Les aides massives pendant la pandémie, comme la prise en charge du chômage partiel, ont permis à beaucoup de monde de ne pas tomber dans la pauvreté. Et pourtant, beaucoup de monde n’en a pas bénéficié. Il n’est que de voir la hausse du nombre de bénéficiaires des associations humanitaires ou encore la grande précarité de beaucoup d’étudiants et de travailleurs précaires.
Les aides de l’Etat ont aussi permis aux entreprises de passer le cap. Certaines d’entre elles s’en sortent même très bien, au regard des profits enregistrés par le CAC40 en 2021.
Mais place à la facture désormais. Selon le Ministère de l’économie : « Les derniers chiffres de l'Insee publiés le 17 décembre 2021 montrent qu'à la fin du troisième trimestre 2021, la dette publique au sens de Maastricht s’établit à 2 834,3 Md€, soit 116,3 % du PIB (114,8 % à la fin du trimestre précédent) ».
Comment s’en sortir pour le gouvernement ?
Selon la Cour des Comptes, dans son document de synthèse (https://www.ccomptes.fr/fr/documents/58750), « la soutenabilité de la dette publique constitue un enjeu de souveraineté. Il s’agit, en effet, d’une condition nécessaire pour faire face aux chocs économiques futurs et rester en mesure de financer les politiques et le fonctionnement des administrations publiques. Pour assurer cette soutenabilité, la Cour a proposé une stratégie reposant sur deux piliers : le renforcement de la croissance potentielle et la maîtrise des dépenses publiques ».
Reçu 5 sur 5 par le gouvernement, en atteste les déclarations du Ministre Bruno Le Maire le 17 février dernier.
« L'austérité, la rigueur, ça ne marche pas. Ca conduit à plus de dette, plus de déficit, plus de chômage et moins de croissance ».
Une fois dit ceci, il ajoute « Nous avons mis sur pied une stratégie différente qui est de dire on investit, on crée de la croissance, et la croissance nous donne des marges de manœuvres qui sont absolument considérables (...) ensuite il faut aussi des réformes de structures", se prévalant d’avoir mené au cours du quinquennat d’avoir mené la réforme de l'assurance-chômage, du droit du travail, les simplifications pour les entreprises.
Soit essentiellement des réformes contre le monde du travail, contre les personnes au chômage ou les bénéficiaires d’allocations logement.
Et Le Maire de promettre le retour à l’orthodoxie : ramener le déficit public sous les 3% du PIB en 2027.
Et maintenant ? Priorité aux mêmes « réformes de structures », cache-sexe des réformes austéritaires. Et toujours la "mère de toutes les réformes" : celles des retraites. Si la réforme 2019 autour de la retraite par point a été stoppée par la pandémie de Covid-19, elle va resurgir d’ici à la fin de l’année 2022, éventuellement sous une forme modifiée, mais toujours sur l’idée que les retraites coûtent trop cher. Allez donc dire ça aux retraités réduits à faire la queue aux Restau du Cœur !
Et puis toujours la fuite en avant du « renforcement de la croissance ». Certes, du seul point de vue comptable, elle est nécessaire pour le financement des prestations sociales comme les retraites ou des politiques de santé : pour distribuer, il faut d’abord produire. C’est un fait.
Mais faut-il produire n’importe quoi ?
C’est la question qui fâche, la question des richesses, des besoins et des moyens à mobiliser pour y répondre, en premier lieu de travail humain.
Richesses pour qui ? Besoins de qui ?
C’est là qu’est l’anomalie. Il faut constater qu’il y a profusion de richesses, dont une partie répond aux besoins de la population. Mais il y a aussi des richesses qui n’en sont pas. Elles servent à alimenter le système et ne répondent à aucun besoin.
On fait une liste ? Elle risque d’être longue.
Le complexe militaro-industriel, des bagnoles que certains changent tous les deux ou trois ans, des objets à obsolescence programmée, la publicité pour rendre ces objets désirables, des gaspillages monstrueux comme le gaspillage alimentaire, des productions polluantes et les remèdes à cette pollution, du bétonnage à profusion qui ne répond pas aux besoins de logement (de vrais besoins là !), mais à des immeubles de bureaux ou de grandes surfaces commerciales, certaines productions « culturelles » abêtissantes.
Ainsi, on nous parle de « richesses ». C’est parfois le cas. C’est souvent du foutage de gueule.
Evidemment, ça crée de l’activité et donc des emplois.
Mais à force, ça épuise les gens et ça contribue à surchauffer la planète.
Si le travail est indispensable, si les travailleurs et travailleuses méritent le respect, la première chose à faire est de dénoncer cette absurdité économique de la croissance pour la croissance, de l’emploi pour l’emploi.
Donc refaire le point sur les besoins (il y en a tant de non résolus) et sur la manière d’y répondre. Mais ce n’est sûrement pas le capitalisme qui y répondra (voir par exemple le scandale des EPHAD).
Le capitalisme n’est pas réformable. Les « réformes structurelles » ne servent qu’à le perpétuer. La « dette publique » (on peut en dire autant de la dette privée) est en premier lieu une machine de guerre et de domination.
Une fois écrit ceci, il reste à nous organiser pour répondre à cette guerre de classe. Ça n’est pas facile, mais il se peut que les événements nous y conduisent.
Comme je dis toujours : restons à l’affût, prenons l’initiative ou d’autres la prendront pour nous. Pour le pire, ceux-là.