La colonisation est bien un crime contre l’humanité

Emmanuel Macron vient de déclarer le 14 février 2017 à Alger que la colonisation était un crime conte l'humanité. Qu'en penser ?

La colonisation n’a pas seulement connu des « actes de barbarie » comme les crimes de guerre et la torture des années 1954-1962, les massacres de Sétif et Guelma en 1945, la répression terrible des révoltes de Moqrani et de Bouamama dans les années 1870-1880, les exterminations successives de populations entières comme celles de Laghouat en 1852 et de Zaatcha en 1849, les enfumades et les emmurades des Shébas et du Dahra en 1844-1845, etc. C’est vraiment « un crime », comme a osé le déclarer Emmanuel Macron à Alger, et de surenchérir : « un crime contre l’humanité »[1]. « Insulte inqualifiable à l’honneur de la France » s’écrie-t-on, ulcéré, chez les nostalgiques de la colonisation, « maladresse » coupable pour les autres, ergotant sur le fait que la notion de « crime contre l’humanité » est une notion juridique bien précise qui ne saurait s’appliquer à la colonisation. N’eut-elle pas en effet des « côtés positifs » ?[2]

Sauf que cette notion est d’abord d’un flou sans pareil : elle n’est pas la même dans le droit français et le droit international, si bien que l’on peut s’empailler à perte de vue. Or le droit peut évoluer, même le droit français : il a fallu, figurez-vous, attendre 2001, soit exactement 207 ans après sa première abolition, et 153 ans après son abolition définitive pour le décaler « crime contre l’humanité ».

Or, « actes de barbarie » et « crimes de guerre » mis à part, le Code de l’indigénat est une nouvelle mouture du Code noir. En distinguant citoyens et sujets, il divise bien, comme le faisait le premier en séparant hommes libres et esclaves, l’espèce humaine en deux espèces, l’une à qui sont reconnus les droits humains et l’autre privée de ces droits. C’est là qu’est le crime contre l’humanité.

L’opportunisme politique d’Emmanuel Macron n’est pas à démontrer. Mais ne faisons pas la fine bouche : quelles que soient les raisons qui ont poussé l’homme à formuler ces paroles sur la colonisation, elles sont au-delà des circonstances et des contingences, une vérité d’évidence. Même s’il faudra vraisemblablement attendre pas mal de temps avant qu’elle ne soit sanctionnée par le droit.

 

 

 

Cet article figure sur mon site personnel à la rubrique Notes au fil du temps, voir http://roland.laffitte.pagesperso-orange.fr/prss_prss_empi_05.htm. 

 

 


[1] Le 14/02/2017 sur Echourouk TV.

[2] Je renvoie ici mon article intitulé « Le “rôle positif” de la colonisation au banc de test de l’École en Algérie », paru dans 1962-2012 : Où en sommes-nous de l’Empire ?, Actes de la Journée d’études organisée à Paris, le 23 juin 2012 par Roland Laffitte & Gnôsis‒Éditions de France, Textes édités et présentés par Roland Laffitte, Paris :Gnôsis‒Éditions de France, 2014, 101-138, voir http://roland.laffitte.pagesperso-orange.fr/prss_Afg%C3%A9rie_02.htm Le 14/02/2017 sur Echourouk TV.

 

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