Courrier au journal La décroissance

J'ai envoyé ce courrier au journal La Décroissance suite à son numéro d'avril 2021, au gros titre "Indigénisme, décolonialisme, racialisme... Basta !". Un titre digne de Valeurs Actuelles.

Bonjour,

Je suis lecteur régulier de La Décroissance, que j’achète chez mon marchand de journaux.

En le découvrant la semaine passée, je me suis demandé à la lecture de son titre de couverture si ce n’était la couverture de Valeurs actuelles : « indigénistes, décolonialistes, racialistes… Basta ».

J’ai quand même acheté la revue. Bien des articles m’ont intéressé, tels que l’interview de Philippe Bihouix ou la chronique d’Alain Gras, qu’il me serait difficile de lire ailleurs.

Mais ce titre, bon sang !

Si certains de ces courants sont critiquables, ils n’en ont pas moins la liberté d’expression.

Je fais partie d’une association antiraciste et je n’utilise pas certains termes issus des sciences sociales, comme le terme « race » ou « racisé ». Les sciences sociales les utilisent afin de décrire à juste titre des phénomènes de « racisation » (rien à voir avec la biologie) qui signifie que des personnes ou des groupes de personnes sont renvoyés vers leur origine, assignés et souvent discriminés.

On peut trouver le  terme « racisme d’Etat » exagéré, mais un racisme systémique n’a pas vraiment disparu depuis le « bon temps de colonies ».

Comment expliquer autrement les difficultés de jeunes de banlieues, par rapport à l’accès à l’emploi ou à des emplois correspondant à leur formation ? Comment expliquer le fait que des jeunes gens noirs ou arabes sont bien plus souvent objets de contrôles d’identité que des jeunes gens supposés d’origine européenne ? Et on peut aussi évoquer les « bavures policières » avec leur lot d’éclopés et de morts.

Ainsi, le racisme existe toujours dans la société française et pas seulement venant de groupes « racialistes », au demeurant fort minoritaires. C’est ça qu’il faut pointer dans vos titres.

 Quant à « l’écologie décoloniale » dont il est question dans l’article de Raoul Anvélaut, c’est peut-être l’endroit où ce terme « décolonial » aurait le plus de sens : on ne peut nier quand même que les pays du Sud anciennement colonisés et actuellement néo-colonisés servent aujourd’hui de mines à ciel ouvert et de poubelles aux pays développés : voir par exemple les mines d’uranium au Niger, les essais nucléaires français en Algérie ou en Polynésie, les torchères de gaz en Afrique, les déchets électroniques usagés qui finissent dans les pays d’Afrique de l’Ouest ou d’Asie, les plastiques, l’amiante idem.

En résumé, les questions d’inégalités Nord-Sud et Ouest-Est sont essentielles à décrire et à dénoncer. Et outre la recherche de profits, elles procèdent aussi d’un racisme planétaire.

 

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