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Billet de blog 19 août 2021

Bib sans prix

Depuis des années je trie mes déchets, je n'ai jamais pensé que le travail des éboueurs en était facilité mais plutôt que je prenais ainsi ma part au fonctionnement de la collectivité. Pourquoi n'en va-t-il pas de même avec l'automatisation de mon prêt en bibliothèque ?

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A côté de là où j’habite, dans le centre ville, se trouve un petit supermarché à l'enseigne Monoprix qu'il m'arrive encore d'appeler Prisunic, c'est dire si j'ai depuis longtemps passé un certain âge.

Ce long temps me permet de témoigner qu'il y eut un rayon boucherie-charcuterie tenu par des vrais gens, leur remplacement par des frigos faisait alors partie de l'ordre des choses, et s'il m'a gênée, je m'y suis faite sans trop m'en inquiéter. 

Le « super » marché compte un rez-de-chaussée dédié aux vêtements, parfumerie et parapharmacie, un étage aux produits d'entretien, déco et papeterie (1) et un sous-sol à l'alimentation. Trois accès depuis trois rues différentes étaient veillées par une caisse et une caissière ; plus nombreuses au sous-sol alimentaire, il arrivait qu'elles soient deux à l'étage.

Ayant quelque habitude au sous-sol, j'échangeais fréquemment avec l'une ou l'autre des caissières, arrivant même à connaître leur prénom. Il m'est arrivé, alors que j'étais en voiture, de m'arrêter à l’arrêt de bus où j'avais reconnu l'une d'entre elle, je rentrais du travail, elle y allait. Je l'avais vue enceinte, lui demandais des nouvelles, elle avait donné naissance à un petit Baptiste, du prénom d' un des personnages de la série « Saint Tropez sous le soleil ».

Un jour, pas si lointain, une des issues sur la rue fut fermée et la caisse disparut. Puis, une deuxième. Ne subsistait plus qu'un accès avec caisse«s», au pluriel.

Peu de temps après, au sous-sol, sont apparues les caisses-sans-caissière et si pour leur faire la place l'espace des caisses-avec-caissières a été chamboulé, il ne m'a pas semblé que leur nombre en ait été réduit...

C'est alors que vint la pandémie : entrer par une porte, sortir par une autre, utiliser la carte sans contact, dire bonjour à peine, ou merci tout juste…

Puis, ce fut «  l'après » : il n'y a plus de caisse à l'étage, il n'y a plus de caissière au sous-sol, le client rétif, comme moi , est invité avec insistance à s'adresser à l'automate ; «  Vous verrez c'est simple, on va vous aider » 

Il y avait une droguerie dans le voisinage ai-je rappelé, il y a aussi une bibliothèque ; elle a fermé ses portes tout un mois pour des travaux destinés à réaménager l'espace après l'installation de machines qui permettent à l'adhérent de gérer de bout en bout ses emprunts de livres, cd, dvd, donc de délester de cette tâche, à l’intérêt sans aucun doute limité, les bibliothécaires… pour moi un moment d'échange, tout comme celui de mon passage aux caisses du Monoprix.

Pourtant, on ne peut pas soupçonner que là comme à Monop' la quête du profit dicte sa loi… Donc, nous assène le discours officiel, libéré(e)s d'une contrainte chronophage, les bibliothécaires vont mettre ce temps à disposition de l'usager. Soit.

Il y a eu le temps où ils (ou elles) se tenaient à côté des automates pour guider l'usager dans sa découverte de l'engin ; tout comme la vigie du Monop', errant au milieu des caisses automatiques sans autre perspective ( et sans doute consigne) que faciliter l'accès à la machine.

Il y a celui où on les voit fondre sur vous depuis leur nid-de-pie, (debout ou haut-perché(e)s derrière une tablette) dès la moindre hésitations là où il y à peu s'adresser à elles (eux) avec une question était une démarche de sujet souverain à sujet souverain.

Il me semble que nos élus qui gèrent les bibs se seraient honorés, pour améliorer le service aux usagers, non pas de remplacer les hommes et les femmes par des machines (car on ne m’ôtera pas de l'idée que tel est le but de la manœuvre in fine) mais au contraire, d'en accroître le nombre pour « faciliter la tâche » des bibliothécaires qui ont à faire valoir ce qu'est leur métier.

Qu'a -t- on fait pour mériter d'en hériter ? Comme on trie nos poubelles  ?

Pour peu qu'il y ait la place, Monoprix finira par vendre des livres.

(1) on y trouve aussi un important rayon « droguerie » sans aucun doute vestige d'un temps lointain où une commerce de ce type installé de l'autre côté de la rue, défiait magnifiquement le Prisunic avant de disparaître comme quasiment toutes les autres drogueries du centre ville. On pouvait voir là, un réel sens du commerce de bon aloi dans la mesure où l'approvisionnement en produits de droguerie répondait à un réel besoin, donc venait à manquer à la population, à placer donc du côté du «  service ».

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