Karate aux Jeux Olympiques : A quoi bon ?

Il y a un peu plus d’un an, le Comité International Olympique annonçait la nomination du Karate comme nouvelle discipline olympique, amenant ainsi aux épreuves de sports de combat une tant attendue dimension pieds-poings, du moins en apparence.

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La nouvelle n’a pas exactement fait l’unanimité et si cet art martial fera ses grands débuts aux J.O. 2021 (si tant est qu’ils se tiennent un jour), il disparaîtra dès l’édition suivante organisée à ParisCette décision trahit, au-delà des préférences de chaque délégation, l’absence d’une réelle épreuve de percussion aux olympiades.

En officialisant l’arrivée du Karate aux Jeux, les amateurs d’arts martiaux se réjouissaient pourtant de voir un sport de "kick"1 intégrer le giron olympique. Il faut dire que presque toutes les pratiques inhérentes au combat (à l’exception des arts de soumissions) étaient représentées aux J.O. et qu’une vraie discipline pugilistique avec techniques de pieds manquait.

 

Cris stridents et combats inexistants

A l’origine, la présence des arts du pieds-poings aux olympiades était l’affaire du Tae Kwon Do, épreuve qui au fil des ans a clairement montré ses limites sur le plan du combat pur. Si vous n’avez jamais assisté à une compétition de TKD2, le résultat est souvent troublant et provoque plus l’hilarité que la fascination. Entre "stalling"3 incessant, coups à peine portés et hurlements à chaque attaque (conçus pour influencer l’arbitre), cette épreuve a montré beaucoup trop de fois qu’elle n’avait pas sa place au sein d’une compétition aussi importante.

Le problème est que l’art martial japonais semble se diriger dans la même direction et pour les mêmes raisons. On notera d’ailleurs la similarité de parcours entre les deux pratiques: introduites lors d’une olympiade organisée dans leur pays de création, la Corée pour le TKD (J.O. de 1972) et le Japon pour le Karate (J.O. de 2020/2021), les deux disciplines y dévoilent un visage très édulcoré et anti-combatif.

Si certains argueront que le Karate se dénomine en plus de trente styles différents (des plus démonstratifs aux plus pugilistiques), force est de constater que celui présenté pendant les Jeux ressemble à s’y méprendre à la parodie de combat proposée par le voisin coréen. Un Karate à la touche, sans attaque frontale, sans touche décisive et où des participants emmitouflés de mousse jouent à celui qui gémira le plus fort.

Entraînement de l'équipe de France de Karaté (2012) © Karaté Bushido

A quand du "vrai" combat pieds-poings ?

La crise du "striking"se fait de plus en plus pesante et frustre des dizaines d’aficionados, d’autant plus que bon nombre de disciplines n’attendent qu’un mot pour venir remplir cette mission. La plus éloquente étant le Kickboxing, très fédératrice pour les combattants venus de styles différents. Certes la multiplications des compétitions spécifiques ("full contact", "point fighting", "low-kick" etc.) et la prolifération des fédérations4 n’aident pas à l’établissement d’un tournoi olympique ordonné, mais des promotions ont par le passé prouvé qu’un règlement unifié permet la tenue de combats pertinents.

Pour une épreuve olympique, les matches en règles K-1 (du nom de la célèbre promotion japonaise de Kickboxing) seraient les plus rassembleurs et cohérents. Quatre directives claires et concises structurent ce style de combat:

  • Les combattants peuvent frapper avec les poings, les pieds, les tibias et les genoux partout sur le corps à l’exception des parties sensibles (entrejambe, yeux et poitrine pour les dames).
  • Les coups de coudes sont proscrits.
  • Le "clinch"5 est autorisé de manière limitée.
  • Les combats se divisent en trois ou cinq rounds de 3 minutes selon l’épreuve.

De telles règles amèneraient inévitablement à l’éclosion olympique de talents et au renforcement de certains pays porteurs d’une riche histoire en pieds-poings, tels que la Thaïlande (patrie de la Boxe Thaï), la Hollande (et ses légendaires écoles) ou encore la France (au carrefour du Full Contact, de la Savate et de la Boxe Thaï).

Reportage sur Anissa Meksen (Stade 2 - 2020) © France Televisions

La France justement, qui avec un tel aménagement bénéficierait de l’arrivée de combattants exceptionnels dans sa délégation. On pense notamment à Cédric Doumbé, véritable rouleau-compresseur chez les pros du Kickboxing, Jimmy Viennot, détenteur de cinq titres de champion du monde en Boxe Thaï ou encore Anissa Meksen, icône internationale aux 98 combats remportés depuis 2008. Le vivier de talents existe bel et bien dans l’hexagone et pourrait cueillir plus qu’une ou deux médailles.

En attendant un tel changement, il faudra assister à une décevante épreuve de Karate lors des prochains J.O. La discipline y aura sa place de choix, avec ses participants, ses médaillés et ses français que nous soutiendrons malgré tout avec dévotion. Certains préféreront peut être déjà penser à l’édition 2024 avec on le souhaite, de nouveaux arts martiaux présents; d’autres enfin se lamenteront de voir qu’un énième sport de combat s’est fourvoyé pour plaire à quelques officiels aux mœurs quasi rigoristes. En espérant que Dominique Valera et Bill Wallace pardonnent ces nouveaux mécréants leur tiédeur...

 

Romain ATTARD

 

1. Comprenez sport de combat en grande partie composé de coups de pieds.

2. Acronyme de Tae Kwon Do,

3. Pratique consistant à faire traîner le combat en multipliant les fausses attaques.

4. On recense à ce jour plus de 10 corps dirigeants pour les sports de pieds-poings.

5. Saisie de l’arrière de la tête, très utilisée en Boxe Thaï.

 

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