L’empathie aurait-elle un lien avec les gènes ?

L’empathie aurait-elle un lien avec les gènes ? C’est ce que semble annoncer le CNRS : dans un communiqué de presse du 12 mars, l’institut scientifique français annonce en titre « Les gènes jouent un rôle dans l’empathie ». Mais encore ?

L’empathie aurait-elle un lien avec les gènes ?

C’est ce que semble annoncer le CNRS : dans un communiqué de presse du 12 mars (http://www2.cnrs.fr/presse/communique/5489.htm), l’institut scientifique français annonce en titre « Les gènes jouent un rôle dans l’empathie » : « Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l'Université de Cambridge, de l'Institut Pasteur, de l'université Paris Diderot, du CNRS et de la société de génétique 23andMe, suggère que notre empathie n'est pas seulement le résultat de notre éducation et de notre expérience, mais aussi en partie influencée par les variations génétiques. Ces résultats sont publiés dans la revue Translational Psychiatry. ».

« Jouant un rôle clé dans les relations humaines, l’empathie est à la fois la faculté de reconnaître les pensées et les sentiments d’autrui, et celle d’y apporter une réponse émotionnelle adaptée. Dans le premier cas, on parle d’« empathie cognitive », et dans le second, d’« empathie affective ».

Il y a 15 ans, une équipe de scientifiques de l'Université de Cambridge a mis au point le Quotient d'Empathie ou EQ, une brève mesure d'auto-évaluation de l'empathie. Grâce à ce test, qui mesure les deux types d’empathie, les chercheurs ont montré que certains d'entre nous sont plus empathiques que d'autres, et que les femmes, en moyenne, sont légèrement plus empathiques que les hommes. Les autistes, quant à eux, rencontrent en moyenne des difficultés avec l’empathie cognitive, même lorsque leur empathie affective reste intacte.

Aujourd’hui, l'équipe de Cambridge, l’Institut Pasteur, l’université Paris Diderot, le CNRS et la société de génétique 23andMe, rapportent les résultats de la plus grande étude génétique menée sur l'empathie, utilisant les données de plus de 46 000 clients de la société 23andMe. Ces personnes ont toutes complété en ligne le questionnaire EQ et fourni un échantillon de salive pour analyse génétique.

Les résultats de cette étude, menée par Varun Warrier (Université de Cambridge), par les professeurs Simon Baron-Cohen (Université de Cambridge) et Thomas Bourgeron (Université Paris-Diderot , Institut Pasteur, CNRS), et par David Hinds (société 23andMe), révèlent tout d'abord que notre empathie est en partie génétique. En effet, au moins un dixième de cette variation est associée à des facteurs génétiques. 

Puis, ils confirment que les femmes sont en moyenne plus empathiques que les hommes. Cependant, cette variation n'est pas due à notre ADN car aucune différence n’a été observée dans les gènes qui contribuent à l'empathie chez les hommes et les femmes. Par conséquent, la différence d'empathie entre les sexes est le résultat d'autres facteurs, tels que la socialisation, ou de facteurs biologiques non génétiques tels que les influences hormonales prénatales, qui diffèrent également entre les sexes…»

Aussitôt, les TV, radios, journaux  reprennent l’information, tels des perroquets, le label « CNRS » étant a priori un gage de sérieux. De tout ceci, elles ne retiennent que le titre : le lien entre génétique et empathie. Pourtant, 10% de corrélation, c’est peu de chose (et c’est tant mieux). Mais dans ces articles, aucune analyse des résultats et des méthodes employées, aucune information sur cette société 23andMe et sur sa légitimité scientifique.

J’ai donc cherché sur Wikipédia. 23andMe est une société américaine commerciale positionnée sur le marché des tests génétiques. Elle est fondée notamment par une certaine Anne Wojcicki (cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Wojcicki),  spécialisée dans la gestion des investissements dans le domaine de la santé. En 2007, Elle se marie avec un cofondateur de Google, Sergey Brin. Peu après, Google investit 3,9 millions de dollars dans cette entreprise.

C’est une firme qui a pour but de faire de l’argent en mariant les résultats de tests génétiques et le Big Data. « Elle a fondé sa réputation en fournissant des indications sur l’ascendance, l’origine géographique, données dont les Nord-Américains sont très friands, comme en témoigne le fait que près de trois millions d’entre eux aient déjà eu recours aux entreprises de ce secteur (Genographic Project, 23andMe, Ancestry. com, et Gene by Gene) ». Elle est réputée aussi pour vendre ses données à des multinationales pharmaceutiques comme Genetech et… à la police.

Lire notamment cet article de Bertrand Jordan, directeur de recherches au CNRS à Marseille, mettant en doute la solidité des informations à prétention médicale fournies par cette société   https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2015/04/medsci20153104p447/medsci20153104p447.html.

Mais que viennent faire des universitaires du CNRS et de Cambridge là dedans, donnant une caution à cette société californienne ?

Qui sont ces 46 000 clients ayant accepté de confier leur ADN à  la société 23andMe ?

Comment faire la corrélation entre une enquête de psychologie sociale et des tests ADN ?

Comment autant de journalistes, notamment de France-Inter, peuvent-ils tomber dans le panneau, reprenant presque mot pour mot le communiqué de presse du CNRS ? https://www.franceinter.fr/sciences/selon-une-etude-l-empathie-serait-en-partie-genetique

La génétique est une science que l’humanité a mise en œuvre empiriquement depuis ses débuts, notamment en agriculture, mais aussi dans le choix des partenaires sexuels. La génétique est une science, mais elle est régulièrement traversée par des a priori idéologiques, dont certains furent particulièrement néfastes (le darwinisme social) et criminels (le nazisme et certaines formes d’eugénisme). De science, on dérive alors vers des pseudo-sciences.

On pensait que la seconde guerre mondiale, ses massacres et les « expériences » de « médecins » nazis avaient discrédité cette exploitation raciste de la génétique. Voici que la technique des ADN risque de remettre le couvert sur cette obsession des origines et de la différenciation génétique des individus. Nous avons intérêt à être vigilant-e-s face à cela et aussi critiques face à des multinationales qui s’enrichissent par le biais des bio-technologies.

                                                                                                                      Hervé

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