunes en déshérence. La machine de guerre est en route. A nous de nous  opposer aux trafiquants, aux racistes, aux fanatiques religieux. Tous ceux qui ne voient qu’un des dangers ne font que renforcer l’autre camp.

Edwy Plénel après son livre « Pour les musulmans » et cet article « Contre les islamophobes, en défense de l’Autre » persiste dans sa vision unilatérale. 

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