Sur l'Adamant nous entraîne durant 1h49 dans le quotidien parisien d'un hôpital psychiatrique brisant les codes de l'orthopraxie médicale. Aménagée dans une péniche fermement amarrée sur le Quai de la Rappée, à Paris, la structure accueille de jour des patients souffrant de pathologies lourdes, en érigeant l'écoute active et la valorisation du sujet comme pierre angulaire de l'approche thérapeutique.
Plus que sur le fonctionnement, les activités et les défis du centre de jour, c'est bien sur ces bénéficiaires, leur subjectivité insolite, leur personnalité baroque et leurs idiosyncrasies déroutantes que se focalise la caméra des documentaristes. Elle se porte d'abord sur leurs regards derrière lesquels, loin du néant ou de l'anarchie, on devine une incroyable densité régie par un métabolisme qui lui est propre. Cette densité se perçoit ensuite dans leurs discours, qui s'ils peuvent parfois être difficiles à suivre, n'en dévoilent pas moins des modes de réflexion dotés de leur propre logique, des parcours de vie aussi riches que tragiques pour ces survivants de la marginalisation familiale et sociale, ainsi qu'une lucidité époustouflante sur leur propre condition. On pénètre ainsi progressivement l'univers intérieur de ces personnes, également par leurs multiples créations artistiques (dessins, peintures, poèmes et chansons) en découvrant avec bienveillance et empathie qu'il s'agit d'un monde riche et bien conscrit et non du chaos infernal ou du désert mental qu'on pourrait préjuger.
Cette écoute active, que l'on distingue lorsque des scènes s'étirent dans le temps pour laisser toute sa place à la parole ou à la musique du patient, devient dès lors le révélateur précieux et opérant de formidables singularités humaines, de personnalités certes "alternatives" mais non moins (si ce n'est plus) intrigantes et enrichissantes en ce qu'elle nous interrogent sur nos perceptions et représentations du monde et de notre propre vie. Toutes nos interactions humaines deviennent promesse de rencontres bouleversantes et fécondes dès lors qu'elles sont placées sous le sceau de cette écoute active, curieuse, désintéressée et non-jugeante. Telle est la leçon que nous enseignent les résidents de l'Adamant, acteurs sans avoir conscience de l'être.