Se représenter la noirceur, la haine de soi. Se représenter l'au-delà du désespoir, quand le sentiment de l'existence fait place au néant.
Se voir dans la peau de quelqu'un qui tue autant de gens qu'il le peut avant de se faire exploser lui-même.
Tenter de comprendre comment cela peut arriver. Comment cela peut m'arriver. Puisque je suis un être humain, alors malheureusement ce processus est aussi possible en moi. Quel chemin peut emprunter le néant pour régner finalement sur les ruines de l'être, se servir du corps comme d'un pantin ?
Je veux te comprendre, je veux me comprendre. Alors pour une fois je me mets à la place du mort.
Quand on est mort mais pourtant toujours là, on en veut aux vivants. On leur en veut car ils vivent devant nous. Ils osent, ces mécréants, faire face à la vie, la vraie, celle qui un jour se terminera.
Quand on est vivant on est conscient de sa propre finitude, et c'est ce qui rend si vivant. Quand on vit, on sait que l'on va mourir.
Quand on est déjà mort, c'est qu'on a peur de la mort, alors on prend de l'avance.
Quand on est déjà mort, on sait au fond de soi que l'on a pas le courage de vivre, et donc pas le courage de mourir. On est impuissant, et au fond de soi on le sait. On n'ose pas demander de l'aide, parce que les garçons ne doivent pas pleurer. Ils doivent être forts, avoir plein de femmes au bras et des bagues en or.
Alors comme ce n'est pas possible, à la place on s'invente un héroïsme, on se réfugie dans une fausse vie virtuelle, on fait des communiqués bizarres qui ressemblent à un pitch de Game of thrones.
Quand on est déjà mort, on veut que tout le monde le soit aussi, parce qu'il n'y a pas de raison.
Quand on est déjà mort, on fait la morale aux vivants, parce que c'est la seule façon de leur dire qu'on aurait voulu vivre.
Quand on est déjà mort, on ferait mieux de mourir vraiment. On ferait mieux de redevenir vivant pour de vrai. On ferait mieux de mourir en vie.
Vivre sa vie, même si elle ne nous satisfait pas. Ce serait déjà un bon début, à défaut de faire une mauvaise fin.