Le « et en même temps » pervers de Macron

Macron a été scolarisé dans un collège jésuite à Amiens. Comme on le sait, les Jésuites sont réputés pour enseigner l’art de la rhétorique, en gros l’éloquence et l’art de manier deux propositions contradictoires dans le discours, le « et en même temps » macronien. Commentaire sur son allocution du 11 décembre 2018.

Les pouvoirs politiques et économiques savent depuis longtemps « travailler l’opinion publique », qu’on appelle cela propagande ou publicité. Macron et son gouvernement n’y dérogent pas. Ils tentent de discréditer le mouvement des Gilets Jaunes par leurs accusations d’ultras (droite ou gauche, « foules haineuses», racisme, etc).

Mais n’est-ce pas Macron qui, dans son allocution télévisée du 11 décembre dernier en réponse au mouvement des Gilets Jaunes (en plus des mesures annoncées « sans qu’il n’en coûte un centime aux entreprises »), affirmait aussi : « Je veux aussi que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter », énumérant une série de « malaises » dont le « malaise face aux changements de notre société, à une laïcité bousculée et devant des modes de vie qui créent des barrières, de la distance » ?

Ainsi, après Nicolas Sarkozy, revoici « l’identité profonde » dans le discours d’un Président de la République.  Que vient faire la « question de l’immigration » dans un discours adressé au mouvement des Gilets Jaunes ?

Les Gilets Jaunes ne sont pas « un mouvement chimiquement pur », on l’aura compris. Mais ils expriment surtout une colère face à des conditions de vie qui se dégradent, des dépenses contraintes très élevées (où le poids des taxes aura été un catalyseur, mais où il faut aussi considérer les dépenses contraintes liées au secteur privé, comme le poids des loyers, des assurances, des prêts bancaires, des abonnements divers). Ils expriment aussi une colère contre le néo-libéralisme (le capitaliste dans sa version néo-libérale) : la mondialisation inégale, l’impact des technologies concentrées aux mains d’une minorité, la financiarisation de l’économie et la dégradation de l’environnement continuent de sévir et on n’en voit pas vraiment une issue heureuse, si ce n’est de nous révolter.

Ainsi, Macron est particulièrement pervers quand il vilipende les « foules haineuses » (qui seraient porteuses de racisme, de sexisme et d’homophobie) et « en même temps », vient nous faire des discours sur « la question de l’immigration » qu’il faudrait « affronter » (la question ou l’immigration ?). Son but est simple : trouver les failles pour diviser le peuple, peuple social s’entend, qui à l’occasion du mouvement des Gilets Jaunes, tente de nommer les maux dont il souffre.

Le racisme dans toutes ses formes nous insupporte, le capitalisme à la sauce Macron également (quelle que soit la sauce d’ailleurs) : le combat continue. Appuyons son caractère social et ajoutons-y notre sensibilité internationaliste et solidaire.

 

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