Moi, ma gueule et la honte

Contre toute attente deux jeunes filles handicapées par la vie décrochent un stage à l'Elysée grâce à la « bienveillance » du jeune président qui a su les écouter …euh, non, les entendre, euh, non ...qu'est ce qu'on dit ?

Jeudi 28 février 20 19 : Pas moins de trois canaux diffusent les mêmes images, un président en bras de chemises auquel ses mises en scène précédentes nous avaient habitués, au milieu d'un gymnase occupé par des chaises sur lesquelles se tiennent des femmes, jeunes et vieilles, une voilée, blondes et brunes, rousses parfois, une voilée. L'irruption de la femme « gilet jaune » prend tout son sens à observer les celles qui entourent le golden boy : le rictus de la haine et du mépris, la ferveur des applaudissements lancés par celle qui révélait il y a peu au Monde, avoir suscité, par jalousie, les critiques de femmes empêchées par leur vieillesse de rivaliser avec sa jeunesse, sa beauté, sa compétence…

 

Puis vinrent ces deux enfants, issues de l'immigration comme on dit lorsque cela se voit, venues lancer un appel parce que défavorisées par leur milieu , elles n'ont pas les relations qui leur permettraient d'effectuer le stage en info-com que leur impose leur cursus … le golden boy va un temps les zapper puis tout à la fin du show, se rappeler et mettant ses deux mains en porte voix leur aboyer qu'elles sont les bienvenues à l'Elysée .

Alors j'ai honte, pour les parents qui apprennent à leurs enfants le chacun pour soi, pour l'école qui ne leur a pas lu Victor Hugo, Jules Vallès et les autres, pour la France où le clientélisme est une vertu et le populisme une tare. Mais comme le dit Nanni Moretti, ce sont sans doute mes lunettes, elles sont d'un autre siècle.

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