Petit guide argumenté pour la défense des MMA

Avec la récente prise de parole de Roxana Maracineanu concernant une future légalisation des Mixed Martial Arts en France, les pratiquants et amateurs de ce sport peuvent enfin sortir la tête de l’eau. Prévue pour Septembre 2019, la concrétisation du projet amènera à la mise en place de compétitions sur le territoire national ainsi qu’à la création de diplômes de formateurs homologués.

Combat de MMA au Japon (photo libre de droit) © Wallpaper Flare Combat de MMA au Japon (photo libre de droit) © Wallpaper Flare

La nouvelle, comme toute discussion touchant de près ou de loin aux Mixed Martial Arts, a scindé de manière drastique l’opinion publique comme c’est le cas depuis plusieurs années. Bien qu’il soit devenu courant de voir les cadres de la Fédération Française de Judo s’opposer à une quelconque avancée de la discipline pour des raisons politiques, il est malheureux de constater que la majorité des anti-MMA français se compose de gens du quotidien particulièrement mal informés sur le sujet. Fans de sports plus établis ou simples consommateurs d’information, ces observateurs lointains brandissent en permanence des arguments sortis d’un autre temps, qui n’ont malheureusement plus aucune pertinence dans le débat actuel.

Étant moi-même amateur de MMA, et ayant eu la chance d’y avoir goûté pendant plusieurs mois, il m’est venu à l’esprit de tordre le coup (avec un Front Facelock de préférence) à ces idées reçues. Puisqu’il est essentiel d’avoir dans notre société des débats contradictoires, mais néanmoins argumentés, le temps est venu d’actualiser la rhétorique sur ce sport souvent mal compris. Je vous propose donc un petit guide de réponses pratiques à adresser à tous les utilisateurs d’attaques "ad personam" que vous avez sûrement déjà rencontré dans vos vies.

 

Premier mythe : En MMA tous les coups sont permis

Cette accusation classique, lancée de manière systématique, n’a plus aucune véracité depuis bientôt 20 ans. Si les premières compétitions organisées par l’Ultimate Fighting Championship (première organisation mondiale de MMA) étaient le théâtre de combats pour le moins barbares, la réglementation a grandement changé depuis. L’UFC a, comme la plupart des organisations professionnelles, adopté les "Unified Rules of Mixed Martial Arts". Ce corps de règles, initié en l’an 2000 par les Commissions Athlétiques de Californie et du New Jersey, couvre toutes les pratiques ayant trait à la tenue d’un combat pro ou amateur.

Au-delà des directives imposées concernant les catégories de poids, le dopage, les tenues de combat, et même les méthodes d’entraînement (suite aux récentes inquiétudes autour du "weight-cutting"), ce règlement recense de manière claire les manœuvres interdites durant les matches. Au total, plus de 25 sortes d’attaques sont proscrites, et conduisent à un avertissement direct d’un combattant, voire à sa disqualification. Si certaines promotions possèdent leurs propres règles, notamment au Japon (où celles-ci ont par moment été plus permissives, bien que code de conduite et conditions matérielles y sont sérieusement contrôlés depuis les années 80s), la quasi-totalité des organisations mondiales s’accordent à suivre les "Unified Rules".

 

Second mythe : Les coups au sol sont barbares / une personne à terre est sans défense

Question plutôt technique que celle des coups portés au sol. Notre culture occidentale nous a en effet conditionné à voir des combattants sur deux pieds, et que ce soit en Boxe, en Savate ou même en Escrime, un adversaire mettant ne serait-ce que le genou à terre est considéré comme vulnérable. Pourtant, ironie du sort, en MMA il n’est pas rare d’entendre qu’un grappler (comprenez un spécialiste des saisies) sera toujours plus dangereux qu’un frappeur. En effet bon nombre de disciplines ont prouvé que le sol est un formidable élément de combat, certaines sont même volontairement tournées vers le tapis pour une efficacité optimale.

Que ce soit aux États-Unis ou au Japon, les deux places fortes du MMA, le sport doit son développement à des pratiques de sol. En Amérique, l’intérêt grandissant pour l’incontournable UFC s’est basé sur la domination –surprenante à l’époque– des combattants de Jiu-Jitsu Brésilien. Développé par la famille Gracie, qui avait notamment aidé à la création de l’organisation afin de prouver la "supériorité" de sa discipline, le JJB se caractérise par le fait de démarrer une attaque depuis le sol. Il est même courant de voir certains pratiquants volontairement s’allonger ou s’asseoir par terre pour mieux neutraliser l’adversaire.

Du côté du Japon, où le MMA régulé fut créé (dès le début des années 80s), c’est le Catch Wrestling qui a amené le combat hybride à se populariser. La Lutte Anglaise (ou Catch-as-Catch-can Wrestling) est un cousin proche de la Lutte Libre qui a pour particularité de permettre aux combattants d’appliquer torsions, clés et autres compressions en plus de l’immobilisation au sol. Pratiquée à la base par les catcheurs européens, qui s’en servaient pour rendre leurs matches plus réalistes et également se défendre si le combat devenait trop intense, le Catch Wrestling a permis à toute une génération de combattant nippons de s’imposer face à des adversaires plus lourds. L’exemple le plus célèbre étant celui de Kazushi Sakuraba, catcheur frêle formé à la Lutte Anglaise, qui vint à bout de légendes des arts martiaux, y compris de la sus-nommée famille Gracie, pesant parfois 20 kilos de plus que lui.

