Contre la confusion

La cérémonie mortuaire d'hommage à Charles Aznavour a permis au président de la République de se livrer à un numéro d'alpaguage d'«  arméniens » qui votent en France (!). Elle aurait du être vécue comme outrageante pour les Français descendants de cette histoire  ; Voilà qu'il en rajoute une couche avec une annonce incompréhensible, sauf à les prendre pour des imbéciles.

Du plus lointain 24 avril qu'il me souvienne, j'ai participé à une cérémonie commémorative du 24 avril 1915. C'était il y a au moins 60 ans à Valence, dans la Drôme  avec ceux qui comme mes parents, étranges et étrangers venus d'Asie Mineure se retrouvent et partagent leur communauté de destins  : ils ont trouvé un prêtre pour leur église, un boulanger pour leurs gâteaux, le théatre municipal pour être ensemble et se souvenir. 24 avril après 24 avril , les femmes sont en noir, les enfants priés de rester tranquilles, les discours succèdent aux poèmes déclamés avec une ferveur outragée, interdiction formelle d'applaudir. Le maire de la ville, le préfet sont représentés, c'est un insigne honneur. On pleure beaucoup.

Devenue fonctionnaire, la loi française m'autorise (sauf nécessité absolue de service) à m'absenter de mon travail pour participer à une cérémonie commémorative : à Grenoble, on se retrouve à une poignée devant une croix de pierre, le maire et le préfet font un discours , les enfants entonnent les hymnes nationaux, on applaudit et on ne pleure plus…

Je ne comprends pas ce que vient me dire aujourd'hui le président de la République française avec sa journée nationale commémorative du 24 avril, je ne comprends pas ce que sont les organisations «  arméniennes de France » , pas plus que leur «  conseil » avec son « diner annuel », je ne comprends pas quelle cause vient défendre ici Madame Salamé, au nom de quoi, pas celui du père en tout cas ( et encore moins de son grand-père dont elle ne sait pas prononcer le nom). Il est des Arméniens pour disputer au peuple juif la primeur du génocide au XXème siècle. Manifestement, ce n'est pas seule chose qu'ils lui disputent.

 

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