Râles et boursuflures : la culture n'est pas en bonne santé à Grenoble

Reçu par la poste un document de 8 pages titré : « Cultures : créer, partager, participer » . Sous titré : « Tout savoir sur l'action de vos élu-es N°6 ». A quelle date les 5 numéros précédents m'ont été adressés ? à raison d'un numéro par an, je suppose, depuis 2014 , an zéro de l'arrivée aux manettes de la ville de Grenoble d'un « rassemblement citoyen, de la gauche et des écologistes »

C'est moche et mal fichu , le papier est « glacé », ce qui ne paraît pas très écolo, mais je n'y connais rien, je peux me tromper. Au fil des pages, on touche non pas au fond mais le fond : là où on est en droit d'attendre des éléments de ce qui pourrait être la politique culturelle d' une ville importante : « nous oeuvrons pour faire vivre toutes les cultures, soutenir la diversité et garantir les libertés » clame l'adjointe au maire e n charge des cultures , au pluriel car , dit-elle : « nous avons fait le choix de soutenir toutes les pratiques artistiques ( …) «  parce que liberté et diversité sont des nécessités démocratiques ». Ce chapelets de poncifs creux fleurit sur un tissu de déformation de la réalité (greenwasching ?) , la façon brutale dont il a été mis un terme à l'expérience du Tricycle est passée sous silence et transformée en «  ainsi le théâtre, auparavant simple lieu de diffusion de productions du théâtre privé  donne les clés des trois plateaux aux artistes locaux-ales qui y créent leurs prochains spectacles » , on appréciera le style ...inclusif, forcément, inclusif . N'y a -t-il pas un fonctionnaire ( encore) digne de ce nom pour garantir ( outre un style acceptable) la vérité  ? Car une telle assertion est révélatrice ; elle l'est de l'ignorance de ce dont on parle puis d'un procès d'intention ( dont on admirera l'élégance) fait aux prédécesseurs : bridant la liberté d'expression ( l'URSS de Staline, quoi ) n' auraient-ils pas calé leurs choix culturels sur leurs choix politiques ? L'une ( la méconnaissance, de fait) alimentant forcément l'autre ( le fantasme de la liberté bridée du créateur dans un pays où la culture est dotée d'un ministère) , car tel est le prisme étroit à travers lequel on entend nous parler « des » cultures ( culture du choux ? culture aztèque ? ) ; pathétique proie d' une confusion, à la fois 68huitarde attardée ( « nous souhaitons que chacun-e puisse s'approprier les cultures selon son désir sans frein ni barrière » ) et cheffe trois étoiles d'une cuisine qui fait de la culture la bonne à tout faire ou l'ingrédient indispensable, comme on voudra. Le reste est à l'avenant. Un grand mépris pour les grenoblois qui n'auraient pas de mémoire et ne savent pas de quoi on leur parle , un grand mépris pour les fonctionnaires qui sont , plus pour très longtemps , les garants de la continuité du service public, un grand mépris pour les créateurs (de toutes les cultures : culture du choux ? culture aztèque ? ) qui , sans les Verts , se laisseraient acheter par les méchants du pouvoir en place.

Par bonheur, le film «  L'oeuvre sans auteur » est en ce moment sur les écrans grenoblois, au Club.

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