Nous pourrions également évoquer des arts voisins tels que le Judo Ne-Waza, le Sambo, des pratiques hybrides telles que le Shootfighting (qui autorisent les coups au sol) et bien d’autres. Quoi qu’il en soit la légitimité des techniques de Grappling n’est plus à établir et bien qu’en 2019 un pratiquant de MMA se doit d’être le plus complet possible, une solide formation au sol est souvent prioritaire pour briller à haut niveau. En d’autres mots, quiconque s’étant un minimum renseigné ne peut donner crédit à l’argument du "une personne à terre ne peut pas se défendre". Pour l’illustration, voici une petite démonstration de Shinya Aoki, génie absolu du Grappling. Expert en Judo, Jiu-Jitsu Brésilien ET en Catch Wrestling, ce dernier était pendant la première partie de sa carrière quasi-incapable de porter un coup de poing correct, ce qui ne l’empêche pas de défendre un record de 43 victoires pour 9 défaites.

 

Démonstration de technique par Shinya Aoki contre Rasul Yakhyaev (2018) © ONE Championship

Troisième mythe : La cage est un environnement déshumanisant

Ce paragraphe ne sera pas long, tant ce cliché a été démonté depuis très longtemps. Si l’apparence, relativement intimidante de l’octogone, en rebute plus d’un, il faut comprendre qu’un sport où projections et séquences de Lutte sont inévitables implique un déplacement constant. La cage permet à la fois d’éviter aux participants de chuter dangereusement à l’extérieur (comme c’est encore le cas dans les sports de percussion), mais aussi de pouvoir développer leurs techniques de Grappling. Pour ce qui est de l’aspect visuel, le grillage reste le moyen le plus efficace d’observer le combat, ce dont ont besoin les juges qui établissement le pointage final, décisif en cas de temps limite atteint. Certaines promotions (telles que M-1 Global) ont tenté de créer une cage au look plus moderne, sans grand succès.

 

Quatrième mythe : Le but d’un combat est de massacrer son adversaire

Pour terminer, une question d’ordre philosophique, parfaite pour tourner autour du pot et éviter d’arriver à une conclusion de débat... Le combat libre serait-il l’apogée de la violence dans les arts martiaux ? Nous sommes en droit d’en douter. Si visuellement la sévérité des coups amène à penser qu’un combat de MMA ressemble à une guerre de tranchées, la réalité est tout autre. Une étude récente menée par des chercheurs de la "Glen Sather Sports Medicine Clinic" prouve que si les combattants de MMA ont besoin de soins médicaux plus régulièrement, les traumas crâniens, pertes de connaissance et autres chocs cérébraux sont radicalement plus présents chez les boxeurs. La logique est élémentaire, un combattant de MMA recevra des attaques sur la quasi-totalité du corps, alors qu’un boxeur sera constamment visé par des frappes au niveau de la tête et des cervicales.

Du point de vue des attitudes, là encore la situation se stabilise. Bien entendu certains actes sont à déplorer et quand des spécimens tels que Rousimar Palhares prennent à malin plaisir à faire durer des prises de soumissions alors que le match est terminé, la communauté toute entière exige des sanctions. Cependant, avec les nombreuses règles présentées dans le premier paragraphe et la constante pression exercée par les organisateurs, le MMA semble ne pas générer des comportements plus problématiques que dans d’autres sports bien plus notoires. Les insultes racistes y sont absentes, les coups dans le dos de l‘arbitre impossibles, et les attaques portées après le gong final immédiatement disqualifiantes. Des problèmes malheureusement toujours présents dans le football ou le basketball, et qui pourtant ne semblent pas poser de problèmes aux donneurs de leçon de la sphère publique.

Combat de MMA entre Marius Zaromskis et Jason High (2009) © DREAM - Fighting & Entertainment Group

En définitive les Mixed Martial Arts intriguent toujours autant le grand public. À la croisée des chemins entre intensité pugilistique, virtuosité technique, business florissant et réglementations évolutives, l’engouement est plutôt compréhensible. Le milieu n’est pourtant pas exempt de tout reproche, et bon nombre de problèmes sont encore à régler en son seing (attitude délirante du président de l’UFC, manque de courtoisie entre les grandes promotions, réel développement de structures locales amateures). Encore très récente dans sa phase moderne et régulée, la discipline semble cependant trouver son équilibre, et ses rangs grandissent chaque jour. Il est évident que ce sport n’est pas fait pour tout le monde, mais l’objectif des pratiquants et fans de MMA n’est pas de prendre le pas sur le Football ou le Tennis… Simplement d’être mieux compris. Histoire de terminer sur une note d’ouverture et de se faire une idée de ce qu’il en retourne, je vous propose ci-dessus un bref combat entre Marius Zaromskis et Jason High qui devrait illustrer les points précédemment évoqués. Bon visionnage.

 

Romain ATTARD

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