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Billet de blog 27 décembre 2021

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Rétroviseur et angles morts

Un coup de rétroviseur sur 2021, avec l’idée que les angles morts sont susceptibles d’apporter des surprises, bonnes ou mauvaises, qu’on ne constate qu’après coup.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

2021, seconde année de pandémie, année épuisante pour beaucoup, à commencer par les personnels de santé. Je n’ai de leçon à donner. Que faire ? Verrouiller, réglementer, cloisonner ou faire confiance, contraindre ou convaincre.

Je pencherai toujours pour la seconde option : convaincre de ne pas faire courir de risques à autrui, y compris en acceptant la vaccination. La première option, autoritaire, est de multiplier les interdits, mettre à l’amende et à l’index, soumettre, la version XXIème Siècle de prendre les « Français pour des veaux ». Mais passons.

La pandémie, fait social total, a accentué beaucoup de phénomènes.

Humains d’abord : l’individualisation, la baisse de sociabilité ou encore diverses formes d’addictions. Le télétravail, pour celles et ceux qui peuvent le pratiquer, est presque devenu une norme, parfois même souhaité à 100% par des collègues. L’artificialisation des rapports sociaux (la « résosociolisation ») est en route et pour avoir participé à des réunions « distancielles », je ne trouve pas qu’elles apportent du lien : au contraire, j’y ai vu des tensions s’installer, des conflits personnels s’exacerber. Rien ne vaut l’espace collectif, le vrai, pour peut-être s’engueuler, mais aussi tenter de résoudre les conflits.

Economiques et sociaux ensuite : il en sort des gagnants, les multinationales de la pharmacie certes, mais aussi celles de l’informatique et de la vente en ligne. Elles répondent à une demande (de santé pour les vaccins ; une fois écrit ceci, il est grand temps que ces vaccins soient rendus disponibles à un coût décent pour les populations du Sud).

Pour les autres (en gros, les géants de la vente en ligne), cette croissance correspond aussi à une demande (en capitalisme, pas d’offre sans client). Pourtant, on pourrait encore s’en passer de ce système de vente en ligne, même si un certain nombre de personnes a pris le pli. Hep ! il faut se poser des questions. Quelles sont ces marchandises, à quel usage, comment sont-elles fabriquées, comment sont-elles distribuées, ont-elle besoin de faire le tour de la terre, quel est leur coût énergétique ?

Corollaire : comment faire en sorte de consommer plus sobrement, d’évaluer les besoins, d’y répondre en ayant à l’esprit l’exigence de ne plus exploiter les gens et de ne pas nuire à ce que nous avons en commun, à commencer par une planète unique et ses ressources limitées.

Autre phénomène exacerbé par la pandémie. Des pénuries que les optimistes, genre économistes orthodoxes, évaluent comme provisoires, l’affaire d’une année ou deux et tout reprendra comme avant, (youpi !). Même quelque chose de basique comme le papier est en « tension » : il faut voir la masse de cartons utilisés par les géants du commerce en ligne comme Amazon.

A y regarder de près (pandémie ou pas), on touche aux limites de ce que la planète peut apporter, mais aussi de ce qui est souhaitable. L’énergie carbonée (pétrole, gaz) par exemple, est de plus en plus compliquée à extraire. L’uranium, carburant des centrales nucléaires, est également limité. Les métaux, même le cuivre, se raréfient. Quant à ceux plus rares, leur appellation indique bien qu’ils sont rares et produits à 80% en Chine ou extraits en Afrique, à un coût humain et social désastreux.

De fait, il manque notamment de composants électroniques pour « notre » industrie, notamment automobile, lancée à tombeau ouvert vers les soi-disant « véhicules propres » aux moteurs fonctionnant soi-disant avec une « énergie décarbonée », des balivernes.

Ainsi, les pénuries dépassent-elles largement le seul cadre de la pandémie et des inconvénients qu’elle a révélés : une division internationale du travail et un commerce mondialisé que des grains de sable peuvent enrayer (la pandémie ou encore un navire de travers sur le canal de Suez).

En 2021, l’autre fait majeur est la hausse de catastrophes liées au climat. Un dôme de chaleur au Canada, des méga-feux tout autour de la Méditerranée mais aussi dans les pays les plus au Nord, des sécheresses qui se prolongent, des pluies torrentielles. On nous rapporte des famines liées à ces sécheresses, comme dans le Sud de Madagascar, 40% de l’Inde, le nord de la Syrie, l’Afrique. Les périodes de sécheresse ont toujours existé, mais le réchauffement global qu’on connaît doit être pointé du doigt. Et ici, les pénuries concernent ce qu’il y a de plus vital, boire et manger.

Ainsi, le réchauffement climatique touche de plein fouet des populations déjà parmi les plus pauvres de la planète. Pourtant la COP 26, Glasgow 2021, a fait peu de cas de ces populations. Anne Mathieu, du Réseau Action Climat résume ainsi le résultat de cette conférence : « Comme redouté, la COP26 s’est avérée être une COP de pays du Nord, qui reflètent donc les priorités des pays riches. Alors que les impacts du changement climatique s’intensifient dans le monde et que les besoins d’adaptation des pays les plus vulnérables augmentent, les pays riches ne sont pas parvenus à démontrer une réelle solidarité. Pire, leur refus de venir en aide aux pays du Sud sur le financement des pertes et dommages constituent une honte et une véritable trahison pour les millions d’hommes et de femmes dont la survie est menacée par les conséquences du changement climatique ».

 On pourrait en dire autant sur les migrations internationales où cela est encore plus flagrant de la part des pays du Nord. Leur « gestion » reflète la priorité des pays riches : s’ériger en forteresse, multiplier les murs littéralement parlant, exporter des armements et instruments de répression pour que « vive notre industrie » et faire faire le sale boulot à des dictatures, histoire de bloquer les flux migratoires ou encore de s’assurer des matières premières.

Il faut dire qu’une partie de la population des pays développés, inquiète du devenir de son confort matériel et moral, est demandeuse de ce genre de mesures, en atteste le succès de tel ou telle politicien-ne d’extrême-droite ou de droite extrême.

 Ainsi, 2021 laissera un souvenir amer. On notera quand même qu’avant cette pandémie de Covid, en 2018 et 2019 et même en 2020 et 2021, on a vu une série de révoltes un peu partout dans le monde, de l’Inde à l’Algérie, du Chili à la Colombie, en Afrique sub-saharienne. On a vu aussi des mouvements fleurir en Europe, par exemple contre la bétonnisation, contre la construction de centres Amazon, des mouvements de jeunesse contre le réchauffement climatique. Les médias en parlent très peu, mais on voit actuellement des grèves se multiplier pour des hausses de salaires, en gros une répartition plus juste des richesses, des vraies richesses qui sont de se loger décemment, de se nourrir, de se vêtir, de prendre soin de soi. Quant à certaines "richesses", au sens où elles font monter les Produits Intérieurs Bruts, il est plus que temps de les remettre en cause, telles que les âneries spatiales des ultras-milliardaires et les caprices des hyper-riches.

2021 se termine. 2022 n’est pas écrit par et pour les réactionnaires. Les angles morts du rétroviseur ne sont pas toujours ceux qu’on redoute. Ça dépend de nous en fait.

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