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Billet de blog 6 janvier 2022

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Pouvoir d’achat et inflation, de quoi parle-t-on ?

Selon l’INSEE, l’inflation serait de 2,8% en France sur l’année 2021. Sur la zone euro, elle serait supérieure à 3%, voire approcherait les 4 ou 5% comme en Allemagne ou en Espagne. Pourtant, le gouvernement français annonce fièrement qu'il y a eu hausse de pouvoir d'achat en 2021, s'appuyant sur les études de l'INSEE. Y aurait-il anguille sous roche ?

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L’inflation : les chiffres

En cause notamment, les prix de l’énergie accélèrent nettement (+4,8 %) en lien avec ceux des produits pétroliers (+5,8 %) et du gaz (+12,5 %). L’électricité devrait suivre en 2022.

A cela, il faut ajouter des situations de pénuries sur certains produits issus du marché mondial, les matériaux, les composants électroniques, ce qui a un effet de hausse des prix de l’industrie, du bâtiment, de l’agriculture. Même l’alimentation est à la hausse. 

L’inflation : le ressenti

Entre les chiffres officiels et le ressenti, il y a beaucoup de différences. Il faut distinguer inflation, prix à la consommation et pouvoir d’achat. Ce qui intéresse les ménages, ce sont les prix à la consommation par rapport à leur pouvoir d’achat.
Si l’on en croit les chiffres de l’Insee, le pouvoir d’achat serait en hausse de 1,4% en 2021 comparativement à 2020. Le gouvernement sort ces chiffres comme une carte de visite et le résultat de sa politique (baisse ou fin de la taxe d’habitation, primes de fin d’année, indemnité inflation, primes énergie, diminution du chômage, un peu artificielle quand même). De la pure démagogie à quelques mois des élections.

Pourtant, 3 / 4 des habitants de ce pays ont le sentiment que leur pouvoir d’achat diminue. Et beaucoup ont raison.
Car on parle de moyennes. Les prix ont augmenté (tout le monde est d’accord). Mais le revenu global des ménages aurait également augmenté. En 2021, son augmentation serait de l’ordre de 2,7% toujours selon l’INSEE.

Mais ça se saurait aussi si les salaires avaient augmenté en moyenne de 2,7%. En fait, il s’agit de revenus. Par revenu, il faut comprendre les revenus du travail, mais aussi ceux du capital ou de l’épargne. Et il semble que beaucoup de ménages qui en avaient la capacité ont plus épargné en 2021 du fait de la crise Covid, ce qui fait augmenter leur pouvoir d’achat s’ils ont fait de bons placements.

L’INSEE et le gouvernement parlent de moyennes. Ça leur évite de parler d’inégalités. L’Insee admet néanmoins que les très petits revenus ont connu une baisse de pouvoir d’achat, notamment du fait du tarissement de petits jobs pendant la crise Covid.

Pour le reste, ça dépend beaucoup de notre manière dont on vit, de notre habitat, de l’éloignement entre domicile et lieu de travail, des tensions sur les prix qui ne sont pas identiques d’une région à l’autre, du fait qu’on est propriétaire ou locataire, que le coût du logement varie d’une ville à l’autre (à Nantes, on n’est pas très loin d’une hausse de 10% en un an sur les achats immobiliers et les loyers suivent une même dynamique). La part du logement dans les calculs de l’INSEE est ridiculement basse, puisque l’INSEE la compte dans l'indice de prix à seulement 6 %.

En gros, un ménage assez aisé vivant en centre-ville dans un logement bien isolé sera moins impacté par l'inflation qu’un ménage rural, urbain ou péri-urbain d’ouvriers, employés ou petits fonctionnaires, qui peuvent avoir besoin de plusieurs voitures pour se rendre à leur boulot, qui ont un habitat mal isolé ou qui doivent trouver un studio pour leurs enfants étudiants.

L’année 2022 :

Pour 2022, on peut s’attendre à une inflation encore plus élevée. Selon l’INSEE, dans une note de conjoncture, l’INSEE annonce une inflation 2022 de 2,7% des prix à la consommation, dans « l’hypothèse d’une stabilisation des prix du pétrole et des matières premières ». En gros, pour les prévisions, on est dans le brouillard. La Banque Centrale européenne prévoit quant à elle une inflation de 3,2% en 2022.

Mais on peut considérer qu’à l’avenir, les prix de l’énergie vont continuer d’augmenter, avec le réchauffement climatique, la nécessité de diminuer les énergies carbonées (pétrole, gaz, charbon) et la difficulté à produire de l’électricité peu chère. Et à partir de là, l’ensemble de la chaîne productive, dont les produits alimentaires.

A cela, s’ajoutent des tensions géopolitiques qui auront de l’impact sur les matières premières. On peut donc considérer que les pénuries vont se poursuivre. Les économistes orthodoxes, éternels optimistes, annoncent encore deux années avant « retour à la normale ». Mais rien n’est moins sûr.

Puisqu’il y a inflation prévue, il nous faut donc exiger que les salaires suivent.

Le SMIC a augmenté au 1er janvier de seulement 0,9%, soit 1603 euros par mois à temps complet. Le gouvernement a refusé de mieux le revaloriser. Il s’est contenté de la hausse automatique. C’est bien insuffisant pour vivre correctement.

On recense depuis l’automne 2021 de nombreuses grèves pour l’augmentation des salaires, dans l’industrie, la grande distribution, à la SNCF. Le patronat de certaines branches professionnelles soumises à une pénurie de main d’œuvre prévoit de revaloriser les grilles de salaires de leur branche, comme l’hôtellerie-restauration.

Depuis très longtemps, les négociations annuelles obligatoires dans beaucoup d’entreprises se terminent par un « constat de désaccord » où les Directions égrènent quelques mesurettes, mais toujours une volonté d’individualisation des salaires.

En 2022, nous avons l’occasion de changer la donne, si les salariés se montrent exigeants quant à des augmentations générales.

Au passage, on pourrait aussi exiger le resserrement des rémunérations dans les entreprises et mettre le holà sur les hautes rémunérations et la vie dispendieuse de cette bourgeoisie, notamment au regard du réchauffement climatique.

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