Quel est ce mensonge ?
C'est ce couplet repris depuis des décennies, notamment par de nombreux ministres de l'intérieur et politiciens : « la sécurité est la première des libertés » et autres formules du même genre (Alain Peyrefitte, Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, Manuel Valls, Le Pen père et fille, etc). Retailleau y allait aussi de son discours de « bon sens » : « Je crois en l'ordre. L'ordre comme condition de la liberté. Quand il n'y a pas d'ordre, c'est d'abord la liberté qui est menacée ».
Ce discours est le cache-sexe d'une vision essentiellement répressive de la vie en société et d'une promesse d'étendre à l'infini les infractions inscrites au Code Pénal. A chaque fait divers, vite, un projet de loi !
Ne manquerait plus qu'à rétablir la peine de mort comme le souhaite par exemple Eric Zemmour.
De fait, les prisons françaises sont suroccupées, certaines à près du double des places disponibles, souvent peuplées de personnes relevant de la psychiatrie.
C'est donc devenu une sorte de réflexe de promettre des peines de prison, des interdictions professionnelles ou des amendes, des les alourdir au fil du temps. Comme la Justice est engorgée, voici venu le temps des « amendes forfaitaires délictuelles » (AFD) : 100 délits sont concernés, environ 40% concernent l'usage de drogues ou la possession de petites quantités. En déplacement à Marseille le mardi 16 décembre dernier, Macron annonçait le triplement de l'AFD pour usage de stupéfiants, actuellement fixé à 200 euros (150 si paiement avant 15 jours) et qui passerait à 500 euros. Le hic, c'est que les personnes concernées n'ont pas les moyens de payer ces amendes et Macron de déplorer que « le taux de recouvrement n'est que de 35% ». Mais plus les contrevenants attendent pour la payer, plus chère est l'addition : de 200 euros, l'amende est majorée à 450 euros si le délai de 45 jours est dépassé. Bref, il y a là une spirale d'endettement qui peut devenir vite insoutenable.
Le site basta.media relatait une sorte de harcèlement dont sont victimes des jeunes de banlieues sous la forme d'une série d'amendes forfaitaires : « 30 000 euros de dette et pas encore 18 ans : quand les amendes forfaitaires facilitent l’arbitraire » https://basta.media/30-000-euros-de-dette-et-pas-encore-18-ans-quand-les-amendes-forfaitaires.
Revenons à ces questions de sécurité et liberté. L'article 5 de la Convention européenne des droits de l'homme indique ceci : « Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. », mais ajoute une série d'exceptions.« Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants et selon les voies légales:
a) s'il est détenu régulièrement après condamnation par un tribunal compétent;
…
c) s'il a été arrêté et détenu en vue d'être conduit devant l'autorité judiciaire compétente, lorsqu'il y a des raisons plausibles de soupçonner qu'il a commis une infraction ou qu'il y a des motifs raisonnables de croire à la nécessité de l'empêcher de commettre une infraction ou de s'enfuir après l'accomplissement de celle-ci;
…
f) s'il s'agit de l'arrestation ou de la détention régulières d'une personne pour l'empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le territoire, ou contre laquelle une procédure d'expulsion ou d'extradition est en cours ».
On constate que les exceptions (un Code pénal de plus en plus répressif de même que le droit sur l'entrée et le séjour des étrangers) reviennent à annihiler le cadre initial posé : « Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté ».
En gros, il est permis aux États signataires de cette convention d'agir selon leur bon vouloir ou le bon vouloir de forces politiques aujourd'hui de plus en plus réactionnaires, notamment en termes de politique carcérale, d'arrestations, mais aussi de politique migratoire. Et quand il est question de sûreté ici, ça a été réduit à la sécurité au sens criminel du terme.
Or, la sûreté, à laquelle toute personne sensée aspire, doit, devrait être comprise comme un ensemble de garanties, de protections, de droits, y compris contre l'arbitraire de l'État. Ce sont ces garanties qui permettent l'épanouissement de la liberté, et certainement pas les surenchères répressives de nos pères (ou mères) fouettard, au nom d'un ordre qui se résume à la défense de l'ordre établi.
https://droit.cairn.info/revue-deliberee-2018-1-page-86?lang=fr
Une fois écrit ceci, on pourra se pencher sainement sur les causes d'actes déviants (souvent la misère, l'accumulation éhontée de richesses ou de pouvoir, le patriarcat, mais parfois aussi des formes de perversion) et les manières de les empêcher, en se disant que le risque zéro n'existe pas, n'existera jamais.